M. OLIER RENONCE AU DOCTORAT
» les samedis, et ne voulant rien commander aux » autres, dans ces jours, que je ne voulusse faire » dans un jour de fête. Souvent je me suis incom- » modé pour n’y manquer pas ; mais cela ne m’a » point fait tort ; et, au contraire, je me souviens » que, du commencement, lorsque je n’avais pas » encore l’approbation de mon supérieur, craignant » que ce ne fût une superstition , je voulais em- » ployer des ouvriers ces jours-là, et ils ne man- » quaient pas de gâter quelque chose (1). » Le Père de Condren approuva d’autres pratiques semblables qui nourrissaient la dévotion de son disciple envers Marie, comme d’aller tous les samedis célébrer le Saint Sacrifice dans l’église de Notre-Dame (2); de ne jamais partir de Paris ou de quelque endroit que ce fût, pour un voyage, sans aller lui demander sa bénédiction, et d’aller d’abord lui rendre ses premiers devoirs à son retour (3). « Une autre » pratique inviolable, dit-il, dont je ne puis me dis- » penser, c’est qu’entrant dans ma chambre ou en » sortant, comme aussi avant de me mettre au lit » et après en être sorti, il faut que je demande la » bénédiction de ma très-sainte Mère. Je lui offre » tout ce que j’ai de neuf. Je sais qu’elle a pour » agréables ces petits devoirs qui se font purement « pour lui plaire, sans y chercher autre chose, et » qu’elle s’y plait davantage que dans d’autres plus » éminents (4). »
Pour utiliser le temps qu’il fut contraint de passer à Paris, M. Olier avait d’abord résolu de reprendre ses études de théologie; quoiqu’il fût bachelier, et possédât déjà toute la science convenable pour exercer le ministère ecclésiastique, il commença néanmoins à fréquenter de nouveau les cours de Sorbonne, dans l’intention d’arriver au doctorat. Mais sa dévotion extraordinaire envers Marie lui faisait entreprendre diverses pratiques de piété qui le détournaient continuellement de l’étude. « Parfois »j’en avais du scrupule, dit-il, considérant qu’un
(1 ) Mém. aul.
de M. Olier , 1. 1, p. 132.
(2) Ibid, t . I,
(3) Ibid, t . I, p. 132 ,etlanole p. 130.
(i) Mém. aul.
de M. Olier, t. i, p. 139.
M. Olier renonce au doctorat.
(1) Mémoires aut. deM. Olier , 1. 1., p. 169, no.
(2) Vie Ms. de M. Olier, par M.
Lescluissier,p.b.
(3) Mém. aut.
de M. Olier, t. i, p. 170.
Le Père de Condren envoie ses disciples en mission dans le royaume.
(4) Vie de IU.
Olier , par le Père Giry. partie I, chap. iv .
» de mes amis profitait beaucoup, et étudiait selon » son bon plaisir, tandis que je me voyais sollicité » souvent d’aller à divers lieux de dévotion, et sur- » tout de visiter la sainte Vierge dans son saint » temple. Il est vrai que j’avais déjà appris ce que » l’on étudiait, et que j’avais même répondu en » Sorbonne à une partie de ces Traités ; mais pour- » tant je ne m’en souvenais guère; enfin je donnais » beaucoup plus de temps à la piété et aux bonnes » œuvres qu’à l’étude (1). » Pour calmer ses inquiétudes sur l’emploi de son temps, il eut recours au Père de Condren et à saint Vincent de Paul. Ces deux grands hommes, considérant l’attrait intérieur de M. Olier comme une marque de la volonté de Dieu sur lui, confirmèrent l’un et l’autre l’avis de la Mère Agnès, et lui répondirent de renoncer au doctorat, pour suivre l’attrait de la grâce et les mouvements de son zèle. Ce fut aussi le sentiment de Nicolas Le Maître, professeur de Sorbonne (2) ; et M. Olier s’applaudit toute sa vie de cette décision. « M. Vincent, dit-il, ne voulut point, ni le » Père général de l’Oratoire, que je me fisse passer » docteur; je serai bien aise toute ma vie de ne » l’avoir point été, à cause de la superbe qui m’eût » perdu ; et aussi afin que l’on ne dérobe point à la » croix l’honneur qui lui est dû, quand on verra » que les peuples profiteront des discours d’un » ignorant ; et si l’on remarque en moi quelque » rayon de lumière , on ne l’attribuera pas à la » science de l’école , mais à la miséricorde de » Dieu (3)*. »
M. Olier, ne pouvant se livrer alors avec liberté à toute l’impulsion de sa charité pour le salut de ses frères, éprouva un désir ardent de passer au Canada, afin de porter la lumière de l’Evangile aux peuples de ces contrées , encore assis dans les ombres de la mort (4). Il pria donc le Père de Condren de trouver bon qu’il se dévouât à une si sainte et si généreuse entreprise. Mais ce sage directeur,