‹ Vie de Louise d'Orléans reine des BelgesChapitre 10 sur 28 · LÉOPOLD · texte numérisé non relu

LÉOPOLD

lettres qu'il recevait d'Angleterre témoignaient qu'à Londres, comme à Bruxelles, cette perte était vivement sentie et inspirait d'unanimes regrets.

La cérémonie de l'inhumation des restes mortels de la Reine offrit un douloureux spectacle. Elle s'accomplit dans la journée du 1 7 octobre. Dès le matin, quatre colonels de la garde civique et de l'armée se tenaient, l'épée nue, le crêpe au bras, aux quatre coins du cercueil. Vingt-quatre sous-officiers, tous décorés, allaient bientôt transporter la bière royale dans le caveau creusé sous l'autel de la Vierge.

Les ministres attendaient dans le chœur; des chaises avaient été réservées dans l'enceinte pour les dames de la cour et de la maison de la reine Marie-Amélie, pour les femmes des ministres et pour M""" la princesse de Ligne. Derrière elles se trouvaient M. Dumon-Dumortier, président du Sénat, et le comte de Baillet, vice-président; M. Verhaegen, président de la Chambre des Représentants, et MM. Delfosse et Delehaye, vice-présidents; les membres du corps diplomatique; le comte Le Hon et le prince de Ligne, anciens ministres de Belgique à Paris; les questeurs des deux chambres ; les premiers présidents et procureurs-généraux de la Cour de cassation et de la Cour d'appel; les présidents de la Cour des comptes et du Conseil des mines; M. Liedts, gouverneur du Brabant; M. Dindal, sénateur; le comte de Marnix, grandmaréchal du palais; M. Van Praet, ministre de la maison du Roi; M. Conway, intendant de la liste civile; les généraux d'Hooghvorst, inspecteur général des gardes civiques du royaume, et Petithan , commandant la garde civique de Bruxelles; le général baron Chazal, ministre de la guerre; le général Prisse; les généraux Anoul et Dupont, aides de camp du Roi; le général Chapelié, commandant l'Ecole militaire; les généraux comte Goblet, de Cruquenbourg, de Liem, Duval de Beaulieu et de Brias; les colonels des régiments

formant la garnison de Bruxelles; le colonel Keenens, connmandant la gendarmerie; le colonel Delannoy; les lieutenantscolonels de Meurs et Van der Burch et le major Goethals, officiers de la maison du Roi; les colonels de la garde civique bruxelloise de Doncker, Ranwet, Genis, Van Gelder-Parys, Bousman et le major Devis; les secrétaires-généraux des ministères; les bourgmestres de Laekcn, Schaerbeék, Saint- Josse-ten-Noode, etc.

Le Roi et la famille royale entrèrent dans l'église précédés de S. E. Mgr. le cardinal-archevêque et du chapitre métropolitain, du doyen do Sainte-Gudule , du curé de Saint- Jacques sur Caudenberg et du curé de Laeken. Le Roi donnait le bras à la reine Marie-Amélie, et quand il passa devant le catafalque, on le vit chanceler ; la reine Amélie, lui adressa alors quelques mots à voix basse, serrant son bras sous le sien comme pour l'aider à se soutenir. Cette scène émut vivement l'assistance.

Le duc deBrabant, le comte de Flandre et la princesse Charlotte marchaient derrière le Roi; puis venaient le prince de Joinville, le duc d'Aumale et le prince Auguste de Saxe-Cobourg- Gotha; M. le duc Decazes; le général Moline de Saint-Yon, ancien ministre de la guerre; MM. les généraux Théodore de Rumigny et de Berlhois, anciens aides de camp du roi Louis- Philippe; le général de La Rue, ancien chef du personnel de la guerre avant Février 1848, et M. Anatole de Montesquiou, chevalier d'honneur de la reine Marie-Amélie.

Le Roi et la famille royale se retirèrent après le Requiem en proie à la plus vive émotion.

Les sous-ofTiciers transportèrent alors le cercueil à l'entrée du chœur. Là l'archevêque l'aspergea d'eau bénite et jeta la première pelle de terre en prononçant les mots de l'Ecriture : Quiapulvis es et inpulveremreverteris. Le caveau où devait être placé le cercueil se trouve sous l'autel à la gauche du chœur.

