EXTRAIT DE LA REVUE DES DEUX MONDES
... La mort de la reine des Belges ne saurait être pour nous un événement étranger; elle nous frappe comme un deuil national. La reine Louise, assise sur un trône à peine élevé au lendemain d'une révolution, n'avait pas peu contribué à le raffermir en y donnant '.'exemple d'une vie pleine de vertus. Sa douce et modeste
influence s'était associée à la sagesse consommée du prince dont elle était devenue l'épouse, pour attacher le peuple belge à la jeune dynastie ; elle avait été la grâce de cette monarchie naissante.
On lui sentait pourtant une secrète langueur cachée jusque sous sa bonté, on devinait jusque sous ses prospérités ce fond de tristesse résignée auquel on reconnaît quelquefois les nobles existences qui doivent finir trop tôt; mais le voile mélancolique jeté sur sa destinée la rendait plus intéressante, et cette compatissance respectueuse, qu'il est si bon pour les grands d'inspirer aux petits, ajoutait à l'afiFection populaire dont elle était entourée. Au sein de sa nouvelle famille et de sa nouvelle patrie, la Reine Louise restait encore l'un des plus précieux ornements de la maison qui régnait sur la France; elle était l'un des liens les plus puissants de cette famille si unie, elle en partageait toujours les anxiétés ou les joies.
Le chagrin si amer qui a visité In demeure royale attriste la Belgique entière au moment où elle sortait des fêtes qui ont honoré le vingtième anniversaire de sa nationalité.