EDWARDS
du 10 Février 1758 , et l'autre celle du 5 Octobre 1759. Il y est. question des travaux zoologiques d'Edwards , mais elles n'offrent au fond rien d'important.
Edwards.
Du.... 1757, au 16 Avril l'/S^.
Edwards, bibliotht'cairc du collège royal de médecine à Londres, mort en 1773, âgé de 79 ans» est auteur d'un grand ouvrage sur les oiseaux et autres animaux rares, publié, avec de belles figures, de 1743 à 1764. Ce fut l'envoi de ce livre qui ouvrit la correspondance en 1757 : Linné adresse des remercîmens à l'auteur; il déclare que rien ne contribue davantage à l'avancement des sciences naturelles que les bonnes figures , et admire surtout celle qui représente le satyre, bien différent de l'orang-outang javanais de Bontius , et du satyre indien de Tulpius. Il voudrait savoir si lès dents canines sont séparées des autres , Uem , inquit^ si modo tua sit fœininay num nymphis et clitoride instruaturnec non. Edwards, dans sa réponse, dit que l'animal figuré est le pygmée du docteur Tyson, individu femelle dont les dents sont disposées conmae celles de l'bomme 5 Tyson avait figuré un individu mâle.
Linné adresse à Edwards (27 Septembre 1758), des observations critiques sur l'ouvrage dont nous avons parlé plus baut; elles sont assez nonabreuses et relatives à des oiseaux, à des reptiles, à des insecte^ et à des coquilles. Remercîmens d'Edwards pour les observations renfermées dans la lettre de Linné 5 envoi d'un nouvel ouvrage : les Glanures d'Histoire naturelle (12 Août 1760). Dernière lettre de Linné
l88 COKRBSPOiyBiLNGE DE LIANÂ.
(i5 ÂTril 1764): observations de détail peu ifliportaates sur l'ouvrage désigné plus haut.
A. GOUAN.
Du 22 Novembre 1769, au 28 Décembre 1772.
Antoine Gouan naquit à Montpellier le i5 Novembre 1733, et mourut dans la même ville le i*' Septembre 1821, âgé de quatre-vingt-huit ans. Il fit ées études à Toulouse , dont le collège était alors dirigé par le célèbre abbé Raynal , et revint dans sa ville natale où il se livra à la médecine. Reçu docteur, il eut pour maître et pour ami le savant Sauvages, qui l'initia dans la tîonnaissance des plantes et le guida dans le choix des auteurs botaniques classiques. Gouan, quoiqu'il sut apprécier l'immense mérite de Tournefort, se sentit entraîné vers linné et chercha à se rendre digne de correspondre avec ce grand homme dont l'ame ardente semblait animer celle de tous ceux qui se livraient alors aux sciences naturelles. La vie de Gouan ne fut pas féconde en épisodes: peu de savans ont eu une existence plus douce , plus longue et phis heureuse -, professeur de botanique dans l'un des plus beaux pays de l'Europe, il se livra tout entier à l'étude de la nature et conserva long-temps , avec un corps sain , l'intégrité de ses facultés intellectuelles.
La correspondance de Linné et de Gouan n'est point imprimée; lors de la mort du savant auteur de la Flore de Montpellier ^ le docteur Amoreux, chargé par la famille de l'examen des papiers du défunt, prit un extrait de la vaste correspondance de Gouan et le fit paraître dans le premier volume
A. couAiî. 1769 — ^77^* 189
des Mémoires de la Société linnéenne de Paris, ayant le départ pour une terre étrangère de Fherbier et des collections du professeur de Montpellier. Cest donc au recueil que nous venons de citer que nous emprunterons une partie de ce qui va suivre,
Gouan avait à peine vingt-six ans quand il ouvrit une correspondance suivie avec Linné. La première réponse qui lui fut faite d'Upsal est datée du 22 Novembre 1769 5 la dernière est du 28 Décemlwre 1772 , et nous faisons remarquer en passant que la plupart des correspondances de Linné se terminent à-peu-près à cette époque : le repos était enfin devenu nécessaire à cet bomme qui jusqu'alors n'avait connu que le travail. Les lettres de Linné à Gouan sont au nombre de plus de quarante ; Iq pré^ sident Smitb , qui a publié la plupart des Jettres trouvées dans les papiers de Linné, ne fait connaître aucune des lettres de Gouan: ce qui est assez extraordinaire, car Linné a conservé toutes celles qui lui avaient été écrites, et il n'a pu faire une exception pour celui auquel il donnait le nom de son correspondant cbéri.