Le lendemain de cette triste cére'monie, le caveau fut muré, on rétablit le pavé dans son état primitif, et des prières furent dites pour le repos de l'âme de la Reine dans cette chapelle devenue dépositaire de ses restes vénérés.

La reine Marie-Amélie, qui passa encore quelques jours h Laeken,entendait,chaque matin, la saintemesse dans la chapelle du château ou bien dans la chapelle même où la Reine, sa fille, venait d'être inhumée. Dans la matinée du 21 octobre, la reine Marie-Amélie vint prier à l'église de Laeken pour la dernière fois, accompagnée de la princesse Clémentine, duchesse de Saxe-Cobourg Golha , et du duc de Nemours. Après avoir fait ses adieux au curé de Laeken en termes touchants, la reine re vint au château pour y faire ses préparatifs de départ. Avant de quitter le château, elle donna audience à M. Hébert, derniei' garde des sceaux et ministre de la justice sous le roi Louis- Philippe; M. Hébert était accompagné de M. de Bavay, procu reur-général près la cour d'appel de Bruxelles.

A onze heures, le Roi, le duc de Brabant, le comte de Flandre et la jeune princesse Charlotte conduisirent jusqu'à la Cou pure du chemin de fer la reine Marie-Amélie, le duc de Nemours, le prince de Joinville et la princesse Clémentine. M. le général Petithan, les colonels de la garde civique bruxelloise, de Doncker, Ranwet, Theyssens, de Sorlus et le lieutenant-colonel Genis, en l'absence du colonel Fernelmont, les colonels^ Ablay, Van Rode, Nerenburger, Van Casteel, Renard, et les lieutenants-colonels de la garde civique et de l'arméequi avaient formé la garde d'honneur dans l'église de Laeken se trouvaient réunis à la Coupure et assistèrent à cette scène touchante. Le- Roi ayant embrassé avec effusion la reine Marie-Amélie, la princesse Clémentine et le duc de Nemours, leur commune émotion gagna tous les assistants. Le prince de Joinville parais sait en proie à une vive affliction. Enfin le signal du départ fut donné pendant que les princes français, debout dans la ber-

Une royale aux côtés de la reine et de la princesse Clémentine, saluaient les nombreux témoins de cette triste séparation.

Un service funèbre organisé par les Belges habitant Paris réunit, le 25 octobre, une grande afïluence de monde dans l'église Saint-Koch. Plus de deux cent cinquante Belges s'étaient cotisés pour couvrir les frais de cette cérémonie. Plusieurs membres du corps diplomatique, des hommes politiques restés dévoués à la maison d'Orléans et beaucoup d'amis de cette royale famille assistèrent à ce service, où le Président de la république s'était fait représenter par un de ses officiers d'ordonnance, M. le lieutenant-colonel Edgar Ney.

On remarquait parmi les membres du corps diplomatique présents, M. de Hubner, ministre d'Autriche; le baron Fagel, ministre des Pays-Bas: le baron de Schweitzer, ministre de Saxe; le baron de Stockhausen, ministre de Hanovre; le chevalier de Paiva, ministre de Portugal; M. de KisselelT, chargé d'affaires de Russie; le comte de Schulembourg, chargé d'affaires de Prusse; MM. de Amaral, Rosalès et Barmann, chargés d'affaires du Brésil, du Chili et de Suisse. Le nonce du Pape, Mgr. Fornari , le marquis de Normanby, ambassadeur d'Angleterre, et le duc de Sotomayor, ambassadeur d'Espagne, n'ayant pu se rendre à cette cérémonie, s'étaient fait excuser à la légation de Belgique.

