des confrères de M. Olier ne goûtaient pas cette
mesure ; mais ils furent obligés de céder à l’avis du
Père Bataille, qui exigea qu'il prît possession sans différer; et, en conséquence M. Picoté et M. du Ferrier allèrent, le 9 du mois d’août, qui était un samedi, occuper la maison curiale (1), au nom de M. Olier. Celui-ci. ne fut pas étonné de cette anticipation, y ayant été préparé quelque temps auparavant d’une manière surnaturelle. Il rapporte, en effet, que la très-sainte Vierge lui avait dit, en faisant allusion à la procession solennelle de l’Assomption, qui devait avoir lieu à Saint-Sulpice : je veux que tu assistes à mes triomphes. Le Père Bataille était même si résolu de lui faire prendre possession avant ce jour , que dès le 4 du mois d’août, il l’avait mis en retraite, pour qu’il se disposât prochainement à son entrée dans la charge pastorale. Nous rapporterons à la fin de ce livre, les vues et les sentiments que Dieu lui donna alors sur l’importance et l’étendue de sa charge * : nous bornant à remarquer ici, qu’il lui inspira un amour extraordinaire pour les croix , et lui fit connaître , qu’il en aurait un grand nombre à porter dans la cure de Saint-Sulpice (1).
Le 9 août, M. Olier qui sortit ce jour-là de sa retraite, fut confirmé de nouveau dans la. persuasion où il était, d’accomplir le bon plaisir de Dieu par cette prise de possession anticipée. « Me pré- » sentant aujourd’hui à mon maître, écrivait-il, » il m’a dit : Je te reçois, et ensuite, il a disposé j> toutes choses si favorablement pour me faire » entrer en possession de cette cure, qu’on dirait » que toutes ces circonstances soient autant de » miracles. Entre autres, étant en peine de trouver i> une personne, qui pût faire des visites de con- » séquence relatives à cette affaire, la Providence » de Dieu a fait venir au devant de moi, au moment » que je pensais en avoir besoin, un homme intelli- » gent et d’esprit, qui s’est trouvé si propre à ce » que je désirais, que quand je l’aurais choisi entre î> mille, il n’eût pas été plus propre: tant Dieu » prend plaisir à faire paraitre la sagesse et la puis-
(t )Rem.hist., t. m, p. 56.
*N0TE 7, p.
(2 J Mèm. aut.
de M. Olier , t.
il, p. 477, 478,
(1) Mémoires,
t. itr, p. 61.
(2 )Mém. aut.
de M. Olier, t.ii, p. 325. — Vie de M. Olier, par il de Brelonvilliers, t I, p. 444.
(3) Ibid pAiZ.
— Mém. aut. de M. Olier, t.m, p.
M. Olier prend possession de la cure; ses sentimens sur sa nouvelle charge.
» sance infinies avec lesquelles il conduit ses » oeuvres (1).
» Ensuite me présentant à la très-sainte Vierge » pour lui rendre ma première visite, avant d’aller » saluer les dames de la paroisse, je lui en demandai •> la permission ; et il me semblait qu’elle voulait » que j’allasse les voir, comme si c’était elle-même, » la regardant dans leur personne. Ce fut ce que » j’éprouvai sensiblement dans ces visites: car je » ne pensais nullement aux créatures, et la sainte » Vierge m’occupait l’esprit d’elle seule en leur » parlant. Madame la duchesse d’Aiguillon, qui se » propose de faire de grands biens à notre pa- » roisse (2), vint d’elle-même s’offrir à moi, pour
aller avec Madame la princesse de Condé, et les » dames de la paroisse, adoucir l’esprit de ma mère, » et lui rendre autant d’honneur qu’elle croit en » avoir perdu par le ravalement prétendu de son » fils dans la charge de curé. C’est une nouvelle » preuve de la bonté avec laquelle Dieu conduit » cette affaire (3).
