‹ Vie de Copernic et histoire de la découverte du système du mondeChapitre 2 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ÉTAT DE L’ASTRONOMIE ET DES SCIENCES EN GÉNÉRAL A L’ÉPOQUE DE COPERNIC.

Premières idées de l’humani té sur la situation de la Terre et sur le ciel. — Astronomie des anciens. — Système de Ptolémée, *— Complication progressive du système jusqu’à Copernic. — Les astronomes du XV* siècle.

L’intérêt qui s’attache à la vie des génies immortels auxquels l’humanité doit ses brillantes étapes dans la voie du progrès et de l'affranchissement provient de ce qu’en remontant à ces héros de l’histoire intellectuelle, nous apprenons à connaître l’état philosophique et social de l’époque qu’ils ont illustrée, et è mesurer d une part le pas qu’ils ont fait faire, d’autre part la marche que nous avons continuée depuis. En étudiant ces hommes remarquables, avec plus d’indépendance et plus de justice que leurs contemporains n'ont pu le faire, nous apprécions directement l’action qu’ils ont

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eue sur le développement des connaissances humaines, et les méthodes employées pour arrivera la découverte delà vérité. La vie personnelle d’un personnage historique, quelque glorieux qu’il puisse être, n’aurait qu’un intérêt de médiocre et stérile curiosité, si elle ne servait pour ainsi dire de cadre pour placer les faits qui constituent l’histoire, exposés dans leur activité vitale et tels qu’ils se sont accomplis. Aussi la vie de Copernic qui va se dérouler dans les pages suivantes n'est-elle pas seulement une biographie du célèbre réformateur du système du monde, mais plutôt un tableau comparé de l’astronomie ancienne et moderne, un exposé du travail par lequel le laborieux astronome substitua les éléments du véritable système du monde à l’édifice compliqué de l’ancien système des apparences.

Remontons de suite aux premières idées que l’on a dû se faire sur la forme de l’univers, jugée d’après le seul témoignage des sens. Souvenons-nous de ce que nous pensions étant enfants; car l’humanité primitive était semblable à l'enfant ignorant et faible.

Le ciel paraît être une voûte bleue posée à l’horizon sur la Terre plate et circulaire. Nous nous voyons au milieu de ce disque de la Terre. Ainsi se croient les peuplades avant d’avoir voyagé : chacune d'elles se vante d’être au milieu du monde. A quelle distance le ciel touche t- il l’horizon ? La réponse reste vague, car de quelque côté qu’on marche, on n’arrive pas à cette limiteapparente. Sur quoi la Terre repose-t-elle elle-même? C’est ce que l’on ignore, et ce qu’on ose à peine se demander : on la suppose d’abord infinie en profondeur.

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Bientôt, comme leSoleil, la Lune, les étoiles se lèvent, tournent au-dessus de nos têtes, se couchent, reparaissent de nouveau le lendemain à l'orient, on sent qu’un passage leur est absolument nécessaire sous la Terre. On suppose alors celle-ci, non plus plongeant des racines à l’infini, mais portée sur des montagnes, sur des colonnes, entre lesquelles les astres puissent passer. Mais, à leur tour, sur quoi reposeraient ces soutiens ? On sent que la difficulté n’est que reculée, et comme en même temps se forme petit à petit l’idée que la voûte céleste tourne en 24 heures autour de nous, que les étoiles sont à égale distance de nous et attachées à cette voûte supposée solide, on finit par admettre que la Terre est ira globe posé sans soutien au milieu de l’univers, et que la sphère céleste l’enveloppe tout autour.

Ce système des apparences est ensuite consolidé par les observations des navires en mer, qui confirment que la Terre est sphérique, puisque le navire, comme les montagnes du rivage, disparaît par le pied suivant l’éloignement. L’observation des étoiles qui descendent sous l'horizon au nord et des nouvelles qui apparaissent au. sud quand le'voyageur va de nos latitudes vers l’équateur, celle de l’ombre de la Terre, qui se dessine en cercle noir sur la lune éclipsée, ajoutent deux confirmations nouvelles à l'idée que nous habitons un globe placé au milieu de la sphère étoilée.

On remarque plus tard que quelques astres se déplacent parmi les étoiles. Le premier qu’on a remarqué est Vénus, la radieuse étoile du soir et du matin, dont le déplacement est sensible d’un jour à l’autre, et qui tan-

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tôt suit le soleil couchant, tantôt précède le soleil levant. Le second astre mobile qu’on a remarqué est Jupiter, la brillante étoile qui fait lentement le tour du ciel en 12 ans. On a observé ensuite un troisième astre errant, moins brillant que les deux précédents, Mars, aux rayons rouges, qui fait le tour du ciel en 2 ans; puis un quatrième, Saturne, parfois très-éclataqt, qui se meut à travers la sphère céleste avec une telle lenteur apparentequ'il n’emploie pas moins de 30 ans à en faire le tour. Plus tard, on remarqua encore un cinquième astre mobile, Mercure, qui paraît tantôt le soir à l’ouest et tantôt le matin à l’est, comme Vénus, mais est moins brillant, s’écarte moins du Soleil, et fut plus difficile à distinguer et à reconnaître. Ces astres furent nommés planètes, c’est-à-dire errants, par opposition au reste des étoiles, appelées fixes parce qu’elles restent toujours à la môme place respective dans la voûte céleste.