On remarquait dans la nef et dans le chœur M. et M"'^ Thiers, M. Odilon Barrot, M. Dumon, ancien ministre ; le comte Napo léon et le comte Paul Daru; la duchesse Decazes; le comte de deMornay, gendre du maréchal Soult; le prince de Montléar, la comtesse d'Oraison, W'" et M"' de Montalivet, le comte de Rumigny, le général Gourgaud, M. Asseline, ancien secrétaire des commandements de M'"*^ la duchesse d'Orléans, et M'"' Asseline; la comtesse Desroys, la comtesse de Rigny, le général Excclmans,M'"' Firmin Rogicr, femme du ministre de Belgique; l'amiraldeMackau, ancien ministre de la marinc;la baronne de

Mackau, le comte Vigier, le général Drolenvaux, la comtesse de Sainte-Aldegonde, M. et M""^ de Laborde, M. Bochcr, ancien préfet, aujourd'hui représentant du peuple ; M. Serrurier, secrétaire de la légation de France à Bruxelles; M. et M'"*' Delessert, etc.

Au nombre des Belges présents, se trouvaient M- Firmin Rogier, ministre de Belgique; MM. CaroluSjPycke de Peteghem, lecomteP. deBorchgrave et M. de Bauche, attachés à la légation belge; le baron de Basse, le baron Daelman, M. Jeunesse et M. Sax, membres du comité de souscription; M'"*' Van den Heecke de Lembeck, M. le comte Le Hon fils, le baron d'Ingelmunster, Albert Grisar, compositeur distingué; le général baron de Knyff, le vicomte Desmanet de Biesme, Alexandre Batta, riiabilc violoncelliste ; le comte Cornet de Ways-Ruart, M. Limnander de Nieuwenhovc, le général Yan Coeckkclberghe, etc. L'absoute fut donnée par l'abbé Guelle, aumônier de la reine Marie-Amélie, qui avait assisté la reine des Belges dans ses derniers moments.

Les Belges qui habitent Cologne imitèrent ceux qui se trouvaient à Paris et demandèrent aussi à l'Église un service à la mémoire de la Reine. Voici en quels termes la Gazette de Cologne rendit compte de cette funèbre solennité :

Ce malin (29 oclobre), les Belges, dcmeurtint ici et aux environs, ont fait célébrer dans l'église de Sainte-Colombe un service funèbre en mémoire de leur Reine. La douleur aussi vraie que profondément sentie qu'a causée en Belgique la mort de celle princesse, qui était pour loules les femmes un illustre modèle des vertus de fille, d'épouse et de mère, a dû faire accueillir avec empressement, par tous les Belges demeurant ici l'idée d'honorer sa mémoire par un service solennel. Dès que l'impulsion fut donnée, on procéda aussitôt à l'exécution, et ce fut un spectacle touchant que de voir même de simples ouvriers, vivant de leur salaire journalier, apporter leur offrande pour coopérer à cet acte d'une piété devenue rare de nos jours et que tous considéraient comme un devoir sacré.

Les ordonnateurs de la solennité y avaient invité Mgr le cardinal-archevêque avec le chapitre de la cathédrale, les autorités civiles et militaires, etc. Tous» sans exception, sciaient empresses de déférer à cette invitation. Plusieurs cen-

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taincs de Belges étaient accourus de près el de loin pour assister à ce service. Tous portaient un crêpe au bras gauche. L'église était très-convenablement décorée. Une grande draperie funèbre séparait de la grande nef le chœur où des places étaient réservées pour les invités. Au milieu du chœur on avait élevé un dais qui couvrait le catafalque orné des attributs de la royauté et des initiales de l'auguste trépassée. Des deux côtés du catafalque brûlaient des urnes funéraires et dans le fond on voyait un trophée de drapeaux belges voilés par des crêpes. L'ensemble faisait un effet sévère et solennel. Le Hlanner-Gesang-Verein exécuta le nouveau Requiem de Neukomm avec accompagnement d'orchestre. Celte Société avait prêté son concours avec d'autant plus d'empressement qu'il s'agissait d'honorer la mémoire non-seulement d'une princesse que ses vertus rendaient chère à tous les cœurs, mais de la souveraine de h Belgique où la Société a si souvent trouvé l'accueil le plus hospitalier.

Le chanoine capitulaire Trost olTiciait, Le comte de Spee a prononcé l'oraison funèbre dans laquelle, sans aucune pompe oratoire, il a fait ressortir en termes pleins de simplicité ce qu'était l'auguste défunte et comme femme et comme reine; un modèle de perfection de toutes les vertus de son sexe, une vraie mère de ses enfants, un ange consolateur de toutes les misères et de tous les chagrins, dont la mort a fait couler tant de larmes qui venaient du fond des cœurs. 11 a terminé par une prière à laquelle la foule qui remplissait le lieu sacré s'est associée avec ferveur.