La botanique et la zoologie (ichtyologie et entomologie) firent tous les jfrais de cette correspondance. On apprend par elle que Linné, voulant tenter d'élever en Suède des vers à soie , demanda à Gouan des instructions sur ce sujet. Gouan les lui donna et les accompagna de l'histoire des vers à soie en style apboristique; elle est curieuse et conçue en ces termes : Ovum pedicuM mole adœquans cicatriculâ notaimn. incubanàufn. Exit fosius rt/urdufy polypodv^y cfBcus, mutuSj bisgemina confectuf pelle, miser sUn vineula necHti tîf a/morphus;
igO GORKESPOKDAIVCE DE LIUTHÉ,
tnortis et vitœ pariieeps in chrysalidem mutatur amorpham. Tandem iolutis vinculis ^ redivwus , alatuSy hexapuSy oculatus, liber in aère vitajn et tociam quœrity quâ cum capulâ junctus posteras procréât , patri matrique similes , paternarum miseriarum heredesl Linné s'aperçut que son correspondant avait emprunté le style de ses descriptions; il en fut flatté, et lut la lettre de Gouan à l'université d'Upsal, dans l'une de ses séances.
Il est question dans une lettre de Linné , en date du 8 Mars 1760, d'une nouvelle espèce de poisson ( àxxphycis y genre blennius) et de divers insectes qui lui avaient été envoyés. par Gouan 5 Linné montre dans cette lettre , ainsi que dans plusieurs autres , ' une grande vénération pour Sauvages, qu'il qualifie de Prince des médecins. 11 assure ( lettre du 7 Octobre 1763), que l'on faisait à Upsal plus de cas de Sauvages que de Boerhaave lui-même. On sait que Linné enseigna la pathologie, en suivant la méthode proposée par le médecin français.
On doit regretter que M. Amoreux n'ait pas donné le texte d'une lettre en date du 27 Juillet 1764? dans laquelle se trouvait une réponse aux critiques d'Adanson. Au reste, peut-être est-il convenable de laisser tomber dans l'oubli ces fâcheux débats.
Les lettres de Linné à Gouan sont remplies d'expressions bienveillantes. On y trouve , çà et là , de sages avis et d'utiles renseignemens. Les lettres et les envois de Gouan ont fait connaître à Linné une foule de productions curieuses du midi de la France , beau pays que le naturaliste suédois regrettait de ne pas avoir vu : « Lorsque je parcours votre
A. GOUAIf. 1769 — "^77^' 19^^
Flore, combien je regrette , dit-il , que la vieillesse m'empêche d'aller cueillir avec vous ces belles plantes qui parent votre terre natale, sans rivale en Europe par la variété de ses productions végétales (20 Janvier 1765). » De pareils regrets se trouvent exprimés dans plusieurs autres lettres, et notamment dans celle du 20 Janvier 1766. Linné témoigne sa reconnaissance à Gouan pour l'intérêt que celui-ci savait donner à leurs relations , et s'exprime ainsi : « Aucun de mes correspondans ne m'intéresse plus que vous , mon cher ami ; vous cultivez sans relâche , et avec un grand succès , la science qui fait nos mutuelles délices : les observations que vous me communiquez sont toutes du plus grand intérêt. »
Les plantes dont il est question dans les lettres de Linné sont : la Linnœa borealis y si chère à tous les naturalistes, et que Gouan avait trouvée une seule fois dans les montagnes de Lesperou-, la Gouania domingensis , que Jacquin avait dédiée au professeur de Montpellier; la Loasa et surtout l'Ancolie visqueuse, plante découverte par Gouan. Terminons ces extraits par quelques phrases de Linné , où ce grand homme exprime la vivacité de ses désirs pour l'obtention de quelques-unes de ces plantes : An in hùrtis vestris crescat Loasa , quœ OrtigaFeuillœiy 1 , 43, quod Parisiis in hortis crescat novi. Si posses 7nihi dare aut comparare ejus recentia semina, dares Tnihi gazas. Pro uno ejus semine Jertili lubenter solverem dimidium luidorufn,avidissime expecto vider e aquUegiam tuam ; anne possibiie foret obtinere unieum setnen^ vel /blium etjlorem exsiccatum pro lieriario meo? (3o Juin 1767.)
