XLII PRÉFACE
Hlé d'éducation étant établie sous le régime définitif, une nouvelle période organique commencera pour les populations d'élite, s'étondant de ià peu à peu à celles qni les suivent sur les degrés de la civilisation.
Il faudrait un livre pour exposer l'enseignement tel qu'il résulte de la nouvelle croyance. Mais ici un mot suffit. En disant ce qu'était le dogme, j'ai dit ce qu'était le fond de l'enseignement. Il doit conduire par degrés l'élève depuis les notions les plus simples jusqu'aux plus composées, c'est-à-dire depuis celles qui sont relatives aux mathématiques jusqu'à celles qui sont relatives à l'histoire, ou sociologie. L'expérience montrera dans quelle mesure, en combien d'années tout cela doit être distribué. Mais la coordination est donnée d'elle-même, et l'esprit individuel ne peut suivre une autre marche que l'esprit collectif, recevant ainsi tout condensé ce qui est le produit du labeur et du génie accumulés de siècle en siècle ; apprenant la résignation et la reconnaissance : la résignation , puisque son instruction lui fait loucher au doigt et à l'œil toutes les nécessités physiques, organiques et sociales qui pèsent sur l'homme; la reconnaissance pour l'Humanité qui lui en allège le poids ; sachant désormais, en tant que personnalité active du milieu où il vit, que tout se dispose pour l'amélioration de la condition commune, et que les forces de la société n'ont plus d'autre but; puisant enfin dans cette conscience éclairée qu'il acquiert, dans cette lumière dont on l'entoure, la sérénité du bonheur réel.
La communauté croissante aura son culte. Ici rien ne manquera , ni la splendeur de la légende qui est l'histoire réelle elle-même, ni la fécondité inépuisable des enseignements moraux qui seront puisés à ce développement salutaire de l'Humanité.
DU TRADUCTEOft. XLlII
A toute organisation dans l'ordre intellectuel et moral correspond une organisation dans l'ordre social. Ainsi les anciennes théocraties avec les castes; ainsi l'antiquité gréco-romaine avec l'esclavage; ainsi le moyen âge avec la féodalité ; ainsi l'ère moderne avec sa révolution continue, rendent témoignage de la correspondance qui s'établit. De la même façon un nouveau régime s'intronisera dans l'avenir; et l'on en peut dès à présent apercevoir les linéaments principaux : Un pouvoir spirituel, pleinement indépendant du pouvoir temporel , la paix cl le règne de l'industrie.
Les germes sont jetés. Le temps , qui est tant pour les individus, n'est rien pour ces longues évolutions qui s'accomplissent dans la destinée de l'Humanité. Mais déjà, du sein de la vie individuelle, il est permis de s'associer à cet avenir, de travailler à le préparer; de devenir ainsi, par la pensée et par le cœur, membre de la société éternelle, et de trouver en cette association profonde, malgré les anarchies contemporaines et les découragements, la foi qui soutient, l'ardeur qui vivifie, et l'intime satisfaction de se confondre sciemment avec cette grande existence, satisfaction qui est le terme de la béatitude humaine.
Paris, mai 1853.