Une afïluence immense de personnes de toutes les conditions assistait à cette solennité et leur maintien prouvait que ce n'était point la curiosité, mais un sentiment de profond regret qui les avait amenées. Le souvenir de l'auguste trépassée vivra éternellement parmi les Belges.

A la nouvelle de la mort de la Reine, S. E. le çardinal-archevèque de Maiincs, MMgrs les évéques de Liège, Gand, Bruges, Tournai et Namur s'étaient empressés d'adresser au clergé et aux fidèles de leur diocèse un mandement qui prescrivait un service solennel dans toutes les églises du royaume. Les populations accoururent à ces funèbres cérémonies, dernier hommage rendu h la mémoire d'une princesse regrettée de tous.

Nous empruntons au journal r Indépendance, auquel, d'ailleurs, nous avons eu plus d'une fois recours pour les détails relatifs aux funérailles de lalleine, la description delasolennilé qui eut lieu à Bruxelles, le 25 octobre, dans l'église collégiale de Sainte Gudule.

Pour respecter — dit ce journal — la volonté de la sainte Reine, on avait dû transporter ses dépouilles à Laeken presque sans pompe, et célébrer ses modestes funérailles dans la petite église du village, sans l'appareil qu'appelait le haut rang de celle que l'on pleurait. Les larmes des rares habitants de Bruxelles qui avaient pu être admis dans Tétroile enceinte du temple avaient remplacé les hommages dus à la royauté. Mais aprcss'ètre ainsi inclinée devant la dernière volonté de la Reine, la nation a cependant voulu environner la mémoire de cette princesse adorée de tout l'éclat du trône dont ses vertus la rendaient si digne. C'est pour répondre à ce sentiment public, à ce besoin detousd'honorer solennellement le souvenir de la Reine, qu'il fut décidé qu'un service solennel serait célébré dans l'église collégiale des SS. Michel et Gudule, avec la plus grande pompe possible, et que des députations de tous les corps constitués seraient invités à y assister.

Ce matin, donc, Bruxelles si triste depuis le douloureux événement du il octobre, s'est réveillé plus triste encore. Les cloches de toutes les églises tintaient le glas funèbre, le canon grondait de deux en deux minutes, les magasins restaient fermés comme au jour où la nouvelle de la mort de la Reine parvint à Bruxelles ; beaucoup de maisons, surtout dans les environs de Sainte-Gudulc, étaient drapées de deuil. Un crcpe funèbre semblait recouvrir la ville entière, et dès huit heures, on ne rencontrait presque dans les rues que des personnes velues de noir se dirigeant vers l'église collégiale.

A l'intérieur de l'église, M. Liedts, gouverneur du Brabant, et M. Stevens, secrétaire-général du ministère de Tintérieur, présidaient a l'exécution des dispositions arrêtées d'avance. Ils étaient aidés dans cette tâche, par MM. Thiery. Perlau, Bivort, Vergote, Van der Belen, directeurs au ministère de l'intérieur, le colonel Ablay, pour le département de la guerre, et le baron

Van Zuylen, chef de bureau au département des affaires étrangères, qui tous remplissaient les fonctions de maîtres des cérémonies. M. de Sorlus, directeur au ministère de l'intérieur et chef d'état-major de la garde civique, et M. Fernelmont, colonel de la 1" légion de la garde civique, participaient également à l'exécution des mesures prises pour le placement des différents corps invités à la cérémonie, le premier pour ce qui concernait la garde civique, le second comme commandant la garde civique, réunie dans l'église.

Avant que le public ne fût admis à Sainte-Gudule, les corps constitués et les fonctionnaires ont pris place dans le chœur. Les ministres à portefeuille occupaient les premiers bancs de la première travée de droite Ils avaient auprès d'eux les ministres d'État; M. Joseph deBaillet, vice-président du Sénat, remplaçant le président, M. Dumon-Dumortier, empêché; et M. Verhaegen, président de la Chambre des Représentants.

