‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S. Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 117 sur 489 · MORT DE LA MÈRE AGNÈS · texte numérisé non relu

MORT DE LA MÈRE AGNÈS

» son bonheur , et lui faire croire , si elle en était capable,

» que vous seriez jalouses de son repos et ennemies de sa » félicité. Ce sont-là les onvrages bien imparfaits de nos » faibles sentiments. Mes révérendes Mères, il ne faut » done pas pleurer sur son corps, puisqu'il attend la » gloire, moins encore sur son âme, puisqu'elle la possède. » Ce serait remplir de larmes le paradis, où ces effets de » nos faiblesses et de l’imperfection de notre foi ne doivent » pas avoir d'accès. Je vous dirai qu'il faudrait prendre » garüe en celte rencontre à un malheur assez commun » quisuit la mort des grandes âmes, savoir, le déclin et le » déchet de leurs maisons. Ce n’est pas que notre Dreu » n'ait autant de motifs de nous favoriser qu'auparavant, » mais la méfiance pour lui éloigne ses approches et ses » caresses. Les pertes des créatures nous unissent tou- » jours à Drœu , de même que leur jouissance par trop in- » téressée, et leur attache trop empressée, nous en sépare

» et nous en éloigne. Et , comme vous le savez, les recher- » ches que nous faisons de l'amour divin et de la gràce, » dans les créatures, sont vicieuses et blämables , dès » qu'elles s’éloignent de la volonté de Dreu. Notre Dieu » se réserve toujours cel empire et cel hommage pour soi ; » el veut aussi par là nous montrer que quelque sainte » que soit sa créature , si elle nous remplit et nous oc- » cupe d'elle-même , elle bannit Dieu de nous, et en » éloigne ses faveurs et ses grâces. C'est de quoi j'ai bien » peur pour moi, et ce que je n'appréhende pas pour » pour vous : vous êtes ses bonnes filles , les héritières » de ses vertus , les images vivantes de sa grâce ; el moi, » misérable pécheur , je suis l'ingrat sujet de ses bénédic- » lions, l’infidèle successeur de ses dévotions , l'insolent » profanateur de ses grâces, et qui peut-être, par mes pé- » chés et mes misères, ai causé sa mort. Priez-la donc, in- » voquez-la donc pour moi ; les filles auront pouvoir sur » l'esprit de la mère. J'attends cette faveur , étant , mes

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(1) Archives du monastère de Sainte-Catherine de Langeac,

M. Olier quitte son carrosse et mène une vie apostolique.

» révérendes Mères , votre très-humble et très-obéissant » fils, frère et serviteur (1).

Les religieuses de Sainte-Catherine de Langeac, dont la communauté s’est perpétuée jusqu'à ce jour dans cette ville, conservent religieusement une ancienne copie de la lettre que nous venons de rapporter. Par respect pour M. Olier, qu’elles ont toujours vénéré comme un saint, elles la tiennent renfermée dans une boîte où sont plusieurs reliques de la mère Agnès. Elles y conservent aussi une écuelle avec sa soucoupe , dont le serviteur de Dieu se servait dans ses visites à la mère Agnès *, ainsi qu'un calice en argent qu'il donna au monastère. C’est une nouvelle preuve de l'impression profonde qu'à laissée autrefois l’idée de sa sainteté.

On a vu, par la lettre de M. Olier , l'assurance qu’il eut de la gloire dela mère Agnès, dès qu'ilen eut appris la mort. Depuis ce moment , l’une de ses intentions , en offrant le saint sacrifice, fut de remercier Dieu de la mesure extraordinaire de grâces dont il l'avait enrichie, eu il ne cessa de l'invoquer avec une confiance égale à la vive affection qu’elle lui avait toujours témoignée, La privation d'un tel appui , au lieu de ralentir sa ferveur, sembla l'animer au contraire d’un nouveau zèle pour pratiquer les conseils de perfection qu'il avait reçus de cette grande servante de Dreu, surtout la pauvreté évangélique qu’elle lui avait si souvent et si fortement incuiquée. Jusqu'alors il avait retenu, par l'ordre de saint Vincent de Paul , son carrosse et ses chevaux, quoiqu'il en eùt à se faire de continuelles violences. « Depuis que je n'étais donné » entièrement à Dieu, dit-il , j’éprouvais mille peines » et mille souffrances , lorsque j'entrais dans le car- » rosse que j'avais conservé jusqu’à ces derniers temps ;

et les fréquents accidents qui nrarrivaient ensuite ,

» me confirmaient de plus en plus dans la pensée où j'étais que Dieu voulait me voir débarrassé de tous

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