VAUGIRARD : ENCOURAGEMENS DE M. ROUSSEAU
» duchesses d 'Aiguillon et d’Elbeuf, la maréchale » de la Châtre et plusieurs autres dames se tiennent » heureuses de la voir ; j’ai vu une dame de pareille » condition , qui n’osait même s’approcher d’elle. » Je ne connais point d’âmes saintes, qui ne s’esti— » ment heureuses d’apprendre de sa bouche les » voies qu’elles doivent suivre pour aller à Dieu ; il » n’y a point d’hommes apostoliques , de mission- » naires, qui n’aillent s’instruire auprès d’elle ; et je » n’en vois pas un , qui n’en sorte extrêmement » édifié. Le Père Eudes , ce grand prédicateur, la » merveille de notre siècle , est venu la consulter » souvent; le Père de Condren, général de l’Ora- » toire, l’avait vue et consultée pour lui-même. » Mademoiselle Mance , que Dieu a suscitée pour » aller aider à la fondation de l’église du Canada, » n’a entrepris ce dessein, qu’après avoir reçu l’ap- » probation de cette sainte femme, et ne l’a exécuté » que par ses conseils, et par déférence à ses lu- » mières. C’est elle qui conseille, et qui dirige M. » du Goudray, suscité visiblement de Dieu pour les » missions du Levant, et pour la défense de l’Eglise » contre les Turcs ; elle l’avertit de tout ce. qu’il doit » faire, et tout s’avance par ses avis avec un succès » merveilleux. C’est elle encore qui sert de guide » à l’homme que Dieu a choisi pour l’établissement » de l’église du Canada, M. le Royer de la Dauver- » sière ; quoique ce grand serviteur de Dieu soit » très-éclairé dans les choses qui concernent sa » mission , il regarde comme une grâce signalée de » converser avec elle, et de recevoir ses conseils » sur les affaires les plus importantes de ce pays. » Ainsi en est-il de dom Jacques, Chartreux, com- » parable par son zèle a Élie, qui ose bien attaquer » les plus puissants du siècle , pour leur reprocher » en face leurs vices et leur orgueil ; il se tient heu- » reux de lui exposer ses desseins , et les poursuit » avec une nouvelle ardeur, que cette sainte femme » a le pouvoir d’exciter ou de modérer par ses pa-
(I) Mém. aut.
de M. Olier, t. n, 57, 223, 224, et alibi .
(2) Mém.part.
14 septem. 1041,
M. Olier est entièrement délivré de ses peines, changement merveilleux qui s’opère en lui.
Olier, par le P.
Giry, partie l'e, ch. xu. — Vie de M Olier, par M. de Prelonvilliers, t. u, p. 53.
» rôles. Un conseiller d’État suit en tout ses con- » seils pour la cause de Dieu , et par ses avis il a » procuré de grands biens à l’Église. C’est à la per- » suasion de cette sainte femme , que M. le Chan- » celier travaille avec tant de zèle à l’extirpation de » l’hérésie, au soutien de l’Église, et à la gloire de la » religion. Je passe sous silence non-seulement » beaucoup d’ecclésiastiques de la condition du » Père de Condren et du Père Eudes, mais des per- » sonnes de tout état; je parle des plus considé - » râbles de Paris : je les connais et je les vois, mais » leur réputation m’empêche de les nommer. Quand » on' voit ces serviteurs de Dieu et ces hommes » apostoliques , que Dieu donne maintenant à » l’Eglise de France, venir consulter cette sainte » âme et se faire comme un devoir de suivre ses » avis, on croirait voir la très-sainte Vierge qui » gouvernait autrefois l’Eglise , et conduisait tous » les apôtres après l’Ascension du Sauveur (1). » Les trois solitaires de Vaugirard étant donc allés pour consulter Marie Rousseau : elle les encouragea dans leur dessein , mais sans leur rien découvrir alors des lumières qu’elle avait reçues ; le Père Bataille son confesseur devant lui même leur en donner connaissance, dans le temps et de la manière qu’il jugerait convenables (2).
Cependant le changement merveilleux, qui s’était opéré en M. Olier, après les peines d’esprit si humiliantes qu’il avait endurées, était une marque sensible des soins paternels de la divine Providence pour conduire et faire réussir cette entreprise. Car dès son arrivée à Vaugirard , non seulement il fut délivré tout-â-fait de ses épreuves , mais encore il se vit comblé des plus singulières faveurs (3). La principale, dont ces grandes épreuves n’avaient été que le prélude, fut cette sorte d’union extraordinaire avec Jésus-Christ, où il semble que l’homme extérieur, aussi bien que l’homme intérieur, n’ait plus d’autre vie que celle de ce divin Chef, sans que