XXII PRÉFACE
ville, dit h la duchesse : Madame, celle-ci sera an jour ma fille.
En 1643, dix-sept ans après la mort de la servante de Dieu, sa prophétie se vérifiait ; M11" Anne-Eugénie de Bournonville prenait au Carmel d'Anvers avec le saint habit le nom de Anne-Eugénie de Saint-Barthélémy. Plus tard, elle gouvernera ce monastère, et elle en sera la première Annaliste.
En 1657, la duchesse de Bournonville, après la mort du duc, son époux, prend elle-même le saint habit à l'âge de soixante-six ans. Et, comme on le voit aujourd'hui encore par la formule de sa profession signée de sa main et conservée au Carmel d'Anvers, la princesse d'Épinay, la petitefille des Montmorency, la duchesse de Bournonville, abdiquant tous ces titres, met sa suprême ambition à s'appeler soeur Anne-Françoise de Saint-Joseph. Enfin, en 1660, couronnée de jours et de mérites, elle termine saintement sa carrière. Sa fille lui ferme les yeux et nous lègue son portrait historique.
Les quatorze dernières années de la vie d'Anne de Saint-Barthélémy s'écoulent à Anvers. Les Carmélites qu'elle forme sont dignes d'une telle maîtresse de la vie spirituelle. Sainte Térèse se complaît dans ce monastère qui est une vive
PREFACE XXITI
image do Saint-Joseph d'Avila. La servante de Dieu Suces. Les pages qu'elle
ur cette époque de sa vie nous montreront avec quelle munificence de dons et avec quelle tendresse d'amour le divin Maître la traitait ; mais elles nous raconteront aussi comment cet adorable Époux acheva d'imprimer alors en elle les stigmates de sa croix. En sorte qu'on peut dire que pendant cette dernière période de sa vie, elle s'élevait, à vol de séraphin, à cette hauteur de sainteté qui, dans le ciel, devait la rapprocher de sainte Térèse.
Ces magnificences intérieures de la grâce, le divin Maître se plaisait h les faire éclater au dehors. Sa fidèle servante apparaissait souvent toute transfigurée et comme couronnée de rayons dans les ravissements et les extases. Un parfum de sainteté émanait de sa personne, et la majesté du Dieu vivant qui était en elle lui donnait un air auguste et vénérable. Le don des miracles et le don de prophétie achevaient de la faire regarder comme une sainte. Voici une de ces lumières prophétiques. Un jour, ravie en extase, elle est transportée en esprit au collège de la Compagnie de Jésus. Là, elle est témoin de la mort ineffablement belle du P. Jean Chailant. C'était un religieux renommé pour sa sainteté,