Il ne parait pas que le nom de Haller ait été pro-
192 GORRESPONDAIîCE DE LINNÉ.
nonce par Linné dans cette correspondance ; les lettres de Haller à Gouan renferment au contraire des plaintes amères contre le naturaliste suédois. Linné n^entretint jamais ses amis de ses autres amis , à moins qu'il n'eût à se louer d'eux. Cette noble réserve , que dans le monde on nomme savoir-vivre , devait donner une grande sécurité aux correspondans de Linné, et rehausser l'estime profonde qu'ils ressentaient pour lui. Nous Favons dit : les lettres de Linné , celles même écrites dans l'épanchement de l'amitié, ne renferment pas une phrase^ pas une expression , que , vivant j il eût jugé nécessaire de faire disparaître; combien peu de personnes méritent un pareil éloge !
J. C. MuTis.
I^u«... 3761, au 8 Février 1777.
Don José Célestin Mutis naquit dans la péninsule Ibérique. Espagnol il aima les sciences , ecclésiastique il eut une teinte de philosophie. Mutis professa les mathématiques et l'histoire naturelle à Santa-Fé de Bogota ( nouvelle Grenade) et courut grand risque d'être tourmenté par l'Inquisition, car il avait calcule la distance qui se trouve de la terre à la lune et pouvait prédire les éclipses. Aussi eut-il long-temps la réputation d'un nécromancien , les habitans n'osaient lui confier leurs enfansy et craignaient qu'entre ses mains ils ne devinssent des sorciers," on n'a point appris que leurs craintes se soient réalisées. Soutenu par le vice-roi, comte de Casa Flores, dont il était le médecin^ et par l'archevêque de Santa-Fé , homme sage et modéré, on lui pardonna d'être plus éclairé que ses compatriotes, et il put exercer en paix ses fonctions de professeur
j. c. MUTis. 1761 — ^TIT* 195
€t de médecin , sans crainte d'être lapidé. Ce fat par ses conseils que Ruiz et Pavon, ses élèves, publièrent la Flore péruvienne ^ ouvrage remarquable dont Papparition en Espagne doit être rangée parmi les phénomènes. La Flore de Bogota , exécutée par des peintres du pays, et qu'on doit à Mutis, n'est pas un événement moins singulier.
Mutis ne vit jamais Linné, et pourtant personne ne lui fut plus sincèrement attaché. Toutes les expressions employées dans ses lettres respirent une vive affection, et les regrets qu'il manisfesta, quand la mort vint ravir ce grand homme à l'Europe , en donnent une preuve éclatante. Ce fut vers 1761 que commença cette correspondance. Une lettre de Linné, partie de l'un des états voisins du pôle nord, vint trouver Mutis au milieu des régions intertropicales,au moment où celui-ci allait demander à Linné la faveur d'une correspondance plus suivie. Quoique ce commerce épistolaire ait duré dix-sept ans, et qu'il ait eu beaucoup d'importance , les lettres auxquelles il donna lieu sont peu nombreuses; un grand nombre d^entr'elles furent perdues; la lenteur des moyens de communication était un obstacle invincible que Mutis ne put lever , et qui lui coûta de vifs regrets. Sept lettres de Mutis écrites en latin nous sont connues ; la première , écrite de Santa-Fé de Bogota (6 Octobre 1763) exprime des craintes sur les causes du silence de Linné; reçoit-il bien ses lettres ? il ne voudrait pour rien au monde être taxé de négligence. La seconde, adressée de la même ville, porte la date du 24 Septembre 1764; Mutis apprend à Linné qu'il vient de faire avec le vice-roi un voyage à Carthagène et qu'il a envoyé à l'académie d'Upsal un mémoire intitulé : de glehis aureù memorabilibus^
