CHAPITRE HUITIÈME
Violente maladie de Cathcrine—— Tableau abrégé de ses admirables vertus — Sa dévotion pour Jésus crucilié, ses austérités, scn obéissancs, son humilité, sa patience, sa pureté angélique— Son affection pour la Reine des Anges — Son amour pour Jésus présent dans l’Eucharistie, source de sa sainteté.
N peut dire que la vie de Catherine avait
. été une maladie continuelle depuis son bas
âge. Elle ne regardait pas comme une incommodité un mal qu’elle avait aux yeux depuis l’âge de 4 ans, un mal de tête presque continuel, un mal d'estomac accompagné de vomissements qu’elle crut la dernière année de sa vie. La joie qu’elle avait de se voir hors du pays des Iroquois, les consolations célestes dont Dieu la comblait lui faisaient compter pour rien les souffrances qu’elle éprouvait, et son assiduité au travail lui faisait trouver les jours fort
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courts. L'air gai et riant de son visage faisait croire qu’elle ne souffrait pas au plus fort de ses maux. Ses infirmités allant toujours en augmentant, elle fut attaquée d’une fièvre lente qui la fit toraber en langueur. Mais plus la chair s’affaiblissait en elle, plus les forces de l’âme augmentaient, et elle ne pensait qu'aux moyens à prendre pour plaire à Dieu et acquérir la sainteté. Elle se consolait par les pieux entretiens qu’elle avait avec Thérèse et Anastasie, ses deux amies avec qui elle était en parfaite conformité de sentiments. Elles s’entretenaient de l'amour de N. $. J.-C., de sa passion et de sa mort, de la bonté qu’il nous témoigne en se donnant à nous dans la sainte communion. Malgré ses souffrances, elle consacrait tous les jours un temps considérable à la prière et passait une grande partie de la journée à l’Eglise, immobile, À genoux ou appuyée sur les bancs, quand elle ne pouvait faire autrement. On voyait, aux larmes qui inondaient son visage, les sentiments ardents dont son cœur était rempli.
Elle avait une grande dévotion pour Jésus crucifié. Elle portait sans cesse un crucifix suspendu à son cou et elle le baïsait jour et nuit avec une admirable expression d'amour. Ce n’est pas assez de dire qu’elle portait la croix au cou : elle portait dans tout son Corps, ainsi que le dit l’'Apôtre Saint-Paul, la
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mortification du Christ. Il serait difficile de trouver une si grande innocence de mœurs jointe à une si grande austérité de vie. Elle affligeait sa chair par les vailles, les travaux, le froid, la faim, le fer, ke feu, les foucts, les ceintures de fer. Elle demanda un jour à son amie Anastasie ce qu’elle pensait être le plus grand tourment que l’on pût offrir à Dieu pour lui témoigner son amour : C’est le feu, dit celle-ct, — Telle est aussi mon opinion, répondit Catherine. La nuit suivante, tandis que les autres étaient dans la cabane, livrés au sommeil, elle se brûla les jambes, à peu près de la même façon que les Sauvages ont coutume de brûler leurs prisonniers, et aussitôt elle se rendit près de la po'te {le la chapelle pour offrir à J.-C. ses remarquables insignes de sa servitude volontaire. |
Ayant un jour entendu dire que quelques Saints s'étaient roulés le corps nu parmi les épines, elle se rendit dans la forêt, y ramassa de grandes épines, et la nuit suivante, après avoir, suivant sa coutume, prié longtemps, elle répandit ces épines dans son lit et se roula le corps une partie de la nuit parmi les épines, en pensant À la passion de J.-C., et elle recommença à le faire pendant quatre nuits, ce qui
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soin qu’elle prît de cacher ses pratiques de pénitence
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et de faire en sorte que Dieu seul en fût témoin, son amie Thérèse s’en aperçut et lui en fit des reproches. Elle lui dit qu’elle allait trop loin et qu’il y avait péché à s'imposer des pénitences semblables sans l'avis de son confesseur. Comme l’ombre du péché leffrayait, elle se hâta de venir avouer sa faute au Missionnaire qui, tout en l’admirant en lui-même, lui fit des reproches et lui commanda de jeter ces épines au feu. Elle lui obéit incontinent, faisant par cet acte de renoncement à sa volonté un sacrifice plus méritoire que si elle eût enduré de grandes souffrances corporelles. Son humilité n’était pas moins admirable que son obéissance. Dans le temps même qu’elle excitait l'admiration de tous, elle se regardait comme la plus vile des créatures; elle s’'appliqua à cacher les faveurs extraordinaires dont Dieu la comblait et rougissait de la moindre parole de louanges qu’on lui adressait. Autant elle se méprisait elle-même, autant elle estimait les autres et jamais on ne l’entendit dénigrer ou critiquer les autres, ni ren dire sur autrui en mauvaise part. Quoiqu’étant d’une faible sañté, elle avait toujours le visage serein et supporta avec une grande tranquillité toutes les douleurs et la longue fièvre qui précéaGèrent sa mort. Maîtresse d’elle-même, elle endurait avec une patience invincible les disputes,
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les querelles, les reproches, la dureté de ses proches ; il n’y eut qu’une circonstance où elle laissa paraître une certaine émotion : ce fut lorsqu'on voulut Île marier contre son gré.
Elle se distingua surtout par une chasteté angélique qui fit qu’elle ne ressentit jamais ni dans l'âme, ni dans le corps, le senthnent de la passion impure. Quand on l’interrogea sur ce sujet la veille de sa mort, elle l’afirma positivement, attribuant cectte faveur insigne à la Reine des Vierges qu’elle avait choisie pour Mère, dès qu’elle Peut connue. Elle avait résolu de limiter, et toute sa vie elle eut envers elle le plus ardent amour. Toujours elle portait Marie dans son cœur ; son nom était fréquemment sur ses lèvres ; elle ne cessait de publier ses louanges, récitait avec dévotion le chapelet, célébrait ses fêtes avec une singulière piété et s’y préparait par des prières et des mortifications. Tel est le tableau abrégé que trace de ses vertus le P. Chollenee, lun de ses confesseurs. Le P. Chauchetière entre dans de plus longs détails, mais ce que nous avons dit peut suflire pour donner une idée de le carrière pleine de mérites de cette sainte fille.
Où puisait-elle ce courage, cette ferveur de dévotion ? Ses biographes nons apprennent qu’elle puisait toutes ces vertus à la source des eaux vives de la