» J’avais cru d’abord que le Père Tarrisse, Général » de l’Ordre de Saint-Benoît, me mettrait en pos- » session de l’église de Saint-Sulpice. Mais j’ai ouï » dire que la coutume de ce saint personnage était de » ne point paraître en public; et, en effet, il n’est point » venu en personne à la cérémonie : ce sera peut- » être pour l’autre prise de possession. Deux de ses » religieux, le Père Bataille, et un autre qui le re- » présente en sa maison, ont tenu sa place, en son » absence. Ils étaient revêtus de leurs habits noirs, » image de la séparation entière du siècle, dont ils » font profession, et moi de l’habit de choeur des » ecclésiastiques, qui,, par sa blancheur, figure la » nature humaine de Jésus-Christ dans son état » divinisé. C’est proprement la vocation de tous » les prêtres: ils devraient être divinisés, et revêtus
déjà de l’esprit de la résurrection, comme l’indi— » quent les paroles mêmes que l’on dit en prenant
* le surplis. Ces deux religieux me conduisirent à » l’autel , que le Père Bataille découvrit et prépara » pour me le faire baiser. Je le baisai seul (1) ; alors » il me sembla que je devenais l’époux de cette paj> roisse, et que, en cette qualité, j’étais chargé des » péchés de tout ce peuple et obligé de prier pour » lui, ce que j’éprouve encore depuis ce moment. » Je voyais surtout comment l'amour devait porter » l’époux à prendre pour lui tous les maux de
> l’épouse, et à souffrir en sa personne toutes les » peines qu’elle aurait à supporter, si elle était » seule, la mettant ainsi à couvert de toute inquié- » tude ; que l’époux devait aussi avoir la volonté de » procurer tous lesbiens imaginables, tous les avanï- tages et toutes les beautés possibles, comme dit » saint Paul : Ut exhiberet Ecclesiam immaculatam , » sine ruga. C’est là le ^propre de l’époux, et en » quoi consiste l’amour de Jésus pour l’Eglise (2). t> Hélas ! mon Dieu, quelle grâce de me vouloir -» choisir du milieu des pécheurs , de la lie du » peuple, du bourbier infect de mes péchés; pour » m’élever à cette haute, sainte et divine dignité de » curé, de pasteur, d’époux de l’Eglise ! C’est à » ce coup, Seigneur , qu’il faut me consommer en » vous, si vous voulez me faire époux de cette grande » reine, de cette auguste et divine maîtresse. Oh ! » c’est à vous seul à entrer en cette dignité ; c’est à » vous à posséder ce titre ! et qu’aveugle est le » monde ! qu’il est dépravé, misérable et ignorant, » lui qui juge si indignement des grandeurs vé-
> ritables de Dieu, les ravalant d’une manière si » misérable : lorsque, dans son estime aveugle et » insensée, il pense qu’une cure n’est rien, qu’elle
ravale la dignité d’un homme de naissance, et » croit, malheureux qu’il est, que l’origine d’Adam, » que la naissance, accompagnée de biens imagi- » naires, de richesses et d’honneurs, soient quelque «chose d’estimable. Oh! qu’il Sache qu’il n’y a « d’estimable que Dieu seul et son Eglise ; qu’il
(1) Copie des M rn. de M.Olier t.m, p.203, Cl.
(2) Mèm. aut.
de M.Olier, t.m, p.C5,ü6,G9.
(1) ifém. aut.
de M. Olier , tu, p. 488. — Vie de M. Olier, par M.
de Bretonvilliers t.i, p.434, 435.
Début de M.
Olier dans le ministère pastoral.
(2) Etat civil de Paris. — Registre des mariages de lapar.
S. Paul, 2G juil. 1G42.
» sache que sa grâce, ses sacrements, ses vertus et » ses dons doivent passer pour des biens véritables, » et non pas ces imaginations chimériques, ces » fausses apparences de biens, l’honneur, les ri— » chesses et les délices; l’un n’étant que du vent, » l’autre que de la boue et de la fange, et le troi- » sième une infâme corruption (1).
» Voici, comment il a plu à la bonté de Notre- » Seigneur de me faire commencer ma mission. Une » personne de la maison de mon frère, celui qui m’ap- » prouve dans mes emplois f, s’étant mariée à un » homme de notre paroisse de Saint-Sulpice , je fus » invité â dîner avec eux chez mon frère. Les deux par- » ties sont tout-à-fait pieuses. Je leur donnai des ins- » tructions sur la manière de se conduire dans ce » saint état, et je voyais que déjà Notre-Seigneur » me donnait d’avance à rrvoi-même grâce pour ces » bonnes personnes. Je puis dire que c'est là le » premier signe que j’ai fait comme pasteur, c’est- » à-dire, la première marque des fonctions que j’ai » exercées envers les personnes de la paroisse, en » qualité de pasteur, qui instruit, qui exhorte et » qui nourrit spirituellement ; car il plut à Dieu de » me faire parler sur la fin du repas, et de changer » ainsi l’eau dégoûtante des plaisirs de la chair, »' dans le vin délicieux de sa parole. L’assemblée » en témoigna une grande satisfaction, et entre » autres le mari. Il disait, en exprimant la sainte » joie de son âme, et comme s’il eût voulu répéter » les paroles de l’Evangile: Vous nous avez donné » un breuvage délicieux, et qui vaut beaucoup mieux » que le premier ; vous nous l’avez gardé pour la » fin du repas. Ces bonnes gens étaient toutes con- » tentes ; et, en particulier, la mariée me témoi- » gnait m’être très-redevable, non-seulement pour
t Mademoiselle Du Trousseau, attachée à la personne de Madame Renée de Thurin, belle-soeur de M. Olier et femme de Nicolas Edouard Olier, son frère (2)!