194 CORBESPONDAKGB ]>l IJJSVt.
accompagné d'un quinquina avec des fleurs , différent de celui qui a été décrit et figuré par le célèbre la Condamine (Ctnchona laneifblia). Deux lettres écrites de Cacota de Surate (19 Mai 1767 et 3o Octobre de la même année) renferment quelques observations sur le plumeria , le caricà et PAccBna elongata ; il donne le dessin d'un nepentheg. Mutis s'excuse (Santa-Fë de Bogota, i3 Mai 1770) de ne pouvoir répondre aux questions de Linné relatives à la géographie des quinquinas. Il n'a jamais visité la province de Quito , et Caxanuma , Loxa et Cuença sont fort éloignés des lieux où il est fixé. On trouve le quinquina sur des montagnes d'une hauteur presque incroyable. Selon ce qu'il a appris , le thermomètre s'élève rarement au-dessus de 18 degrés dans les forets de quinquina et se tient ordinairement au-dessous. Quito y vers le 6^ de latitude méridionale fait exception. Santistevan a vu le quinquina en fleur sous le 2^ de latitude nord. Les habitans l'y nonmient^a/o de requeson^ ses feuilles sont deux fois plus larges que celles de l'espèce officinale, ((^me/icma oblongifolia deMuiiSj quinquina rouge de Santa-Fé). Parlant ensuite de l'admirable fécondité du nouveau Mexique , il soutient qu'elle passe tout ce qu'on a pu en raconter et déclare que la vie entière d'un botaniste serait insuffisante pour décrire tous les trésors qu'il foule aux pieds ; il y a trouvé avec surprise un brabeium , genre afiricain du Cap. Cette lettre est accompagnée de la description d'un C«nehona gironensis dont le fruit est baccien. Quelle était cette plante? on n'en sait rien, mais certes ce n'était pas un einchona.
Dans une autre lettre , encore datée de Santa-Fé de Bogota (6 Juillet 1773), Mutis accuse réception de
j. c. ^VTî9. 1761 — 1777» AgS
plusieurs lettres qu'il a reçues des ipaius du yice-roi, dont il se loue beaucoup. Ces caractères chéris , si loQg-temps attendus, ont été, dit-il^ tendrement presses fur ses lèvres. Ruiz va partir pour la Suède , et plus benreuxque lui], verra les traits de leur docte maître; qi;ie ne peut-il aussi jouir de ce bonheur qu'il achèterait au prix de plusieurs années d'existence ! Une dernière lettre (8 Février 1777)? écxite des mines de Ybague, annonce le retour en Amérique, de Ruiz, avec Jequel il vient de passer des momens délicieux à parler de Linné et de sa famille. Mutis répond aux observations auxquelles ses derniers envois de plantes avaient donné lieu; et reconnaît la justesse des critiques* JMutis attendait une r^ose , mais il l'attendait vaincr jxieujL i il reçut, peu après, une lettre qui lui annonça ifL i^çMTt de son illustre correspondant ; elle était de linné fils qui demandait en termes fort polis queMutiç lui accordât une partie de l'estime qu'il avait eue pour l'auteur de ses jours. Mutis^ dans sa réponse , exprime vivement le chagrin de la perte qu'il vient de faire {mines deYbague 12 Septembre 1778). En recevant,dit- Û, une lettre de Suède , écrite d'une autre main que celle de linné^ il i^émit aussitôt et devina que son digne ami n'ét^t plus ; en efiTet , ses tristes pressentiment m le troqap^iït point. Ce grand homme , en cori:espon^$int av^ lui aussi souvent que le permettait 1^ prodigieuse dislance qui les séparait 9 avait fait jiail;re (iUms cfon^oœur une émulation sans cesse crois-< st^te. I^es découvertes, qu'il pourrait faire désormais, nJkâQilit pftr4re4ç Içur prix puisqu'il lui serait impossible 4e les (me. oonnaitre à Linné. Tandis qu'il se réjpuissfUt 4'%voir trouvé l'sffbre auquel on doit le baume t^Xriu^t V^â «ûngeait au plaisk qu^en allait ressentir