En face de cette travée se trouvait la tribune de la maison du Roi, où ont pris place tous les aides de camp, officiers d'ordonnance et officiers de la maison de S. M.

A côté de cette tribune était celle du corps diplomatique. Tous les ministres, chargés d'affaires, secrétaires et attachés de légation étaient présents, sauf MM. les ministres d'Espagne et de Sardaigne qui, n'étant ni l'un ni l'autre à Bruxelles, se trouvaient remplacés par leurs premiers secrétaires. On remarquait M. le prince Gallimaki, ministre de Turquie, accrédité en même temps près la cour de Belgique et près la République française. H était venu de Paris avec son premier secrétaire pour rendre hommage à la mémoire de la Reine.

Les membres du corps diplomatique belge ont pris place auprès du corps diplomatique étranger. Nous citerons parmi les titulaires MM. O'Sullivan de Grass, Henri de Brouckère et Dujardin, qui représentent la Belgique à Vienne, en Italie et à

Madrid; parmi ceuxqui ne sont plus en fonctions, MM. le comte Le Hon, Hippolyle et Charles Vilain XIIII.

Les membres des deux Chambres étaient presque au complet.

La Cour de cassation, la Cour des comptes, la Cour d'appel, le tribunal de première instance, le tribunal de commerce, la chambre de commerce et Tadministration communale de Bruxelles avaient été convoqués en entier.

On remarquait, en outre, le général en chef de la garde civique, les lieutenants -généraux pensionnés et en activité, les officiers supérieurs de la garde civique de Bruxelles et de l'armée, les secrétaires généraux des ministères et tous les employés supérieurs des départements ministériels ou des diverses administrations publiques.

Le reste des places du chœur était occupé par les généraux commandant les divisions territoriales, les gouverneurs et les généraux commandant des provinces, les présidents et procureurs généraux des Cours d'appel de Liège et de Gand; les présidents et procureurs du Roi des tribunaux de premièie instance des chefs-lieux de province, les recteurs et administrateurs des universités de l'État, les délégués des députations permanentes des conseils provinciaux, les bourgmestres des chefs-lieux de province, ceux de la banlieue de Bruxelles et des villes d'Ostende, de Gand, de Termonde et de Malines qui avaient eu le triste honneur de recevoir, aux diverses stations, les dépouilles de la Reine lors de leur translation d'Ostende à Laeken. ,

La grande nef avait été réservée aux fonctionnaires et employés de la maison du Roi, au conseil général des hospices, aux juges de paix et commissaires de police , aux délégués des sociétés de bienfaisance, des comités de charité et des visiteurs des pauvres ; — les pauvres avaient plus que tous autres le droit d'être représentés au service de cette Reine qui a tant fait

ira

pour eux — aux députalicns des gardes civiques de province et des régiments de Tarmée, aux corps d'officiers de la garde civique de Bruxelles, de la banlieue et de la garnison.

Presque tous les chefs de corps de la garde civique des provinces et de l'armée s étaient joints aux députations.

On remarquait, en outre, plusieurs gardes nationaux français, tant officiers que sous-officiers ou gardes, un officier de spahis, un officier de cavalerie et deux officiers de la ligne, appartenant à des régiments français.

Dans le chœur, derrière les bancs des ministres, on avait réservé quelques places pour des étrangers de distinction parmi lesquels se trouvaient M. le prince de Metternich, le général Jomini, aide de camp de l'empereur de Russie, le général Jacqueminot, ancien commandant supérieur des gardes nationales de la Seine, M. Hébert, ancien ministre de la justice en France, M. Werner de Mérode, membre de l'Assemblée législative, qui avait pris place parmi les membres de la Chambre des Représentants.

Quelques bancs de cette même travée étaient occupés par S. A. R. l'infante d'Espagne, la duchesse d'Arenberg, la princesse de Ligne, la princesse de Metternich, les femmes des ministres, des présidents des deux Chambres, des membres du corps diplomatique et de quelques hauts fonctionnaires de l'administration générale.

