‹ Vie de J.B.P. MolièreChapitre 181 sur 221 · BRÉCOURT · texte numérisé non relu

BRÉCOURT

Guillaume Marcoureau, sieur de Brécourt, fit pendant deux ans partie de la troupe de Monsieur (de juin 1662 à Pâques 166'*). Lorsqu'il y entra, il sortait de la troupe du Marais; il quitta le Palais-Royal pour l'hôtel de Bourgogne.

C'était un bon acteur, dans le comique et dans le tragique. Il obtint également beaucoup de succès dans le rôle d'Alain, de l'Ecole des Femmes, et dans le rôle d'Antiochus, de la Bérénice de Racine.

On cite de lui un trait qui prouve son courage, En 1678, étant à la chasse du roi, il joua une assez longue scène avec un sanglier qui l'atteignit à la botte et le tint quelque temps en échec. Il parvint cependant à lui enfoncer son épée dans le corps jusqu'à la garde et le tua raide. Louis XIV. témoin de cette lutte, lui en fit compliment et lui demanda s'il n'était pas blessé ; il la raconta le soir devant toute la cour, certifiant qu'il n'avait jamais vu donner un si vigoureux coup d'épée.

Brécourt avait mauvaise tête, et son existence fut des plus turbulentes. Ayant tué un cocher sur la route de Fontainebleau, il fut obligé de quitter la France et se retira en Hollande, où il entra dans une troupe française qui >:t;iit entretenue par le prince d'Orange (1680).

Il revint cependant à Paris; mais on est forcé de dire que la cause de son retour ne fut pas plus honorable que celle de son départ. Le ministère français voulut faire enlever un homme qui, de même que Brécourt, s'ét.iit réfugié en Hollande. Sans cesse occupé des moyens qui

(i) Voyez ci-devant, page 111, note 1, et page 294.

pouvaient faciliter son retour dans sa patrie. Brécourt s'offrit pour cette entreprise dangereuse, et promit d'en rendre bon compte : il était connu pour un homme de main, et l'on s'en fia à lui. Le coup manqua cependant; et Brécourt, jugeant que sa vie n'était pas en sûreté après la découverte d'un semblable dessein, prit sur-le-champ la poste et revint en France. La bonne volonté dont il avait donné des preuves au péril de ses jours lui valut sa grâce, et même l'autorisation de rentrer au théâtre.

Brécourt est auteur de quelques pièces de théâtre qui ne sont point toutes dépourvues de mérite. En voici les titres : La Feinte mort de J>;>.:

sible 1666 . - ■ Noa liage 1666 , l'Ombre de

Molière 1674. Timon 1684),

Pendant qu'il lit partie de la troupe du Palais-Royal, il fît jouer une farce intitulée le G aussi

SOt que SOn r

L'Ombre de Molièrei un acte en prose, fut longtemps

imprimée à la suite des œuvres du grand comique. On a ssé de faire à cette pièce de circonstance un honneur dont elle n'était pas digne. Elle mérite toutefois d'attirer encore quelque attention au point de vue historique : Elle offre cette partieuliarité curieuse, dit If. Fournel l), qu'elle est. pour ainsi dire, un acte de réparation : à la fois de la part de l'auteur, qui avait, dix ans auparavant, quitté brusquement II la suite d'un dissenti:;.

avec lui: de la part du duc d'finghien, auquel la pièce dédiée, et qui avait été jadis opposé à Molière; enfin de la part de l'hôtel de Bourgogne, où elle fut jouée, et qui semblait vouloir expier ainsi la guerre faite au p défunt avec le Portrait du P l'Impromj jtel

de Condé et la Vengea

Brécourt avait épousé, le 18 décembre 1659. Estiennette Desurlis, une de ses camarades du Marais.