Comme le Soleil retarde chaque matin sur les étoilés, et ne revient au môme point du ciel qu’après 365 jours un quart, on l’avait supposé attaché à un cercle, distinct de la sphère étoilée, et en dedans 'de celle-ci, se mouvant de l’ouest à l’est en une année. La Lune accomplit une révolution analogue en 27 jours 8 heures environ: on laccrocha également sur un cercle placé plus près de la Terre et tournant dans cet intervalle; la combinaison de ce mouvement avec celui du soleil rendait compte de la série des phases, ou lunaisons, qui s’accomplit en 29 jours et demi. En outre de ces deux cercles, on en ajouta cinq pour les cinq planètes que

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nous venons de nommer, ce qui ût en tout sept cercles se succédant de la Terre au ciel dans l’ordre suivant: la Lune (27 jours), — le Soleil (365 jours) précédé par . Mercure et Vénus dont on a souvent changé la position, — Mars (2 ans), — Jupiter (12 ans), — et Saturne (30 ans). Tous ces cercles étaient en outre entraînés chaque jour avec la sphère céleste par le mouvement diurne de 24 heures.

Cet arrangement de l’univers, cette constitution du monde physique (l’étymologie grecque du mot système veutdireconstitution) représentait la nature terrestre et céleste telle que nous la voyons, et répondait entièrement au témoignagede la vue. On conçoit facilement que différents peuples soient arrivés séparément à se former la meme image générale, et que l’astronomie d’observation une fois fondée par plusieurs siècles d’études, dans un pays privilégié, ait érigé cet ensemble -en un système absolu, qui s’est transmis de génération en génération et de peuple à peuple. C’est ainsi qu’il se communiqua de l’Asie orientale, berceau de notre histoire, à la Chine à l’est, d’uhe part ; à la Chaldée et à l'Égypte, au sud-ouest,’ d’autre part. Dans la suite des siècles, la Grèce, artistique et intelligente, parvenue à un haut degré de splendeur, puisa en Égypte les mêmes principes, qu’elle développa et compléta par ses propres observations. De la nation royale illustrée par ses mo- ‘•numents gigantesques et ses hautes pyramides, la Judée reçut aussi le même système astronomique, dont Moïse et Job nous ont gardé des fragments, comme Hésiode et Homère l'ont fait d’autre part chez les Grecs.

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tO l’astkonomie chez les anciens.

L’astronome dont les études ont le plus contribué à établir sur une base solide le système des apparences est Hipparquc, qui vivait au premier siècle avant notre ère. Ses observations nous sont encore aujourd’hui môme d’un grand secours, et l’on "ne s’étonnera pas de ce que j’avance, si l’on réfléchit qu’une observation bien faite sert à l’astronomie moderne, fondée sur la vérité, aussi bien et mieux qu’à l’astronomie ancienne, fondée sur l'apparence. Nous devons entre autres à cet astronome d’avoir constaté que le Soleil n’est pas chaque année au môme point du ciel au moment de lequinoxe de printemps, mais recule successivement sous les étoiles, de telle sorte que les étoiles que nous voyons au sud, par exemple, à un instant quelconque de l’année, ne sont pas exactement dans la môme place l’année suivante, et que de même celles que nous voyons au nord se déplacent peu à peu, si bien que l’équateur d’ane part, le pôle d’autre part, se meuvent lentement et font accomplir au ciel étoilé une révolution entière en 25,870 ans. C’est au mouvement delà Terre que nous rapportons aujourd’hui cette grande révolution du ciel, nommée précession des équinoxes, que 'l’on supposait appartenir à la voûte éLoilée elle-même. Ainsi les observations sur lesquelles on avait établi le système de l’immobilité de la Terre et du mouvement des cieux servent aujourd’hui au système du mouvement (je la Terre.

Aristote avait exposée! tâché de démontrer solidement le système des apparences. L’illustre précepteur d’Alexandre, aussi savant naturaliste que Bull’on, a consacré

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sa vie à écrire une véritable encyclopédie des connaissances humaines. L’astronomie y occupe, comme de raison, la première place. Jusqu’au xvi« siècle, l’Europe, ou pour mieux dire les corps enseignants, ont reconnu Aristote pour grand maître, n’ont juré que par lui et n’ont voulu admettre que ce qui est écrit dans ses ouvrages. 11 avait exposé, aussi clairement que possible, que la Terre se tient immobile au centre de l'univers parce que toutes les attractions s’v font équilibre, que c’est l’élément le plus lourd, et que tout objet lourd doit nécessairement tendre vers ce centre. Le mouvement général et particulier de toutes les sphères célestes provenait d’une source inépuisable inhérente à l’essence. même du ciel le plus élevé, désigné sous le nom de Premier Mobile. Au delà du ciel des étoiles fixes et de ce Premier Mobile s’étendait la dernière et la plus vaste sphère, qui renfermait toutes les autres, et s’appelait YEmpyrée. L’univers était donc limité, renfermé véritablement dans cette dernière sphère immense, au delà de laquelle il n’y avait plus rien.

Cette représentation de l’univers a fait l’objet d’un livre spécial, le plus longuement vénéré des traités d’astronomie, de l’ouvrage décoré du nom d ’Almagestc, c’est-à-dire le grand , dû à Claude Ptolémée. Ce géographe astronome réunit toute l’astronomie ancienne complétée par les travaux d Ilipparqne, et depuis son ouvrage, écrit au deuxième siècle de notre ère, on désigna sous son nom même l’ancien système du monde, . qui s’appela et s’appelle encore Système de Ptolémée.

Las successeurs de Ptolémée admirent comme article

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