LE PÈRE DE CONDREN LUI COMMUNIQUE SON ESPRIT
M. Olier se mit sous sa conduite , il avait déjà la pieuse coutume de célébrer comme une fête le samedi, jour consacré à la très-sainte Vierge ; mais, jusqu'alors , il s'était contenté de s'abstenir lui-même, ce jour-là, de tout ce qu'il n'aurait pas fait dans les solennités de l'Eglise, sans cesser néanmoins d'employer des ouvriers pour son usage , craignant qu'il n’y eût de l'excès à étendre cette pratique plus loin. Le père de Condren dissipa ce scrupule, et lui permit de célébrer le samedi comme les fêtes obligées , l’assurant que cette fidélité serait très-agréable à la mère de Dreu. « Depuis l'approbation de mon directeur , dit-il, je n'ai » point manqué à cette pratique , et l'ai gardée inviolable- » ment et avec consolation ; ne faisant rien moi-même les » samedis, et ne voulant rien commander aux autres, dans » ces jours , que je ne voulusse faire dans un jour de fête. » Souvent je me suis incommodé pour n'y manquer pas : » mais cela ne m'a point fait tort, et, au contraire , je me » souviens que, du commencement , lorsque je n'avais pas » encore l'approbation de mon supérieur, craignant que ce » ne fût une superstition , je voulais employer des ou-
vriers ces jours-là , et ils ne manquaient pas de gâter » quelque chose (4). Le père de Condren approuva d'autres pratiques semblables qui nourrissaient la dévotion de son disciple envers Marie , comme d'aller tous les samedis célébrer le saint sacrifice dans l'église de Notre- Dame (2); de ne jamais partir de Paris ou de quelque endroit que ce fût, pour un voyage , sans aller lui demander sa bénédiction , et d'aller d'abord lui rendre ses premiers devoirs à son retour (3). « Une autre pratique inviolable , » dit-il, et dont je ne puis me dispenser , c’est qu'entrant » dans ma chambre ou en sortant, comme aussi avant de » me mettre au lit et après en être sorti , il faut que je de- » mande la bénédiction de ma très-sainte Mère. Je lui
» offre tout ce que j'ai de neuf. Je sais qu’elle a pour agréa- » bles ces petits devoirs qui se font purement pour lui
(1) Mém, aut, de M, Olier.t, x.
(2) Ibid, t, 1.
(3) Ibid, tv.
p. 152 et la note pag. 150.
12 PARTIE 1, LIV, IV, — 1635. L | ” a) pe ee » plaire, sans y chercher autre chose, et qu'elle s'y plaît » d'un ig | pe 159. * davantage que dans d'autres plus éminents (4). » » de lun
XIE, Pour utiliser ‘e temps qu'il fut contraint de passer à » mais à
ML Olier re- Paris, M. Olier avait d'abord résolu de reprendre ses M. O
k Lt AU études de théologie , quoiqu'il fût bachelier , et possédät l'impulsi déjà toute la science convenable pour exercer le ministère éprouva
ecclésiastique , il commença néanmoins à fréquenter de porter le
nouveau les cours de Sorbonne , dans l'intention d'arriver encore à | au doctorat. Mais sa dévotion extraordinaire envers Marie le pére €
lui faisait entreprendre diverses pratiques de piété qui le si sainte
détournaient continuellement de Pétude, « Parfois j'en qui ven:
» avais du serupule, dit-il, considérant qu'un de mes amis constam
» profitait beaucoup , et étudiait selon son bon plaisir, moins it
| » tandis que je me voyais sollicité souvent d'aller à divers il ne fal
» lieux de dévotion , et surtout de visiter la sainte Vierge miner À
| » dans son saint temple. Il est vrai que j'avais déjà appris Afin (
» ce que l'on étudiait, et que j'avais même répondu en Sor- lorsque
» bonne à une partie de ces Traités , mais pourtant je ne voulut,
(2) Mémoires É aut.de M. Olier, » Men sonvenais guère ; enfin je donnais beaucoup plus concert 1.1. D. 169.170.
» de temps à la piété et aux bonnes œuvres qu'à l'étude (2).» préchât
Pour calmer ses inquiétudes sur l'emploi de son temps, il l'OYaUmM
eut recours au père de Condren et à saint Vincent de Paul. Convait
Ces deux grands hommes , considérant l'attrait intérieur de bon de M. Olier comme une marque de la volonté de Dieu sur licux le
lui, confirmèrent l’un et l'autre l'avis de la mère Agnès, li cam
et lui répondirent de renoncer au doctorat , pour suivre IL dési
Fattrait de la gràce et les mouvements de son zèle. Ce ft fouctio
(3) Vie Ms. de À ; re ’ " M. Olier, par M. aussi le sentiment de Nicolas Le Maitre , professeur de et qu'i Leschassier,p.5. Sorbonne (3); et M. Olier s’applaudit toute sa vie de cette du clet
décision. « M. Vincent, dit-il, ne voulut point , ni le père le tem
» général de lF'Oratoire , que je me fisse passer docteur ; je prit pl
» serai bien aise toute ma vie de ne l'avoir point été , à nouve
» cause de la superbe qui m’eût perdu ; et aussi afin que de fai » l’on ne dérobe point à la croix l'honneur qui lui est dû, meme
» quand on verra que les peuples profiteront des discours vus ,
r'elle s'y plaît (1). »
de passer à ‘eprendre ses , et possédèt + le ministère fréquenter de ion d'arriver envers Marie e piété qui le Parfois j'en n de mes amis bon plaisir , l'aller à divers sainte Vierge is déjà appris pondu en Sorpourtant je ne beaucoup plus v'à l'étude (2),»
Son temps, il ncent de Paul.
