DATE DE LA NAISSANCE DU SAUVEUR
La narratrice a vu dans la nuit de Noël bien des indications précieuses touchant la date exacte de la. naissance du Sauveur, mais
dans l'état de veille et'en parfaite connaissance, elle semblait épuisée par ses elTorts, mais surtout elle avait l'a'r de salisfaction d'une personne qui a remporté une victoire : « Oh, c'est vrai<nent extraordinaire; j'élais loin, bien loin d'ici, au pays des mages, sur une haute montagne entre deux mers, et je m'auuisais à regarder leurs villes tomme de la fenêtre on peut regarder la basse-cour voisine; tout à coup je me sentis rappelée ici par mon ange gardien ; je me retournai et je vis ici à Dulmen passer devant la porte de la maisonnette une pauvre vieille femme que je connaissais et qui sortait d'une boutique Elle était méchante et mal disposée, et prononçait les malédictions et les blasphèmes les plus épouvantables ; je vis alors que son ange gardien s'enfuit bien loin, et qu'un démon, grand et affreux, vint, à la faveur de l'obscurité, se mettre en travers sur le chemin^ afin de la renverser, de lui briser le cou et de faire ainsi qu'elle mourût en état de péché. En voyant cela, je laissai aussitôt les mages, j'implorai ardemment le secours de Dieu en faveur de la pauvre lemme, et je me retrouvai dans ma chambre. Je vis alors que le diable était dans une fureur épouvantable, qu'il se précipitait du côté de la fenêtre et voulait entrer dans la chambre; je vis qu'il avait dans les griffes toute une poignée de lacets et de grosses cordes. 11 voulait avec tout cela nou<M- ici de vilaines intrigues et faire un tapage des plus extraordinaires, alors je m'élançai sur lui. et je lui donnai avec le pied uti coup qui le fit chan celer et dont il conservera longtemps le souvenii ; je me suis mise en travers devant la fenêtre pour l'empêcher d'enti er. »
Chose vraiment extraordinaire : tandis que du sommet du Caucase elle voit des choses qui ont eu lieu cinq cents ans et plus avant la naissance du Sauveur, et qu'elle les raconte comme si elles se passaient devant ses yeux, elle voit en môme temps le danger qu'une pauvre vieille court chez elle a deux pas de sa maison, et elle se hâte de venir à son secours. On ne put s'empêcher d'être effrayé en voyant ce squel tte ambulant se précipiter dans la chambre et s'y débattre d'une façon des plus violentes, alors que, depuis le 8 septembre, elle pouvait à peine, dans l'état de veille, faire, en s'appuyant sur des béquilles, deux ou trois pas sans tomber en défaillance.