196 GORRESPOirBAiCCE DB UVVt.
son corredpondant 9 la mort avait déjà saisi sa proie; «vous avez perdu un excellent père , dit-il , et moi un maître vénéré. Sa mémoire vivra dans monjcœur aussi long-temps que j'existerai; cultiver l'amitié de Linné et chercher à être digne de la sienne Ait long-temps ma plus ohère ambition ; le souvenir de nos relationâ fera mon orgueil. Je saurai révérer en vous le fils d'un grand homme et à ce seul titre votre amitié me devient nécessaire; son' sang ne peut couler dans vos veines sans que vous ayez hérité de ses précieuses qualités. Linné a siupassé tous les naturalistes et il ne sera égalé par personne , car il a fait autant pour les sciences naturelles que Newton pour les sciences mathématiques. Leurs noms, placés au temple de. mémoire , ne périront jamais ; rece- • Tez, vers les pôles, l'assurance qui vous en est donnée par une voix venue de l'équateur^ elle fiit toujours amie de la vérité# n
Thuiibeagu
Thunberg, voyageur et naturaliste célèbre, naquit en Suède en 1743 et mourut à Upsal le 8 Août 1828, âgé de 85 ans. Il succéda à Linné fils dans la chaire de botanique d'Upsal , et vit s'accumuler successivement sur sa tête les honneurs décernés à Linné , dont on peut dire qu'il fut véritablement le successeur dans l'opinion des savans. Ses voyages au Cap et dans plusieurs parties de l'Inde , durèrent neuf ans , pendant lesquels il fit de nombreuses et importantes découvertes; sa célébrité s'étendit dans toute l'Europe. A son retour dans sa patrie on le nonuna successivement
wvnBEmG. 1771 — 1-774* 197
directeur du jardin^botanique d'Upsal , pendant une longue absence de Linné fils; puis professeur extraordinaire 9 président et recteur de l'académie des sciences de Stockholm^ chevalier de Tordre de Gus* tave Wasa; etc. La plupart des compagnies savantes de l'Europe l'admirent dans leur sein. L'académie des sciences de Paris le compta parmi ses membres*
La liste des ouvrages^ de Thunberg est fort longue et dénoté une grande variété de connaissances; il s'occupa^ de numismatique, d^antiquités, de médecine^ mais surtout de botanique [et d'entomologie. Thunberg eut, dans ses longs voyages ,. l'occasion de s'apercevoir que le nom de son docte maître était pour lui la meilleure de toutes les recommandations* Ce fut à.l^am)tié de Burmann. pour Linné qu'il dut l'avantage de pouvoir Tojager aux frais de la compagnie hollandaise des-In-r des orientales, et quand Thunberg s^étonnait qu'on fit choix d'un, inconnu, on lui répondit que sa qualité de suédois suffisait pour lui faire accorder la préfeV rence sur toute autre personne, et que depuis longtemps le nom suédoia était en Hollande un titre suffisant de recommandàtronv-
Huit lettres de Linné à Thunberg sont connues; elles^^ ont été imprimées en suédois à Hambourg, en 1792^ aucune traduction n'en a été faîte; La première tie ce» lettres porte la date du. 27 Avril 17.7 1 ; là dernière est du 20 DécenJbre 1774* Ce «ont les dernières que Linné adressa à ses disciples , et cette circonstance seule suffi* rait pour le&.fairejconserv«r, si ce qu'elles renferment d'intéressant ne leur donnait une importance qui leur est pro^e. Nous n'avons pas^ voulu les faire imprimer par extrait , et l'on noussaura gré de les avoir insérées textuellement. Ces lettres soiit écrites en suédois et
entremêla de mots latins; on j trouye pltuieiiis^ phrases obscures, mais un botaniste pourait facilement en retrouver le sens, nous l'avons tente en nous aidant du secours d'une personne très-rersëe dans là connaît iance des langues du nord de l'Europe*. Indëîléndeunment dé diverses particularités intéressantes, où. trouve dans ces lettres, sur les plantes du€ap,ime fôulë de renseignemens ptëcieux qui peuvent servît à Wiistoire des progrès de la botanique dans le 18* siècle* Linnë a ëciHt Ces lettrés dans le plus grand abandon, et l'on s'en aperçoit ; néanmoins les répétitions asses nombreuses, qu'on pourra remarquer s'expliquent pat Pincertitude dans laquelle se trouvait Linné de savoit' si ces lettres parvenaient ou non *, il ëtait donc indîl^ jpensable qu'il demandât plusieurs fois les renseigne*tnens qu'il voulait obtetiir. Là lecture de cette correspondance met surtout en évidence l'admirable justesse et la promptitude du coup d'œil de Linné ainsi que la certitude de ses jugemens sur les plantes soumises à ton examen. On y voit aussi que si Thunberg était un élève reconnaissant , Linné était un maître aflfec* tueux.
Lettres de Linné a Thunbeeg ,
Pendant ses voyages en Afrique et eu Asie
Lettre première ,
Monsieur et très-savant Licencie,
Je vous écris aujourd'hui afin de vous remercier des trois lettres que vous m'avez adressées ainsi que des graines qui les accompagnaient. Un voyage au Japon aune très^ande grande importance , et demaiid^
^ M. Emile Carlier, d« Dunkérquc.