Urait intérieur té de Dieu sur mère Agnès , , pour suivre an zèle. Ce fut professeur de sa vie de cette int, ni le père er docteur ; je * point été , à aussi afin que qui lui est dû, 1 des discours
LE PÈRE DE CONDREN L'EXERCE AUX MISSIONS. 145 » d'un ignorant ; et si l'on remarque en moi quelque rayon (4) Mém. ait,
» de lumière, on ne l'attribuera pas à la science de l'école , de M. Olier, L 4
» mais à la miséricorde de Dieu (D). » p. 170. M. Olier pouvant se livrer alors avec liberté à toute XIE.
mn . .,! DR : 1p Conl'impulsion de sa charité pour le salut de ses frères, EeP.de Con dren envoie ses
éprouva un désir ardent de passer au Canada , afin de disciples en T n . , mission dans le porter la lumière de l'Evangile aux peuples de ces contrées, ,yaume, ” . . ) io »
encore assis dans les ombres de la mort (2). Il pria donc a? Wie po ” ; le père de Condren de trouver bon qu'il se dévouât à une père Giry. parit Lit . . ‘ tic 1. chap, vr.
si sainte et si généreuse entreprise. Mais ce sage directeur, qui venait de l'empêcher d'accepter l’épiscopat, s'opposa constamment à l'exécution de ce nouveau dessein, non moins incompatible avec les conseils de la Providence ; et Année D n . . &L 15 ” 9) «he Doil ne fallut rien moins que sa grande autorité, pour déter- minicaine, ete, — iner ‘or à , Al SANS ra ,(X° Remarques hist.
miner M. Olier à y renoncer sans retour (3). tnt, D. 469. Afin de le préparer à exécuter un jour l'œuvre de Dreu, lorsque le temps en serait venu , le père de Condren, voulut, non qu'il portàt la foi aux infidèles , mais que, de
concert avec les ecclésiastiques qu'il lui avait associés, il
(4) Mém. sur . Olier, par royaume (4). L'une des fins qu'il se proposait étant de les Baudrand, p. 5.
préchàt des missions aux catholiques dans l'intérieur du y
convaincre par là du besoin extrême que les peuples avaient
de bons prêtres , il les envoyait de préférence dans les
licux les plus abandonnés, et surtout dans les paroisses de (5) Mémoires RS AT ET: dois ve del, du Ferrier,
là campagne où il était arrivé quelque grand scandale (5). pag. 113.
IL désirait d’ailleurs qu'ils s'exerçassent eux-mêmes aux
fonctions du saint ministère avant d'y former les autres ,
et qu'ils méritassent l'estime universelle des peuples et
du clergé par le succès de leurs travaux ; afin que lorsque
le temps de la formation des séminaires serait venu, on
prit plus aisément confiance au succès de cette institution
nouvelle. Nous verrons, en effet, que M. Olier fut sollicité
de faire ses premiers établissements dans les provinces
mêmes où il était plus connu par ses missions , le Viva-
rais, le Velay , l'Auvergne , la Bretagne, En agissant de
+ mm ee rm — ve
(#) Mémoir, de M, du lerrier, p. 154.
M. Olier soupire après son retour en Auvergne,
(2 } Mémoires aut, de M. Olier, t EL p. 101.
(3) Collet, tx, Liv. pag.245,
la sorte, le père de Condren ne leur découvrait point cependant ses intentions ; et , lorsqu'après Lars missions ils venaient lui rendre compte de ce quis ‘était passé, afin de reconnaitre les fautes qu'ils pouvaient y avoir commises , et de s'instruire pour l'avenir , il leur disait souvent : Z/ faut encore continuer les missions, et puis nous ferons quelque chose qui vaudra mieux. « Chacun écoutait » cela , dit M. du Fevrier , et personne n'osa jamais l'in- » terroger là-dessus (1). »
Mais, pour ne pas anticiper sur l'ordre des événements , nous parlerons ici de la retraite que fit M. Olier sous la conduite du père de Condren, afin de se disposer prochainement à reprendre ses missions d'Auvergne , retraite qui fut pour lui une source des plus abondantes bénédictions. Dès son retour à Paris , il n'avait cessé de soupirer vers ces missions, mais surtout depuis qu'il croyait s'être rendu tout-à-fait indigne de remplir désormais ce ministère , à cause d'une prétendue faute que la délicatesse de sa conscience lui reprochait vivement. C'était de ne s'être pas joint à des prêtres de saint Vincent de Paul , qui , en 1635, allèrent prêcher dans les Cevennes (2), probable-
ment au diocèse de Mende (3). Après l'avoir laissé long- |
temps gémir , Dieu eut enfin pitié de son serviteur , el daigna faire briller pour lui un rayon d'espérance. « Comme »* dans mes obscurités et mes sécheresses , dit-il, j'avais » recours à la visite des saints que je croyais être éclairés » de Drev, l'une des personnes que je visitai me dit : Aâtez- » vous de partir, Dieu veut que vous le serviez en ces » pays. Alors elle me raconta qu'elle avait vu ce divin » maître épanchant une multitude de grâces sur un grand * nombre de peuples, et m’assura que cette vue lui témoi- » gnait que Norre-Seigneur voulait se servir de moi pour » faire miséricorde à ces pauvres âmes délaissées. Ces » paroles s’imprimèrent fort avant dans mon cœur, et je » me sentis beaucoup fortifié pour entreprendre ce voyage,
« CON » tra » de envit l'eçut éproi diver sant, le res plus € » CON » que » pri » Cha » seu » de » épi » QUI » vie