A onze heures moins un quart, le clergé entra dans Téglise par le grand portail, précédant processionnellement les sept prélats qui devaient prendre part à la cérémonie. Ces prélats étaient Mgr. le cardinal-archevêque de Malines, MMgrs. les évêqucs de Liège, de Namur, de Tournai, de Gand et de Bruges, et enfin Mgr. l'archevcque de Tyr, comte de Mcrcy- Argenteau, qui s'était joint aux six autres prélats.

Les officiers appartenant à la maison du Roi vinrent prendre place alors dans la tribune royale, ayant à leur tête M. Jules

Van Praet, ministre de la maison du Roi, M. le comte de Marnix, grand-marechal du palais, MM. les lieutenants-généraux Prisse etGoblet d'Alviella, qui donnaient le brasà M""' d'Hooghvorst, Vander Slraten, d'Overschie et Vilain XIllI, dames du palais. Ces dames, complètement vêtues de noir, avaient la tête couverte d'un grand voile de crêpe de même coiileur retombant jusqu'à leurs pieds. M'"^ la comtesse de Mérode- Westerloo, dame d'honneur de la Heine, n'avait pu se joindre aux dames du palais, retenue qu'elle était par une assez grave indisposition.

Des fauteuils avaient été préparés sur le devant de la tribune royale pour le cas où le Roi et les princes se seraient rendus à ce service. Ces fauteuils restèrent inoccupés.

Dès que les membres de la maison du -Roi eurent pris place, Mgr. le cardinal-archevêque de Malines revêtit les habits sacerdotaux, pour célébrer le Saint-Sacritice, et le service commença. S. E. avait pour assistants les vicaires généraux de la cathédrale de Malines. Les six autres prélats avaient pris place au centre du chœur en avant de l'autel. Tous avaient, ainsi que S. E. le cardinal-archevêque, la mitre en tête et la crosse tenue par un acolyte debout à côté de chacun d'eux.

Le service commenra vers midi.

On sait tout le prestige, tout le grandiose des pompes du culte catholique. Aucun autre n'exerce sur les esprits une impression aussi profonde, et si l'on ajoute à celte impression habituelle les douloureuses pensées qui préoccupaient tous les cœurs au souvenir de la princesse à jamais regrettable dont on voulait honorer la mémoire, l'effet de la lugubre décoration au milieu de laquelle on se trouvait, celui des chants sacrés venant, en quelque sorte, expirer du jubé dans le chœur, le glas des cloches qui continuaient à tinter, le canon qui tonnait de minute en minute, si l'on se retrace tout cela, on se fera peut-être une idée du recueillement, de rémotion, de la muette tristesse de

celte foule qui se pressait dans le temple sacré! Des larmes coulaient de bien des yeux; des sanglots étouffés s'échappaient de bien des poitrines. C'était là la première oraison funèbre, en attendant celle que le R. P. Dechamps, de la congrégation du St. Rédempteur, allait prononcer.

Après l'Évangile, l'éloquent apôtre du Christ vint rappeler les vertus de la Reine que la Belgique pleure. Une sorte de prie-Dieu formant tribune fut apporté au pied de l'autel et le R. P. Dechamps prononça alors son oraison funèbre, modèle d'éloquence religieuse et, en même temps, de haute raison politique.

Apres cette oraison funèbre, S. E. le cardinal-archevêque continua la célébration du Saint-Sacrifice. Nous n'avons pas besoin de dire si tous les cœurs s'associèrent aux prières qu'il adressait au Ciel pour la Reine.

Le Saint-Sacrifice achevé, S. E. le cardinal-archevêque quitta la chasuble pour revêtir le pluvial et, suivi des six autres prélats, il se rendit, précédé de la Croix et avec tout le cérémonial du culte, sous le catafalque où devaient être données les cinq absoutes.

Mgr. l'archevêque deTyr procéda le premier à cette cérémonie. Après lui, MxMgrs. les évêques de Liège, de Tournai, de Namur, et enfin S. E. le cardinal-archevêque donnèrent l'absoute à leur tour.

Il était deux heures moins un quart lorsque les derniers chants des trépassés expirèrent sous la voûte sacrée. Le clergé reconduisit processionnellement les sept prélats, comme à l'arrivée, et la foule s'écoula, émue, recueillie, silencieuse, mais un peu consolée en songeant que si les malheureux ont ici-bas une bienfaitrice de moins, la Belgique a, au Ciel, un ange protecteur de plus !

