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des saints et la sagesse qui vient d'en haut l'em-.portassent sur les dons de la nature et les talens humains; et M. Olier possédoit ces qualités dans un degré éminent. Mais les vues de Dieu sur lui demeurèrent cachées pendant quelque temps; et . . afin que le projet qu'il avoit inspiré au P. de Condren sVxécutât d'une manière toute opposée *• aux foibles lumières de notre esprit, il voulut
que son serviteur passât deux années entières dans un état de souffrances et de tribulations,, qui surpassoient toutes les épreuves anciennes, et sembloient de nature à faire juger qu'il ne scroit plus propre à rien.
' n. Pour en augmenter même le mérite, il lui donna
Kouvelles pç^sée de faire deux prières , qui ne pouvoient rieures. partir que d'un cœur consommé en charité. L ennemi de tout bien venoit de susciter contre lui des hommes de discorde, qui tous les jour& lui intrntoient de nouveaux procès, et lui faisoiont souffrir les plus cruelles contradictions. Il supplia premièrement notre Seigneur de changer cette croix en des peines intérieures : on ne tardera pas à voir qu'il fut pleinement exaucé. Réduit à une extrémité si orageuse, un homme moins détaché des consolations sensibles, eut pu chercher de quoi soulager ses maux dans la jouissance de la grande considération qu'il s'é toit acquise, et des applaudissemens qui l'accompagnoii nt partout ; mais la seconde grâce qu'il demauda à Dieu , fut , de lui retirer cet appui, et de substituer aux témoignages d'estime qu'on lui prodiguoit partout, les mépris et les rebuts. Quels progrès n'a pas faits dans les voies de l'humilité , celui qui se sent
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altiré à sollicller de telles faveurs ! Dieu ne rebuta point son serviteur, et ne méprisa pas sa prière. Peu de temps après qu'il l'eut formée dans son* cœur et répandue au pied des autels, les lumières intérieures et les autres dons qu'il avoit reçus du ciel , parurent lui être retirés tout-àcoup. Aux différentes épreuves qui Tavoient préparé aux fruits qu'il moissonna dans ses missions, avoient d'abord succédé des grâces dont on ne trouve d'exemples que dans l'iiistoire des plus grands saints. Les vues que Dieu lui avoit données de sa beauté infinie et de sa souveraine bonté, remplissoient son cœur d'une joie si pure et tout a la fois si sensible, qu'elles le metloient ho'rs de luimême. Dans l'impuissance où il étoit de soutenir les violens assauts du pur amour, il ne pouvoit appaiser le feu qui le dévoroit qu'en s'écriant, dans une espèce de transport: O amour! ô amour! Mais ces beaux jours n'étoient plusj et aux impressions ravissantes qu avoient faites sur lui les cbarmes de la miséricorde du Père céleste , avoient succédé toutes les terreurs de sa justice. Avant ces jours de désolation , accoutumé à goûter dans la compagnie de son bon maître toutes les consolations que laisse après lui un vif sentiment de sa présence, et il ne pouvoit assez sç rassasier du plaisir qu'il trouvoit à s'entretenir avec lui: maintenant il ne rencontre plus que ténèbres , et il se sent comme repoussé par celui qui l'avoit comblé si souvent de ses caresses. Devenu presque insupportable à lui-même, il ne se regarde ^lus que comme un réprouvé, indigne de converser avec les ecclésiastiques qu'il avoit associés à ses tra-
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Tàox. Privé de tout soulagement de la part de
Dieu , tout appui lui étoit refusé de la part des Iiommes; et la pensée la plus £imilicre à soa esprit , c'étoit qae personne ne ressembloit mieax que lai au perfide Judas. H n'osoit même de^ meurer en la présence du saint sacrement , croyant son anae eiUièremeiU délaissée du Saint-Esprit^ c'est son expression. Gomme Job^siL diseît vent , dans l'extrémité de ses peiirà': O * mon Dieu y vous me faites bien sentir les rigueurs de votre colère M i se pejÂtril; ffUft je sois incapable nuuiUetùml de penser à 7$oûs? Son directeur avoit beau lui représenter que ses frayeurs étoient mbins des cbâtimens que des épreuves qu'il en étoit de la vie spirituelle ^t de ses al}e|:- ; natives^ comme des saisons sujetË^ à toutes sbVtes de vicissitudes; que la voie de la croix avoit cté celle de tous les amis de Dieui^u'^nfin ii étoit impossible d'entrer dans k /t*^^ Dieu^ aStremént que par de grandes tribuIaUons. Ces maximes ^ dont il avoit usé si souvent pour rendre la paix aux ames tentées de désespoir, ne pou^, voient le rassurêr; tant son esprit étoit inao^ cessible à la lumière^ et son coeur feriné aux^ consolations. ; *^ »^f>J?p^