Il mourut le 28 mars 1685. On a dit qu'il s'était rompu une veine en représentant à la cour le principal rôle de

! Voyez la notice sur Brécourt, le Jalo e de

■j. dans les cou: le Molière, publiés par M. Foornel,

t. I, p. 475. Voyez aussi un article de M. Qeorgtt Monval dans .'•,- Moliériite de novembre 18S3.

sa comédie de Timon, et en s'efforçant de faire valoir ses vers par le feu de son débit. Mais l'anecdote ne paraît pas absolument vraie; Brécourt joua encore deux fois après la dernière représentation de Timon à Versailles, et mourut trois mois et demi après cette représentation. Ses dettes montaient à plus de 20,000 livres au delà de sa succession. Voici l'acte d'inhumation :

Le 29e jour dud. mois (mars 1685), a esté fait le convoy. service et enterrement de Guillaume Marcoureau, comédien de la trouppe du roy. qui avoit renoncé à la comédie par acte dont La coppie est cy-dessous, âgé de quarantehuit ans, mort le 28e de mars, dem1 rue de Seine, aux Trois Poissons; et ont assisté aud. enterrent* François du 1 > nier, son nepveu, André Hubert et autres amis. Signe: François du Perrier, Hubert.

la thorillièrb

M. Jal a relevé, sur le registre de Saint-Nicolas des Champs, l'acte suivant :

Le dimanche 14e jour d'avril 1658, premier banc d'entre François Le Noir, escuyer, sr de La Torillière (sic)t capitaine d'une compagnie de gens de pied dans le régiment de Lorraine etmareschalde camp, garçon majeur, jouissant de ses droits, âgé de trente-deux ans, demeurant rue de la Marche, et Marie Petit- Jean, âgée de vingt-un ans, fille de Pierre Petit-Jean, bourgeois de Paris, et de Marie Bidot. demeurant rue de Poictou; espousez le mardy 30e jour desd. mois et an.

Ainsi La Thorillière était né vers 1626. Pierre Petit-Jean, le père de Marie, jouait la comédie sous le nom de La Roque. Ils eurent un tils, Pierre de La Thorillière, né le 3 septembre 1659; une première fille, Charlotte, née le 16 avril 1661; une seconde fille. Thérèse-Marie-Jeanne, née le 15 juillet 1663. Au baptême de Charlotte, La Thorillière se qualifie : « Ci-devant capitaine au régiment d'infanterie de Lorraine. » C'est qu'il avait quitté l'armée

pour le théâtre et était entré au Marais. Le 10 juin 1662, La Grange constate l'entrée de La Thorillière dans la troupe du Palais-Royal, en même temps que Brécourt.

C'était un grand et bel homme, qui jouait fort bien les rois et les paysans. Cependant il pouvait prendre pour lui. dit-on, une partie du reproche que Molière adresse, dans l'Impromptu de Versailles, à Mlle Beauchàteau, de l'hôtel de Bourgogne. Dans les plus tristes situations, dans l'emportement le plus terrible, on lui voyait un visage riant qui s'accordait mal avec les sentiments dont il devait être animé. C'était le bonheur d'être sur la scène, sans doute, qui se reflétait sur sa physionomie.

Il fut quelque temps le comptable de la troupe. Il a laissé deux registres embrassant la période du 6 avril 1663 au 6 janvier 1665 . Il composa et fit jouer au Palais- Royal, le 2 décembre 1667. une tragédie intitulée Marc- Antoine et Clèopâtre. Elle eut douze représentations, ce qui indique quelque succès, et ne fut cependant pas imprimée.

La Thorillière quitta le Palais-Royal après la mort de Molière : il entra avec Baron à l'hôtel de Bourgogne à Pâques de 1673. La Grange signale sa mort sur son registre : c If. de La Thorillière, écrit-il à la date du 26 juillet 1680, est mort à l'hôtel de Bourgogne, ce qui a donné lieu à la jonction des deux troupes deux mois après. »

Son fils fut un très grand comédien, et son petit-fils un bon acteur. Ses filles épousèrent Baron et Dancourt. Toute cette famille remplit un grand rôle dans l'histoire anecdotique de la comédie française à la fm du xvne siècle et pendant le xvme.

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