TMUlfBEBG. 1771 ^TTT* 199
autant de temps qu'un Toyage à la Chine; pour quiconque n'a pas quitté le sol natal , l'idée seule d'entreprendre de pareik TO jages cause un sentiment extrême de frajeur; mais celui qui a été une ou deux fois aux Indes n'en fait pas une grande affaire^ et parcourt les |dus longues distances comme nous parcourons lesplus petites, et sans éprouyer plus d'émotion que quand nous nous rendons à l'académie* Lorsqu'on fait, en véritable naturaliste, ub yoyâgede la nature de celui que tous entreprenez , deux ans comptent plus pour la science que dix années de travaux sédentaires.. Jusqu'à présent aucun véritable botaniste n'a visité le pays que vous allez voir et les ouvrages scientifiques ne renferment la description que d'un fort petit nombre de plantes japonaises. Ne craignez donc pas de vous exposer à quelques dangers; celui qui veut atteindre un but g^œrieux doit se hasarder beaucoup; suivez d'ailleurs le penchant, qui vous entraine, et vous trouverez en vous la ligne de vos devoirs toute tracée. Le goât prononcé que vous avez pour la botanique et l'entomologie est une inspiration d'en haut. Dîeu vous a révélé votre vocation. La fortune, sachez-le bien,, ne s'ofire à nous qu'une seule fois; l'adresse avec laquelle nous la fix(His, doit à jamais nous rendre heureux ou malheureux. Il faut descendre en soi-même pour bien C(mnaitre ce qui nous convient le mieux, et nous pouvons toujours le faire avec succès, car le Seigneur a mis dans nos cœurs^^ la prédisposition nécessaire pour fkire un bon choix; c'est donc uniquement à nous de tout disposer pour arriver au meilleur résultat possible.
Je suis bien désireux de vivre encore, ne fut-ce que pour savoir de vous à quelles plantes il faut rapporter
300 co&kespoudaitce de LiinrÉ.
les gravures de Kœmpfer {AmœnU. exotie. ) dont suivent les numéros.
777 Nagt* n'est-ce pas un myrica ? — * 797 Toïrira.
— 8o9»Sw?Ao. — 811 Gingko : nous possédons cet arbre au jardin mais il n'y fructifie point. — B74 Mokokf. — 881 Sofno: est-ce Famnem siellaium, et dijffère-t-il de tanisum Jlorida/num? — 879 Obai : n'est-ce pas la même espèce que le carolinea ?
Le catalogue de Kœmpfer est fort incomplet^ et l'on voit en l'examinant combien il reste encore à décôu^ vrir de plantes. Puisque vous êtes lancé dans cette grande entreprise , trouvez bon que je vous prie de tenir compte de mes recommandations.
La carrière vous est ouverte^ songez que vous pouvez porter le titre de médecin du Roi au Japon ^ Kœmpfer et Cleyer en ont seuls été honorés jusqu'ici. Ce qoe Dieu a fait pour eux, ne peut-il pas le faire pour tous; et d'ailleurs si vous échouez dans l'obtentk>nde ce titre , l'Europe ne vous en dédommagera-t-elle pas en vous accordant la renommée? Ce voyage n'est pas aussi dangereux qu'on veut bien nous le dire ici. Le plus grand danger est sur la côte de Norwègc. Le trajet se fait avec des vents directs qui vous poussent de la Suède jusqu'en Chine. Il y a moins de risques à partir de la Hollande. Si vous désiriez , monsieur et très-savant licencié, être nommé médecin sur le navire des Indes orientales , à Gottenbourg^ qui
* 777 Myrica Nagi, Thunb. , devenu une espèce du genre na^eia de Gaertner sous le nom spécifique dejaponica, — 797 Evonymua T obir a, Thunh,, àev enn le PiUosporum Tohira d' Aiton. — 809 Houenia dulcis,T\ï\xiih, — 811 Ginlgo hiloba, Linn.
— 874 Cleyerajaponica , Thunb. — 881 Illicium ani&atum L^ -~- 879 Calycanthus prœcox L,
THUIfBERG 1771 1774* 201
8é rend en Chine , il serait facile de tous faire avoir ce titre, quoique plusieurs de nos médecins recherclient cette place et ne puissent l'obtenir. Cela vaudrait mieux que de voyager avec le même emploi sur un navire étranger , surtout quand il s'agit de visiter le Japon , l'une des plus curieuses et des plus rares contrées de l'univers.
Je suis , Monsieur et très-savant licencié , votre très-obéissant serviteur,