CHAPITRE IV
tauls, qui restèrent debout tout le temps que durèrent ces longues cérémonies.
A la fin du troisième jour, eut lieu l’enterrement, et les restes de Charles-Quinl furent confiés à la terre, au milieu des larmes et des lamentations de la foule. Ce ne fut pas toutefois sans certaines difficultés. L’empereur avait demandé par son testament d’être enterré en partie sous le maîtreautel, de manière que la tête et le haut de son corps fussent à la place où le prêtre se tenait pour célébrer la messe. Il avait fait cette demande par pure humilité, mais elle souleva une question parmi les moines scrupuleux : convenait-il que des ossements, autres que ceux d’un saint, occupassent une place aussi auguste que celle où s’élève l’autel? La discussion échauffa les esprits un peu plus qu’il ne séait en celte occasion. Enfin cette importante affaire fut réglée, on pratiqua une ouverture dans le mur de la chapelle et l'on y fil passer la tête du monarque, de manière que les pieds de celui-ci touchassent l’extrémité du terrain consacré.
Ces lugubres cérémonies terminées , l’archevêque de Tolède et le prieur de Grenade partirent, avec quelques autres dignitaires de l’Église et un certain nombre de nobles. Mais, après leur départ, la foule, au lieu de diminuer, ne cessa de grossir, et l’église se trouva à peine assez grande pour la contenir. Le service funèbre dura encore six jours, pendant lesquels Villalva continua ses pieuses exhortations, avec des accents douloureux et touchants qui restèrent longtemps dans la mémoire des auditeurs. La réputation qu'il s’acquit par son éloquence brûlante, en cette occasion, attira sur lui l’attention de Philippe, dont il devint plus tard le prédicateur favori, comme il l’avait été du père.
Le neuvième jour, tout était fini. Les moines des environs retournèrent dans leurs couvents, et l’on vit se disperser la foule qui était accourue pour rendre un dernier tribut de respect à son ancien souverain. Le silence régna de nouveau à Yuste, et les hiéronymites reprirent le tranquille et monotone genre de vie qu’avait dérangé l’arrivée de leur hôte illustre.
Jean de Régla, Quixada et Gaztelu étaient les exécuteurs testamentaires de l’empereur; ces deux derniers étaient chargés de dresser l’inventaire des effets personnels qu’il avait possédés à Yuste. Ils commencèrent par payer aux serviteurs de Charles ce qui leur était dû et acquittèrent les legs qui leur avaient été faits. Cela leur demanda peu de temps, et, quelques jours après, tous ces hommes partirent pour Yalladolid. La régente en prit quelques-uns à son service, mais la plupart, y compris le bon Van Male, retournèrent dans les Flandres, leur pays natal, enrichis par les pensions que leur avait faites leur ancien maître et munis de lettres de recommandation pour Philippe.
Charles n’avait pas oublié le couvent dans ses libéralités; il lui avait laissé douze cents ducats à distribuer entre les moines, les poêles qui garnissaient sa maison et les riches tentures de drap et de velours qui devaient servir à la décoration de l’église, le jour de ses obsèques. Il lui laissait également le tableau du Titien, « La Gloire, » qui ornait les murs de la chapelle, don plus précieux, trop précieux même, car ce chef-d’œuvre ne resta pas longtemps à Yuste. Quixada reçut le poney borgne, que l’empereur n’avait monté qu’une seule fois, depuis son arrivée en ces lieux; mais le docteur Cornélius ayant réclamé une des mules, la régente envoya de Valladolid l’ordre de garder pour elle tout ce qui avait