Ce service funèbre avait amené à Bruxelles un grand concours de population. Parmi les étrangers de distinction ar-

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rivés pour y assister, on remarquait le prince de Salm, le prince Pierre d'Arenberg et le prince de Rheina-Wolbeck. Des points de la Belgique les plus éloignés, des familles entières étaient venues s'associer à cette grande manifestation. Un fermier des environs d'Ardenne, que les bienfaits de la Reine étaient souvent venus trouver au fond des terres qu'il habitait, vint pleurer et prier avec tous ses enfants dans la chapelle de Laeken et à Sainte-Gudule de Bruxelles.

Liège, Gand, Bruges, Anvers, Mons, Tournai, Namur, Louvain, Malines imitèrent Bruxelles et déployèrent beaucoup de pompe pour ces funèbres solennités. Voici ce qu'on écrivait de Mons à la date du 25 octobre :

«i C'est aujourd'hui qu'a eu lieu, dans notre ville, le service funèbreordonné par le mandement de Mgr. levéque de Tournai. Toute la ville avait pris le deuil pour ce jour solennel. Les magasins étaient fermés, une foule de maisons tendues de noir.

L'église avait été décorée d'une manière splendide. Le grand escalier de Sainte-Waudru qui, depuis dix ans, n'avait encore servi à aucun usage avait été déblayé et disposé pour permettre l'entrée par le grand portail. On pouvait, pour la première fois, juger de l'elTct do cette magnifique église dans toute sa sombre profondeur.

La grande nef était réservée aux invités. On l'avait ornée de tentures noires et blanches drapées dans le goût le plus sévère. A chaque pilier était attaché un écu au 3^ armes de la ville, alternant avec celles de la province, le tout surmonté de faisceaux de drapeaux tricolores enveloppés de crêpes funèbres. A la hauteur du transept s'élevait le catafalque; une couronne royale en or posée sur un coussin de velours noir et couverte d'un long voile noir était adaptée au sommet. La draperie du catafalque était parsemée de lions d'argent, le catafalque se trouvait entouré d'une multitude de cierges et dominé par un dais portant un immense diadème dont la croix d'argent allait

presque effleurer la voûle de l'édifice. Ce mausolée élaii d'un dessin correct et d'un aspect sévère. Sur les côtés, placés en face du haut etdu bas del église, on avait peint les blasons réunis de Belgique et d'Orléans, soutenus par deux renommées. A chaque angle du catafalque, se tenait un prêtre en prières; les degrés que gardaient des lions de dimensions colossales étaient occupés par les orphelins et les orphelines tenant un cierge armorié. Toute cette décoration de deuil qui s'harmonisait si bien avec la douleur de tous et la sévère architecture du temple a fait honneur à l'architecte de la ville. M. Suys.

Dès neuf heures et demie, les nombreuses chapelles de la cathédrale étaient remplies de dames en grand deuil; la garde civique et la troupe rangées autour de l'église; le canon grondant de minute en minute, la grosse cloche de la tour du château remplissant l'air d'un lugubre bourdonnement. A dix heures, les autorités civiles et militaires vinrent se ranger dans la grande nef; les bourgmestres et autres fonctionnaires des communes voisines se trouvaient parmi eux. Le chœur était occupé par le clergé de toutes les paroisses de la ville, venu processionnellement à la cathédrale, et par les vicaires et desservants des environs.

Les membres de plusieurs sociétés de chant, les ouvriersélèves du cours populaire et les élèves de l'école de musique devaient, au nombre de 200, chanter la messe de Requiem de Ghérubini, sous la direction de M. Denefve, l'habile président de la société Roland de Lattre. L'exécution fut admirable. Le Libéra de sa composition, intercalé par M. Denefve dans la messe de Ghérubini, ne dépara pas l'œuvre du maître.

L'office divin fut célébré par M. le vicaire général Descamps, du diocèse de Tournai, officiant pontificalement, et assisté de M. le doyen de Sainte- Waudru et de MM. les curés des différentes paroisses.

