CONVERSION DU MARÉCHAL ET DE LA MARÉCIALE DE RANTZAU
NOTE 4. — M. et madame de Rantzau nés l'un et l'autre dans le Holstein, professaient la religion Luthérienne , à laquelle ils étaient fort attachés, Madame de Rantzs sartout, cherchait continuellement l'occasion d'instruire ses co-réligionnaires, et de former de nouveaux proséiytes. Ayant l'esprit droit et la mémoire heureuse, elle étudiait avec soin la controverse ; et, pour 5'yÿ rendre plus habile, elle contérait avec les ministres Drelincourt et Mestrezat. Comme elle n'était encore âgée que de dix-neuf ans, M. de Rantzau, qui avait beaucoup lu, la traitait d'enfant, et la confondait chaque jour, en lui rapportant les réponses des catholiques aux arguments des sectaires. Mais elle ue se rebutait pas ; et ayant repris des forces avec ses ministres, elle revenait le soir à la charge. Pendant deux ans elle combattit ainsi contre Ja vérité. Enfin, elle commença à concevoir des doutes, et s'adressa au curé de Saint-Germain-lAuxerrois pour avoir des conférences avec lui. Pendant douze où quinze jours qu'elles durèrent, elle jeûna toujours, et pria pour obtenir de Dec la lumière qu'elle cherchait. Enfin, étant pleinement convaincue de la vérité de la religion catholique , elle abjura l'erreur, sans attendre le retour de son mari, qui était aicrs à l'armée, Ce changement le mit dans une colère étrange ; elle se prépara aux mauvais traitements qu'elle prévoyait de son naturel farouche, et fit des prières et des jeûnes à cette intention, Dès qu'il fut de retour , il l'accusa d'abord de folie, pour s'être laissée séduire comme un enfant, incapable de discernement , et se plaignit qu'elle eût agi duns une occasion aussi importante, sans l'avoir consulté , la menaçant de l'en faire repentir. Elle lui répondit fort humblement, que eonme c'était lui qui lui avait appris à douter de sa religion, elle pouvait dire qu'il avait la première part à ce changement de croyance ; qu'en toute autre affaire, elle n'eût jamais agi sans le consulter, mais qu'en celle-ci ilne pouvait pas y avoir d'apparence d'attendre son avis, pour quitter une religion qu'il professait lui-même, Elle le pria de croire qu'elle n'avait pas été séduite,
que l'évidence de la vérité seule l'avait persuadée ; et que S'il voulait,
l'influence,
LAN AE ol rt Deal TE
(1)Mémoires de du Ferrier, Pe dut, 202.
(2) Mémoires de M.du Ferrier, p.204. 205.
elle lui en reudrait compte, afin qu'il connût qu'elle n'avait rien fui par légèreté, le voulut bien, et l'ayant mise sur les points de con. hoverse, elle lui répondit si solidement, que, changeant de tone
de sentiment, il lui dit : J'avais cru, madame, que vous ne saviez pas
ce que vous faisiez en changeant de religion ; mais puisque vous l'avez fait avec connaissance, je ne vous en sais plus mauvais gré, et je n'y qu'à vous prier de vivre en véritable catholique (4),
Sa vie put, en effet, servir de modèle à toutes les dames de sy condition, Dès que le maréchal de Rantzau était parti pour l'armée, elle faisait enfermer toutes les glaces chez elle, ne se frisait plus jusqu'à son retour ; et, pour obtenir sa conversion, elle vivait dans la pé. nitence , et adressait à Dieu de ferventes prières, Enfin , son mai se convertit au siége de Bourbourg , se croyant blessé mortel. lement d'un coup de mousquet., La nouvelle de la Llessure s'étant répandue à Paris, le confesseur de madame de Rantzau alla la voir pour la consoler. Elle vint le recevoir sur les degrés avec un visige riant, et lui dit : Je sais, monsieur, pourquoi vous venez. FH crut la nouvelle fausse, et lui témoigna en être bien aise, Non, dit-elle, cela € vrai ; mais voici le sujet de ma joie : lises, S'il vous plait, la lettre que M. de Rantzau m'écrit, I y trouva ces paroles : « Hudame, vous serez affligée , en apprenant que j'ai reçu un coup de mousquut, dont la balle est entrée par l'oreille et sortie par la bouche ; mais vous devez étre consolée sachant que Dieu m'a parlé au cœur, et qu'il m'a fuit connaître l'erreur de ma religion, et la vérité de celle de l'Eglise catholique, dans laquelle je suis entre. Elle était si transportée de joie, que la perte de son mari, et le renversement de sa maison et de son état ne li étaient rien. Elle ne pouvait pas douter de la ruine de sa fortune, après l'épreuve qu'elle avait déjà subie, lorsque le Roi assiégeant Perpignan, eule bruit s'étant répandu à Paris que M. de Rantzau avait été tué, à l'instant ses créanciers firent mettre le scellé chez lui, en sorte qu'elle se vit privée de l'usage des choses mème les plus nécessaires. Comme on lui demandait ce qn'elle ferait en pareille occasion : J'ai pensé, répondit-elle, que j'entrerais en religion; et si l'on ne me croyait pas appelée, je me mettrais au service de quelque dame 2, Le maréchal de Rantzau, qui guérit de sa blessure, pratiqua depuis la religion catholique, sans aucun respect humain, et la fit respecter par ses troupes. FE mourut le 4 septembre 1650,
Après cette mort, madame de Rantzau entra chez les Annonciades
célestes, parcequ'elles ne parlaient jamais à personne du dehors.
At qu'elle n'avait rien fuir nise sur les points de con.
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de joie, que la perte de on et de son état ne lui ruine de sa fortune, après Roi assiégeant Perpignan, e Rantzau avait été tué, à ‘ellé chez lui, en sorte ième les plus nécessaires.
en pareille occasion : Fa ligion; et si lon ne me ice de quelque dame 2, blessure, pratiqua depuis umain, et la fit respecter
ira chez les Annonciades
à personne du dehors.
AD
DU CINQUIÈME LIVRE. 091 Mais le Pape voyant que, par là, le talent qu'elle avait pour la con
version des hérétiques serait caché et inutile , il lui ordonna, par un
la voir : ce qui produisit la conversion de plusieurs (1). Elle passa dix ans dans cette maison , oceupée de la prière, et travaillant à la conversion de ses compatriotes qui venaient la visiter, Son zèle lui in-
(t)Mémoires de , TT ; . ,, M. du Ferrier, bref, de parler à tous les hérétiques allemands qui demanderaient à p, 201, 209, ete,
(2) Essai sur
spira même la résolution d'aller fonder un couvent d'Annonciades à l'influence de la
Hlildesheim, afin d'y répandre Ja foi dans sa famille et parmi es amis; elle exécuta ce généreux projet (2) en 1666, et mourut dans une exacte observance de la règle, à l'âge de quatre-vingts
ans (3).