1640 Jlxen de plus touchant que la peinture d^ l'espèce.
1641. de martyre qu'il eut a souffrir pendant deux années entières , et que j e trouve écrite de sa main. « LoW^k} J> que je me consacrai, dit-il, au service de noire » ^n maître et de sa trèsHsainte Mère , je fis mon » jpremier voyage à pied , en hiver, à Notre-Dame » de Chartres. J'v avois été délivré tout d'un vO Mutatnses mihiin crudeiem. lob* txx» '
Digitizeu Lj ^jQOgle
LIVRE iir. ^3 S) coup de bien dos scrupules. Ils etoient si grands, » que je me confessois trois fois par jour. Je fa- » tiguois mon confesseur , jusqu'à aller Tinter» » rompre à Tautel pour lui demander labsolulion/ )) Depuis ce pèlerinage, je n'en avois eu de ressen- » liment que pendant ces dernières années, où » il sembloit que notre Seigneur voulût que )» j'éprouvasse ensemble toutes les croix inté- » Heures : peine de réprobation et de dédain » contmuel de Dieu, impuissance à m'élever vers » lui, tourmens de l'orgueil et de l'amour-propre, » obscurités d'esprit, attaques fréquentes du dé- » mon, rebut des gens de bien, éloigncment de » mon directeur ; ma condamnation visiblement » écrite dans les saintes Ecritures ^ mépris uni- » versel de la part de ceux avec qui je vivois/" » parens, amis, serviteurs, grands et petits; la )) comparaison de moi-même avec Judas, pensée » qui me poursuivoit parj^out, jusque-là que je j) n'ouvrois jamais le nouveau Testament, sans )> rencontrer les passages qui parlent de lui; afllic- >> lions dans ces cruels momens et serremens de » cœur non pareils , car il me sembloit qu'on » me portoit des coups de poignard dans le sein'/ » ce qui m'arriva un jour entre autres, que réci- » tant l'évangile à la messe, je lus le nom affreux » du disciple réprouvé: j'osaià peine aller jusqu'au )) bout, je croyois avoir le cœur percé d'outre » en outre; et c'éloit la même frayeur, lorsque » je jetois les yeux sur d'autres endroits de l'Ecri- » ture. A présent même, je sens une telle impression de crainte en ouvrant le prophète )) Isaïe, où je me suis vu autrefois si clairement
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}) condamue et traite d'une manière si épouvan- » table, que je n'ose plus le lire; par-dessus tout, )) j'étois déchiré de scrupules qui seuls me tour- » mentoient autant que tout le reste. O mon » Dieu ! combien de fois je vous eusse abandonné » dans ce misérable état ! combien de fois j'eusse » péri , sans un secours invisible de votre pro- )) vidence toute paternelle! Non, jamais je n'au- ^ » rois pu les porter sans votre assistance^ 6 Jésus, )) Famour de mon cœur , et sans la protection de » voire mère bien-aimée » !
D'après ce récit, on comprend que l'ame de M. Olier fut comme noyée d'amertumes, jusqu'au jour où il alla se prosterner devant Notre-Dame * de Chartres, et répandre à ses pieds le torrent de tribulations qui menaçoit de le submerger; Le seul remède qu'il trouvoit à ses maux , éloitde se livrer à la douleur qui Taccabloit, comme à l'instrument de la justice que Dieu exerçoit sur lui , et de laisser couler de ses yeux les larmes qu'elle lui faisoit verser en abondance. Lorsque son directeur lui en faisoit espérer la fin , et . . l'assuroit que ses craintes n'a voient pour cause que des peines qui passeroient. « Eh! disoit-il, » plut à Dieu que ce ne fussent que des peines, » quand elles dureroient une éternité ! je m'en » consolerois, et ne m'en aftligerois nullement , » pourvu que je ne fusse point bai de Dieu ».