L'éloge funèbre de la Reine fut prononcé par le R. P. Du-

fau, de la Compagnie de Jésus, avec une onction, une éloquence sévère et élevée qui arrachèrent des larmes à l'auditoire. »

Voici quelques détails sur le service célébré dans la cathédrale de Tournai :

« Mgr. l'évêque officiait. Toutes les autorités civiles et militaires, convoquées à cette triste cérémonie, remplissaient le chœur, jusqu'au pied de l'autel où se trouvait dressé un catafalque, entouré des armes royales. Le collège échevinal et le conseil communal occupaient une partie de la nef.

On remarquait parmi les assistants M. Victor Savart, sénateurj MM Barthélémy Dumortier, Allard-Pecquereau, Visart de Bocarmé, membres de la Chambre des Représentants; M» Sacquelcu, commissaire d'arrondissement; M. du Bus aîné, président du tribunal de première instance; M. le général Ducorron; M. le colonel de Saint Charles, commandant le 3^ régiment d artillerie; M. Duquesne, lieutenant-colonel, commandant la place de Tournai; M. Chauffaux, lieutenantcolonel, commandant la h^gion de la garde civique; M. Renard- Van Iscghem, président du tribunal de commerce, etc., etc., les officiers supérieurs de l'état-major de la garde civique, du génie militaire, de l'artillerie, du 2" chasseurs à cheval, du 2* chasseurs à pied et tout le personnel de l'administration des ponts et chaussées, de l'enregistrement et des domaines.

\in dehors du chœur, des détachements considérables de Iroupes laissaient à peine un libre passage à la foule innombrable des fidèles qui encombraient l'église, jusqu'à l'extrémité de la place de l'Évéché.

A dix heures, le service divin a commencé et midi sonnait quand les derniers versets du psaume De profundis ont annoncé la fin de la cérémonie funèbre. Dans l'intervalle le canon de la citadelle, couvrant le glas des cloches de toutes les paroisses, rendait un suprême hommage aux cendres d'une

IGO

Reine chérie et vénérée. Les principaux magasins de la ville, partageant le deuil public, étaient fermés. »

Le service funèbre de la ville de Gand eut lieu le 22, dans la cathédrale de Saint-Bavon. Le catafalque était tendu de drap noir, frangé d'argent et semé de larmes. On avait placé au sommet, sur un coussin noir, le manteau royal en velours rouge, bordé d'hermine, surmonté d'une couronne avec un voile de deuil. La messe fut célébrée en plain-chant par les séminaristes. Le gouverneur civil de la province; le bourgmestre et les échevins de Gand ; la Cour d'appel et le tribunal de première instance; les professeurs de l'Université en toge; les généraux Clump et Deys; les officiers de la garde civique et de l'armée; les employés des administrations publiques assistèrent à ce service funèbre.

A Bruges, à Namur, à Hasselt, à Arlon, cette cérémonie religieuse s'accomplit aussi avec pompe; les plus petites communes du royaume eurent leurs prières pour cette Reine si regrettée. Parmi les établissements qui s'associèrent à cette manifestation religieuse, nous citerons le collège de la compagnie de Jésus, à Alost; le pensionnat de Sainte-Marie de Thielt, où quatre-vingts élèves en deuil firent une communion générale au milieu des chants funèbres; la Société royale de Saint-Sébastien d'Ypres, placée sous le patronage de S. A. R. le comte de Flandre; la Société de Sainte-Barbe, à Bruxelles, dont la messe fut dite à Ixelles dans la nouvelle église de Saint-Boniface. A Andenne, tous les ouvriers et employés de rétablissement Pastor, Bertrand et Comp" voulurent se rendre en corps au service religieux. Nous en pourrions dire autant des ouvriers de la papeterie Lammens et Gomp*" à Craihem (Brabant) et de ceux de beaucoup d'établissements industriels.

A Calais (France) M. Dessain, consul de Belgique, fit célébrer un service à la mémoire de la Reine au milieu d'un grand

concours de population. On en fit autant à Londres dans l'église catholique de Saint-Georges. Les regrets étaient unanimes et ne se bornèrent pas à la Belgique ; tous les Belges habitant la France, l'Angleterre ou l'Allemagne se réunirent, se cotisèrent, pour faire célébrer des messes funèbres.

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