‹ Vie de Charles d'Orléans (1394-1465)Chapitre 61 sur 639 · P. Raymond, op. cit · texte numérisé non relu

P. Raymond, op. cit

On raconte que quelque temps avant sa mort Louis d'Orléans avait été frappé d'une vision. Derrière un arbre aux fruits d'or la mort lui apparut sous la figure d'un squelette brandissant une flèche. L'arbre aux fruits d'or n'était-ce pas l'arbre de vie dont, jeune encore, il avait délicieusement savouré tous les fruits' ? « Se j'ay aimé et on m'a aimé : ce a faict Amours ; je l'en mercie; je m'en repute bien eureux »

Quelle grande pitié parmi le bon peuple ! On se montrait la cervelle mêlée à la boue, la main gauche coupée qu'il avait fallu rechercher, le corps du pauvre écuyer flamand K Certes on oublia vite à Paris, comme à Orléans les griefs sincères ou habilement exploités contre Louis d'Orléans, pour se souvenir seulement du charme et de l'élégance de sa personne, de sa bienveillance, de sa générosité, de sa piété >. Jean Sans-Peur eut le front de se rendre à l'église des Blancs-Manteaux et simula, dit-on, une grande douleur ^ De là on transporta le corps, en grande pompe, dans la chapelle des Célestins où Louis avait demandé à être enterré \ Le premier service eut lieu le 24 novembre ^ ; le roi de Sicile, les ducs de Berry et de Bourbon tenaient

1. Cette scène fut rappelée dans une peinture qui décorait le tombeau que lui éleva son petit-fils, Louis XII, dans la chapelle des Célestins. La mort, cachée derrière un buisson, lançait une flèche dans Li direction du duc, à genoux et dans la stupeur ; une banderole s'enroulait autour du buisson : on y lisait l'inscription : Juvenes ac scnes rapio (Bibl. nat., Cab. des Estampes, Gaignières^ 31 et Oa 13, fol. II ; Bouchot, dans VEcoJe des Chartes, t. XLVI, p. 721).

2. E. Jarry, op. cit., p. 295. Bibl. nat., fr. n. acq. 7005, p. 243.

Page 1