Au plus fort de ses afllictions, il ne cessoit point de travailler au salut du prochain ; mais tous ses travaux lui paroissoient autant d'ceuvres perdues, et il ne faisoit rien qu'il ne crût digne de la malédiction du ciel. Pour ajouter encore
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& ramertume du calice « Dieu voulut que son jserviteur fut privë souvent de l'usage méthè de ses talens naturels ; en sorte qu'au lien d%
parler en public avec Téloquence et la facilité qui lui étoient ordinaires , il se trouvoit dans la chaire comme interdit, ne sachant plus rendre ni les pensées grandes et élevées , ni les sen** tiraens pleins de feu et d'onction que son zèlp en tout autre temps lui eût fourni sans peine et sams effort Jusque dans la conversatioti , c'étoit le même embarriDs de la langue, et le même travail dans IVsprit , ce qui faisoit TeHonuement de tous ceux qui le connoisspjient et qui avoient à
Gommé si' la mesure de ses souffrances n'eût pas éle encore a^sez pleine, les hommes sembloient conspirer avec ses ennemis invisibles et avec lui-même pour y mettre le comblerDe non;^ velles persecLilioiis s'e'levèrent contre lui, et en $feiit comme la lable de la ville et de la Cour. On ne pouvpijtiui pardonner le refus qull avoit fait 4e Iai<soa^utorerie de Chàlons. Chacun en plai-* santoit à sa manière. Parmi les grands , })lusieurs le condamnoieol^hautement, représentant sa conduite comme un travers d'esprit, qui de voit hit
■ 6ter toute considération. Ses amis eux-mêmes Tabandonnèrent ; et les vertueux eccle'siastiques qui travailloient ayec lui, entraînés par Texemple
.4e la multitude, ne le regardoient plus du même cçil. C'étoit à la lettre ce qui est dit de notre Seigneur, abandonné des siens. « Ceux qui m'ap- >>, prochoient se sont éloignés de moi^ et je leur
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» suis devenu insupporUible (0 ». A force d'entendre parler à son désavantage , ils se laissèrent prévenir contre lui, jusqu'à s'ima^'iner qu'il se repentoit de n'avoir pas accepté la dernière noniination. L'abattement de son visage n'étoit plus , dans leur opinion , que l'efFet du regret qui le rongGoit intérieurement, quoiqu'il n'osât pas le témoigner, de ne s'élre pas tiré de la foule, tandis que cela lui avoit été si facile , et qu'il n'avoit tenu qu'à lui d'occuper un des sièges les plus distingués du royaume. Gomme il ne n mplissoit point ses fonctions avec la même liberté qu'auparavant , quelques-uns l'observoient avec une sorte de défiance, et ne le considéroient plus que comme un homme de qui l'on ne pouvoit presque se promettre aucun service pour l'Eglise. On aura peine à le croire j mais un cœur bien né a quelquefois ses absences, comme l'esprit. Parmi ses prêtres, il s'en trouva un qui osa bien lui dire une fois qu'on n'avoit pas besoin de lui, et que le meilleur parti qu'il avoit à prendre, c'étoit de se retirer pour ne plus paroître.
m. Telle fut la longue et pesante croix qu'eut à
Sa conduite porter le serviteur de Dieu. 11 en sentit toi|t le danssesgrau- pQ^^jg niais il n'v succomba pas; et voici les dis- Tes. positions héroïques qui le soutinrent jusqua la
lin. Jamais les dégoûts extrêmes qu'il éprouvoit dans l'oraison ne lui en firent abandonner la pratique , non plus que ses autres exercices de piété , ni les travaux des missions. Il fut toujours aussi exact à suivre le plan de vie qu'il s'étoit
(0 Longé fecisti nutos meos à pae: posuerunt me abominationem sibi. Ps. I.XXXYII. g. ^
prescrit.