PRÉFACE
Le demi-siècle qui s'est écoulé présente à l'historien de beaux modèles, que son amour pour la religion et pour la patrie lui fait un devoir d'offrir, non pas à l’admiration stérile, mais à limitation de la postérité.
De grandes vertus nous ont consolés de grands crimes; de magnifiques dévoûmens nous ont dédommagés de déplorables foiblesses; d’admirables et utiles talens sont restés comme de vives lumières au milieu de la nuit que l'ignorance et le mauvais goût s'efforcent d’épaissir autour de nous.
Nous l'avons déjà montré dans la Wie de M. de Quelen. Nous le montrons de nouveau, et peut-être mieux encore, dans la 7e de M. Frayssinous, que Dieu a suscité, au commencement de ce siècle, pour jeter au milieu de la capitale, où toute la France étoit représentée par une jeunesse d'élite, cette semence de la foi qui depuis a porté tant de fruits.
L’apostolat de M. Frayssinous fait la matière du Livre I“.
Dans le Livre II, l'apologiste de la religion paroitra sous un autre aspect. L'épiscopat a été Im posé à son humilité, et le poids des affaires publiques à son dévoûment.
Ici notre tâche devenoit plus difficile.
Les fonctions de premier aumônier du Roi, remplies par M. Frayssinous, nous ont fourmi loccasion d'exposer avec détail un point de l'histoire
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ecclésiastique contemporaine. Admirateur fidèle de MM. de Quelen et d’'Hermopolis, nous n'avons pas hésité pourtant à reconnoître que, dans la question débattue entre l’archevèque de Paris et le grandaumônier de France, le droit étoit du côté du grandaumônier. Le prince de Croï vient, à son tour, de descendre dans la tombe : sa lutte persévérante pour faire respecter le privilége de la Couronne, et la démission qu'il donna de sa charge, quand il le vit abandonné, honoreront sa mémoire.
Grand-maitre de l'Université et ministre de l’Instruction publique, M. Frayssinous n’a rien négligé pour corriger les vices d'une institution aujourd'hui condamnée par l'expérience. Dès-lors on réclamoit la suppression de son monopole, comme le seul remède qui püt guérir la plaie qu'elle avoit faite à la France : maïs cette question n'étoit pas encore müre, et l’histoire doit tenir compte à M. d'Hermopolis de ses patiens efforts pour arriver, par l'autorité, au résultat que l’on n’obtiendra de nos jours que par la liberté.
Si le privilége de Université fut maintenu sous sen ministère, du moins, ministre des Affaires ecclésiastiques, il ne fit point à ce privilége exclusif le sacrifice des écoles dans lesquelles les membres d’un ordre illustre préparoient à la religion des chrétiens, à la patrie des citoyens vertueux; et, quand M. Frayssinous fut sorti des affaires, il ne unt pas à lui que Charles X s’abstint de frapper les seuls asiles, peut-être, où lon formât au Roi des serviteurs fidèles.
Sage conseiller de Louis XVIII et de Charles X sur le trône, M. d'Hermopolis, qui, du haut de la chaire de vérité, avoit prédit et célébré la naissance de M. le duc de Bordeaux, consacra sa vieillesse à élever dans l'exil l'unique rejeton d’une branche que le vent des révolutions venoit de transporter
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encore une fois loin de la France. La mission de Bossuet et de Fénelon avoit été réservée, par une Providence miséricordieuse ; à l’orateur dont le nom est glorieusement inscrit à la suite des leurs dans les fastes de l’éloquence chrétienne. Cette époque de la vie de M. Frayssinous est l’objet du Livre LIL.
Les papiers laissés par le prélat, que M. Amable Frayssimous, son neveu, a bien voulu nous communiquer, Les lettres de M. d'Hermopolis, que nous avons recueillies, de précieux documens puisés à des sources authentiques, nous ont permis de composer cette Ÿ’ze, qui pourra se placer à côté de celle de M. de Quelen. L'evêque d'Hermopolis a été, au séminaire, le maître de l’archevèque de Paris ; jusqu'a la fin il est resté son ami; dans des positions diverses, ils ont tous se déployé de rares talens et un caractère tel que la dignité humaine ne sauroit atteindre plus haut. Le lecteur ne les séparera pas dans son admiration.
Cet ouvrage, qui expose la vie de M. d'Hermopolis, résume aussi celle d’un docte et vénérable ecclésiastique, dont l'existence a été mêlée à la sienne d’une manière si étroite, que l’une fait, en quelque sorte, partie de l’autre. Depuis le berceau jusqu’à la tombe, MM. Frayssinous et Boyer, de près et de loin, se sont aimés, se sont entendus. Le premier à évangélisé la jeunesse, le second a été l'apôtre du clergé; leur parole et leurs écrits ont multiplié les chrétiens et les saints prètres; et, après avoir concouru, dans des carrières diflérentes, celui-ci à l'ombre du sanctuaire, celui-là au grand jour du monde, à la régénération de leur patrie par la religion, ils se sont éteints en même temps. À peine avions- -nous reçu, de la bouche de M. Boyer, ces détails intimes sur M. Frayssinous, que l'amitié seule pouvoitconnoitre, qu'il nous à fallu interroger les amis du pieux etsayant Sulpicien sursa propre vie.