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CHAPITRE DIXIÈME

traire, au-dessus de la grotte, de la vallée qui comprenait le tombeau de Maraha, la nourrice d'Abraham, et de la vallée des Bergers, on voyait se balancer des nuages lumineux et qui semblaient chargés d'une rosée rafraîchissante.

On remarquait dans la vallée des Bergers, à une lieue de la grotte de la Nativité, une colline au point de naissance des vignobles qui se développaient dans la direction de Gaza; contre cette colline étaient bâties les cabanes de trois bergers qui exerçaient sur les familles de bergers des environs une autorité analogue à celle que les rois mages exerçaient surleurs tribus. On trouvait à une distance double de la grotte un bâtiment singulier qui s'appelait la tour des Bergers. Celte tour était une sorte de grand échafaudage pyramidal, reposant sur une base de pierres énormes, à peine dégrossies, qui s'élevait entre de beaux arbres verts, sur une colline isolée au milieu des champs. Des escaliers et des galeries y a\ aient été ménagés; on y voyait à différentes places de petites cellules couvertes, semblables à nos guérites, et le tout était recouvert de nattes. Cette tour ressemblait à celle qui servait pendant la nuit à l'observation des astres dans le pays des Mages et faisait à distance un effet analogue à celui d un vaisseau garni de ses mats et de ses voiles. De là on pouvait observer tout le pays d'alentour; on voyait Jérusalem et même la montagne de la Tentation, dans le désert de Jéricho. Les bergers entretenaient des gardes dans cette tour, afin de surveiller la marche de leurs troupeaux et de s'appeler les uns les autres à son de trompe quand ils étaient menacés de quelque danger, comme d'une attaque de brigands ou d'une invasion de peuplade étrangère. Les familles de bergers habitaient dans un rayon de cinq ou six lieues, et chacune avait sa métairie avec des champs et des

VIE DE LA TRÈS-SAINTE ViKKGE.

jardins. La tour était le point de réunion; eïH'sit là que demeuraient les gardiens qui conservaient ici les objets les plus précieux, et recevaient d'ici ce qui élait nécessaire pour leur entretien. Il y avait le long de la colline de la tour un certain nombre de cabanes, et, à quelque distance, un grand bâtiment à plusieurs compartiments; c'était là que demeuraient les femmes des bergers occupés dans les champs, c'était là aussi qu'on leur préparait à manger. La nuit dernière, auprès de la tour, les troupeaux étaient encore, en partie du moins, en plein air; au contraire^ ceux d'auprès de la colline des trois chefs étaient à l'abri sous un vaste hangar.

Au moment où le Sauveur vint au monde, j'ai vu les trois principaux bergers, étonnés de ce que le ciel présentait d'étrange, sortir de leurs cabanes, porter les yeux au ciel en différentes directions et considérer avec étonnement l'éclat extraordinaire des nuages qui se balançaient au-dessus de la grotte de la Nativité. Les bergers voisins de la tour ne furent pas moins surpris ; ainsi j'en vis plusieurs monter à leur observatoire et considérer la lueur extraordinaire qui régnait au-dessus de la grotte.

Tandis que les trois bergers avaient ainsi les yeux levés au ciel, je vis un nuage lumineux descendre vers eux. Tandis qu'il se rapprochait, j'y remarquai des mouvements, des changements de formes et de figures, et mes oreilles furent frappées d'un chant doux, joyeux et de plus en plus éclatant. D'abord les bergers furent effrayés, mais bientôt un ange, se présentant à eux, leur dit : « Ne craignez pas; je vous apporte la bonne nouvelle qui sera le sujet d'une grande joie pour tout le peuple; c'est que dans la ville de David vous est né aujourd'hui le Sauveur du monde, le Christ, le Seigneur. Et voici le signe que je vous en donne; vous trouverez un enfant, enve-

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loppé de langes et couché dans une crèche. » Tandis que l'ange parlait ainsi, la hmiière qui l'enveloppait devint plus vive, et je vis devant les bergers cinq eu sept grandes figures angéliques, d'une beauté ravissante; ces anges avaient dans les mains une longue banderole (1) sur laquelle je vis un certain nombre d© lettres hautes comme la main; et je les entendis louer Dieu et chanter: « Gloire àDieuau plus hautdescieux/ et paix sur la terre aux hommes dé bonne volonté 1 » Les bergers de la tour eurent aussi la même apparition, mais seulement un peu plus tard. Ces anges apparurent encore à un troisième groupe de bergers qui se trouvaient auprès d'un puits, à l'est de la tour des Bergers et à trois lieues de Bethléem. Je n'ai pas vu les bergers se rendre immédiatement à la grott© de la Nativité, de laquelle ils étaient d'ailleurs éloignés les uns d'une lieue et demie, et ceux de la tour de trois lieues; mais je les ai vus délibérer sur les présents qu'ils porteraient au nouveau-né et se mettre aussitôt en devoir de les réunir. Ils n'arrivèrent que le lendemain matin à la crèche.

(1). La menUon d'une banderole dans les mains des anges pourrait faire croire que la narratrice aurait vu quelque part une représentation de ce mystère ou d'un autre mystère analogue, et qu'elle aurait ensuite coatondu ses souvenirs avec ses visions; mais n'a-t-oii pas le droit de demander d'où vient Tusage de mettre de ces banderoles entre les mains des anges, et qui le premier a i»lacé dans là bouche ou dans les mains de tel ou de tel personnage d'un tableau de ces banderoles avec des inscriptions en rapport avec son caraetère ou son rôk? Pour nous, lious inclinons à voir dans cet usage^ non une invention des peintres, mais une tradition remontant à l'an tiquité, à des représentations que des contemplatifs ont fait faire di leurs visions; ainsi il n'est pas impossible que les bergers aieat réellemetti vu de ces bauderoles dans les mains des ange*.

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