‹ Vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-SulpiceChapitre 125 sur 249 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

SUR M. MEYSTER

NOTE 4, p. 178. — M. Meyster, l’un des plus fameux missionnaires de son siècle, eut trop de part à l'établissement du séminaire de Saint-Sulpice pour ne pas le faire connaître ici. Etienne Meyster. né au bourg d’Ath, au diocèse de Cambrai (1), se plaça d’abord comme précepteur chez un homme de qualité, où il vivait dans la dissipation et se livrait à des études frivoles. Un jour d'hiver, étant à la chasse, il voulut retirer de l’eau un oiseau qu’il venait de tuer, la glace se rompit soudain sous ses pieds, et, ne pouvant, malgré ses efforts, sortir de l’eau, ni être secouru de personne, il entendit dans Pair une voix articulée, qui lui dit: Tu n’en ferais pas tant pour moi. Ces paroles, semblables à celles qui renversèrent saint Paul, changent tellement ses dispositions, que, la componction et la douleur dans Pâme, il s’écrie: Seigneur, j’en ferai bien davantage ; et reprenant alors courage, et faisant de nouveaux efforts, il échappe par une espèce de prodige à un danger si imminent. Dès ce moment, il fit un divorce éternel avec le monde: ne voulut plus avoir d’autres livres que l’Ecriture sainte et les Pères de l’Eglise, et mena une vie pauvre, pénitente et mortifiée (2). Le désir de se consacrer au salut des pécheurs l’attira auprès de saint Vincent de Paul (3), qui l'admit dans sa congrégation, vers la fin de l’année 1644, et lorsqu’il n’avait encore que l’ordre du sous-diaconat (4). Mais le zèle ardent qui le dévorait se trouvant trop comprimé par ce nouveau genre de vie, il quitta saint Vincent f, et vint se

(à) Recueil des lettres de saint Vincent, t. j, p.

8, à M. Aimeras, 8 janvier 16J>1.

f Au commencement, les prêtres de la Mission ne faisaient ni vœu ni promesse de stabilité. Mais bientôt l'expérience montra qu'une compagnie de missionnaires, quelque fervente qu’elle soit, ne peut conserver longtemps ses sujets, sans quelque lien qui les y attache pour toujours. Ce fut ce qui engagea saint Vincent .de Paul à les lier par les vœux simples, encore en vigueur dans sa congrégation. « Autre- » ment, écrivait-il, plusieurs y entreront seulement pour » étudier et puis s’en aller; et d'autres, n’ayant rien qui les » retienne, quitteront tout au moindre dégoût. Nous n’ex- » périmentons que trop semblables injustices; et, à l’heure » que je vous écris, nous en avons un, qui, après avoir été » entretenu et élevé dans les études depuis treize ou qua- » torze ans, ne s’est pas sitôt vu prêtre, qu’il nous a de- » mandé de l’argent pour se retirer. Quel remède apporte- » rons-nous à ce mal, si nous n'avons de quoi les affermir » par quelque puissant motif de conscience, tel que le vœu » de stabilité, ou quelque serment (5) ? »

mettre sous la conduite du Père de Condren, qui lui laissa toute liberté de se livrer à sa ferveur. C’était en 1656: M. Olier retenu à Paris, comme on l’a raconté, eut occasion de le voir et de le connaître; et l'union qu’ils contractèrent alors, porta M. Meysterà venir lui offrir ses services, l’année suivante. « A peine a-t-on vu de nos jours un mis- » sionnaire pour la campagne, dit le Père Amelote, qui eût » plus de force dans ses paroles que M. Meyster, et qui portât » de plus grandes fatigues pour la conversion des âmes: je » suis témoin, avec beaucoup d’autres meilleurs que moi, » d’un nombre innombrable de pécheurs qu'il a retirés des » vices, et de plusieurs actions qu'il a faites qui semblaient » tenir du miracle (1). » La difficulté de prononcer le nom de ce missionnaire, qui est étranger, a pu donner lieu aux différentes manières de l’écrire, qu'on trouve dans plusieurs ouvrages où l’on a peine à le reconnaître. Mais sa véritable orthographe est Meyster , comme on le voit par une lettre originale de ce célèbre prédicateur, qu’on conserve au séminaire de Saint-Sulpice (2).

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