CHAPITRE QUINZIÈME
trois endroits différents, à Hébron, à Bethléem et en une troisième localité, située entre les deux premières, du côté de la mer Morte, j'en ai oublié le nom. Les habitants, ne connaissant pas la raison de ces mouvements de troupes, en conçurent quelque inquiétude. Hérode était rusé; il fit chercher le Sauveur sans rien ébruiter. Les soldats furent assez longtemps dans ces différentes localités; enfin ne pouvant rien savoir de l'enfant né à Bethléem, il fit égorger tous les enfants âgés de moins de deux ans.
Le même jour, au soir, la malade s'endormit ; au bout de quelques minutes, eUe dit, sans aucun préambule et avec une grande expression de joie :
Dieu soit mille fois loué 1 Je suis arrivée bien à propos ! Il est bien heureux que j'aie été là. Le pauvre enfant est sauvé. J'ai prié Dieu de permettre qu'elle le bénit et qu'elle l'embrassât; elle l'a fait, et il ne lui a plus été possible de le noyer dans le marais. »
L'écrivain lui demandant alors de qui elle parlait, elle répondit :
c( D'une pauvre jeune fille qui s'est laissé séduire, elle voulait noyer Fenfant auquel elle venait de donner le jour. C'était assez près d'ici. Ces jours-ci, j'ai prié Dieu avec tant d'instances de ne pas permettre qu'un seul de ces enfants mourût sans baptême et sans bénédiction î J'ai fait cette prière parce que nous arrivons à l'anniversaire du massacre des saints Innocents. J'ai conjuré le bon Dieu par le sang de ses premiers martyrs. 0 comme il faut mettre ce temps à profit ! Gomment ne pas cueillir la rose chaque année au moment où elle fleurit dans le jardin de l'Eghse triomphante! Dieu m'a exaucée, et j'ai pu sauver la mère et l'enfant : peut-être les reverrai-je encore. »
Voilà ce qu'elle dit aussitôt après la vision ou, pour parler plus
exactement, aussitôt après l'œuvre de miséricorde exercée en esprit. Elle ajouta le lendemain matin.
Mon guide me conduisit en toute hâte à M. J'aperçus une jeune fille qui s'était laissé séduire; c'était, si je ne me trompe, avant d'arriver à M.; j'ai cru reconnaitre un endroit à gauche de T., du côté de K. Elle avait donné le jour à son enfant derrière un petit bois, et elle se dirigeait vers un marais profond, couvert d'une certaine quantité de verdure; elle avait l'enfant dans son tabUer. J'ai vu à côté d'elle un personnage grand et sombre, duquel sortait cependant une lumière sinistre ; je crois que c'était le démon. Je m'approchai d'elle bien vite, je priai Dieu de tout cœur, et je vis disparaître l'affreux personnage; elle prit son enfant, le bénit et l'embrassa encore une fois. Dès lors elle ne put se résoudre à le noyer. Elle s'assit et pleura beaucoup, ne sachant que faire. Je la consolai et lui donnai la pensée d'aller trouver son confesseur et d'implorer son assistance. Elle ne me vit point, ce fut son ange gardien qui lui parla pour moi. Je crois qu'elle n'a point ses parents en cet endroit, elle me parait être de condition moyenne.