PÈLERINAGE DE L'ÉGLISE DE NOTRE-DAME DU PUY
NOTE 3, p. 540. — L'origine de cette cathédrale est assez
semblable à celle de l’église de Notre-Dame des Neiges, à
Rome. La tradition du Velay rapporte qu’une pieuse dame ayant
déclaré à l’Évêque de cette province, que la Mère de Dieu vou-
lait être honorée sur le mont Anis, dans une église qui y serait
élevée à sa gloire : l’Évêque, alors résidant à Velanne, appelé
ensuite Saint-Paulien, vint en personne reconnaître ce mont
() Histoire de EnCore désert, et, à sa grande surprise, le trouva couvert de
l'Église angéli- neige, quoiqu’on fût au milieu de l'été. On ajoute qu’un cerf,
ne ne ayant pris la fuite à Pabord du Prélat, laissa imprimée sur la neige
Théodore, p. 24, Une trace qui marquait le circuit d’une église (2), et qué, par
25. respect pour ce lieu, l’Évêque, qui était pauvre, le fit entourer d’épines. Toutefois l’église ne fut point alors bâtie.
IL paraît que les habitants de Velaune refusèrent longtemps de
consentir à ce dessein, pour conserver dans leur ville le siége de
V'Évêque Mais le même prodige s’étant renouvelé, et chacun ayant
vu de ses yeux subsister, malgré la chaleur, une neige assez épais-
se dans l’intérieur de cette enceinte, on consentit à transférer
(3) fbid. p.37. ]a cathédrale sur ce mont (3), et tous, riches et pauvres, voulu-
rent contribuer à la construction de l’édifice. D’après l’opinion
commune, ce fut saint Evode, vulgairement saint Vosi, qui fit
.() Gall. chris- cette translation (4). On bâtit quelques maisons tout autour de
spé PU l'église, et telle fut l’origine de la ville appelée d’abord Ænicium,
(5) Le Père Théo- et ensuite le Puy (5), de l’'éminence où elle est assise; car c’est
dore, p. 39. encore la signification du mot Puy dans ces contrées, et princi-
palement en Auvergne. On ajoute enfin que, l’église étant ache-
vée, elle fut consacrée à Dreu par les Anges, avec diverses cir-
constances miraculeuses, et dont tont le peuple fut témoin. C'esl
de là qu’on appelle Chambre angélique, le sanctuaire de cette
(8) 1bid.p. 9. cathédrale (6), qui paraît être le lieu où avait été bâtie cette pre-
mière église, ainsi miraculeusement consacrée. Saint Thomas,
faisant remarquer que Dreu peut bien députer des Anges pour de
D pareilles commissions, ajoute qu’il y a en effet des églises qu'on
64, art, 7. dit avoir été consacrées par le ministère des esprits célestes (7);
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et il signale sans doute ici l’église du Puy, d’après la tradition si répandue alors, qui ne pouvait lui être inconnue. Tel est le fondement de la dévotion des peuples pour cette cathédrale, et des priviléges dont elle a été honorée. Le plus considérable est l’indulgence du jubilé, que l’on gagne en la visitant, toutes les fois que l’Annonciation, fête titulaire de cette église, tombe le jour du Vendredi saint (1), En 1255, le concours (1) Le Père des étrangers fut si prodigieux, que, malgré toutes les précau- Téodore, p. 293. tions qu’on put employer pour éviter les accidents, mille personnes (2), et selon d’autres quatorze cents furent étouffées dans (2) Ibid. p. 84. la presse + (3) Juvénal des Ursins rapporte, dans la Vie deChar- (GIF: DURS:
Era : — Gall. christiales VE, que le jubilé du Puy ayant eu lieu en 1406, ou en 1407 na, t. n, col. 716,
+ Le jubilé de Notre-Dame du Puy aura lieu trois fois dans ce siècle; en 1812, 1853, 1864 (4); et nous ferons ici une remarque qui pourrait servir (4) L'art de véà l’histoire de ce privilége célèbre, si quelqu'un essayait de la donner au pu- rare blic. Denis de Sainte-Marthe, dans le Gallia christiana, attribue le concours nologique, 4845, où il périt tant de monde en 4255, à ce jubilé qu'il dit avoir eu lieu, La féte de 1853, 1864, l’Annoncialion tombant cette année le Fendredi saint (3). Mais il parait (5) Zbid. col, que ce docte historien a été induit en erreur par le Père de Gissei (6) : en 1255, 745, 716. où arriva cette catastrophe, Pâques tomba le 28 mars (7), et par conséquent RE VPAnnonciition ayant coïncidé avec le Jeudi saint, le jubilé n'eut point lieu ore, p. 298. D'ailleurs cet accident arriva non au mois de mars, époque nécessaire du jubilé, (7) L'art de vémais dans les premiers jours de mai (8). Bochart de Saron de Champigny, Ar Na dates, connu sous le nom de Père Théodore, :’+ pu trouver aucun vestige de ce (8) Le P. Théojubilé en 1255. D'après lui ce concours eut iiéu cette année, parce qu'on devait dore, p. 84, 292. montrer au peuple la statue de la sainte Vierge, et ce pieux spectacle fut donné, non dans l’église cathédrale, où l'afflunece prodigieuse des pèlerins aurait rendu les accidents inévitables, mais sur un amphitheâtre que le chapitre avait fait dresser à la fontaine des Farges. L'ordre était que les pèlerins viendraient tous par Je haut de la rue, qui est presque toute en descente rapide,.et que les premiers, après avoir satisfait leur dévotion, sortiraient par une porte de la ville, assez voisine de cette fontaine. Mais, comme l’empressement était extrême, l'un des pèlerins étant tombé dans l'endroit le plus rapide de la rue, ceux qui le suivaient tombèrent incontinent sur lui, ct d'autres sur ces derniers; enfin la confusion devint bientôt si générale, qu'ii fut impossible d’y apporter remède, personne ne pouvant se faire entendre à cette immense multitude, nien arrêter le mouvement. Un si déplorable accident changea en deuil cette solennité, qui fut appelée La journée des trunsits (9). Bernard de Ventadour, alors évèque du Puy, (9) Zbid, ‘p. justitua un service anniversaire pour le repos des âmes de ces défunts. Is furent 292; 293. inhumés dans le cimetière de Saint-Pierre-La-Tour, où l'on voyait, jusques à ces derniers temps, l'inscription suivante, destinée à rappeler la mémoire d'un si tragique événement :
Undecies quinque elapsis cum mille ducentis
(40)Gall. chris- Annis, Anicii fuit ingens pressio gentis (10).
liana, col, 746.
568 NOTES (1) L'art de vé- selon notre manière actuelle de compter (1), il coûta la vie à un ae ra grand nombre de pèlerins ; el y fut tant de monde et de peugique, an. 4407. ple que merveille, et y eut bien deux cents personnes mortes (2) Le Père ou éteintes (2).
Théodore, p.340. : A A à ; :
On avait aussi en singulière vénération la statue miraculeuse de la sainte Vierge, conservée dans cette église jusqu’à la Révolution, et qui, dans ces temps de vertige, fut livrée aux flammes.
2 sig v. 69 C'était un des morceaux les plus curieux en ce genre (3). Il en
‘ existe encore des gravures qui semblent la reproduire assez
exactement, et qui peuvent faire regretter justement aux anti-
quaires, non moins qu'aux pieux serviteurs de Marie, la perte
d’un monument si remarquable et si vénéré. Dans quelques oc-
casions rares, on la portait en procession avec un appareil ma-
gnifique, au milieu d'un cortége formé de tous les seigneurs des
(G) Ibid. p. 85. pays voisins (4). M. Olier était lié particulièrement avec un gen-
| tilhomme du Puy, M. Hugues de Pradier d’Agrain, dont la fa-
FD mille avait, en cette occasion, le privilége de faire la garde noble
verselle, art. 4- de la sainte Vierge, c’est-à-dire, de marcher l’épée nue à côté de grain, la statue (3).
Cette figure a été remplacée par une autre ; et, quoique l’église angélique soit le premier objet de ce pèlerinage, la nouvelle statue ne laisse pas d’être fort vénérée par les pèlerins.
NOTE 4, p. 540. — Lu statue d'argent que M. Olier offrit à
Notre-Dame du Puy, et qui le représentait à genoux dans la pos-
ture d’un suppliant, était placée autrefois sur une console de
marbre, scellée dans le grand autel de la cathédrale, derrière la
statue miraculeuse de Marie Il y laissa aussi, comme on l’a ra-
(6) Mémoiresde Conté, une médaille d’or sur laquelle il avait fait représenter le M. Bourbon, sur séminaire de Saint-Sulpice : M. de Bretonvilliers en offrit à No-
lu Vie de M. d ; Desdonvilliote, tre-Dame de Lorette une semblable, de la pesanteur de dix
p.63. louis (6).