CHAPITRE QUATORZIÈME
détails que j'ai aperçus à son occasion, voici ce que je me rappelle encore. Étendu sur son lit, le vieillard s'adressa à sa femme et à ses enfants; il leur parla avec une force remarquable et une grande allégresse du salut d'Israël et de tout ce que l'ange lui avait annoncé. Puis je le vis mourir paisiblement et je remarquai les plaintes résignées de sa famille. îl y avait autour de lui plusieurs prêtres âgés et d'autres Juifs qui priaient.
Je vis ensuite que l'on transporta son corps dans une autre salle. On le mit sur une table percée d'un grand nombre de trous, on le recouvrit d'un long drap et on le lava avec des éponges sous le drap, de façon à ne blesser en rien la sainte modestie. L'eau coula par les trous de la table et retomba dans un bassin de cuivre qu'on avait placé en dessous. On mit sur le corps de grandes feuilles, on plaça à côté de jolis petits paquets d'aromates, et on l'enveloppa d'un grand drap que l'on serra au moyen de longues bandelettes : on eût dit un enfant emmaillotté. Il était alors tellement roide qu'on eût pu croire qu'il avait été solidement fixé à la table.
Le soir venu, on conduisit le cadavre au sépulcre. Six hommes, ayant à la main des flambeaux, le portèrent sur une planche qui avait à peu près la forme du corps; seulement il y avait de chaque côté un rebord, assez élevé au milieu du côté et beaucoup plus bas aux extrémités. Le cadavre, enveloppé de bandelettes, reposaitsur cette planche, sans autre drap mortuaire. Les porteurs et ceux qui suivaient marchaient d'un pas plus rapide que dans nos funérailles. Le tombeau était sur une éminence et pas très-loin du temple. La grotte renfermant le tombeau formait à l'extérieur une éminence, et la porte était placée obliquement ; à l'intérieur j'y remarquai un revêtement solide: c'était un travail moins délicat, maisanalogue
à celui que j'ai vu saint Benoît exécuter dans son premier monastère (I).
Comme celles de la cellule que la Vierge occupait au temple, les parois du tombeau étaient ornées d'assemblages de pierres de différentes couleurs, figurant des fleurs et des étoiles. La petite grotte au milieu de laquelle on déposa le corps, présentait justement l'espace nécessaire pour qu'on pût circulera l'entour. J'observai dans les funérailles juives certaines pratiques particulières : ainsi on offrait au mort des pièces de monnaie, de petites pierres, et, si je ne me trompe, aussi des aliments, mais je ne puis l'affirmer.