» cette circonstance, mais aussi pour avoir contribué sa délivrance d’une grande maladie, où elle » avait pensé mourir (1).
» La veille de l’Assomption, lorsque nous chan- » tions les premières Vêpres de la fête, pensant à » la réforme que nous devons établir dans cette pa- » roisse, je voyais qu’il fallait aller petit à petit, et » ne pas prétendre faire de grands changements, ni renverser tout-à-coup les choses ; mais que je » devais m’appliquer à gagner les cœurs, et à les » porter à Dieu par l’exemple de toutes les vertus, » surtout de l’humilité et de la douceur. C’est une » chose admirable de voir le changement qui s’est » opéré déjà dans les esprits, quoique nous n’ayons ^ encore parlé de rien (2). »
Le lendemain, fête de l’Assomption, commença l’établissement du séminaire de Saint-Sulpice et celui de la communauté des prêtres, qui devaient partager avec M. Olier les fonctions pastorales. La plupart de ses ecclésiastiques partirent ce jourlà, de grand matin, de Vaugirard, et vinrent occuper les bâtiments que M. Olier avait fait disposer pour leur usage (3). Selon les désirs du Père Bataille, il présida lui-même, au milieu de son clergé, à l’office et à la procession solennelle; et chacun admira le profond recueillement et la modestie angélique du nouveau pasteur. « Je me servis, dit-il, y en ce grand jour de cette rare chasuble que je » fis faire, il y a neuf ans, pour ma première Messe, » et qui est même ornée d’un tableau de soie, à » l’honneur de la sainte Assomption de Notre-Dame. » Depuis le temps qu’elle est faite, je ne crois pas » m’en être servi cinq ou six fois, et jamais dans » quelque cérémonie publique. Elle semblait être >» faite d’avance pour ce jour, où je commence à » entrer dans ma vocation (4), Je fus extrêmement * touché pendant la Messe solennelle, surtout » depuis la communion ; j'étais si rempli de senti- » ments d’amour, que j’appréhendais de prononcer
de M. Olier, t.n, p. 412, 413.
Le jour de l’Assomption, M.Olierofficie dans sa nouvelle église.
(2 )Mém. aut.
de M. Olier, t. ni, p.72.
(3 )Mém.surla Vie de M. Olier, par M. Baudrand, p. 20. — Règlements de la Communauté de S.Sulpice, in-8°, p. 2, note. — Catalogue d’entrée des Messieurs du Grand- Sémin. , p.2. — Rem.hist.
— Calendrier historique de S - Sulpice, 1778, 15 août, p. 158,
(4) Mém. aut.
de M. Olier, pièce détachée.
(1) Mém.aut.
d? M. Olier, pièce détachée, t. ni, p.
(2) Ibtd.'t.m, p. 75.
Estime extraordinaire que les grands de la paroisse témoignent à M.
Olier.
(3 )Mèm. au t.
de M. Olier, t.nr,
(4 )Ibid. p.85.
» ce seul mot d’amour, tant il me perce vivement le » cœur et me consume. Il me semblait que Notre- » Seigneur, par son intime présence, saisissait tel- » lement mon âme, qu’il la faisait comme défaillir » Je n’avais plus ni force ni sentiment, et la pensée >< de la très-sainte Vierge, dans sa gloire, n’a servi » qu’à augmenter ce feu, et à enflammer davantage » ces ardeurs consumantes. Je prêchai ce jour-là, » et Notre-Seigneur daigna me mettre dans l’es- » prit ce que j’avais à dire à notre peuple (1). Pre- » nant pour texte ces paroles : Bienheureux les » pauvres d'esprit, parce que le royaume des deux >> leur appartient, je dis à ces chères âmes : Je m’es- » time heureux de commencer le premier discours » que je fais dans cette église , par les premières » paroles du premier sermon que Jésus-Christ >' notre Seigneur adressa à son Eglise, en la per- » sonne des disciples réunis autour de lui : Beati s- pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum cœ— » lorum. C’est une prophétie de mon Seigneur » Jésus, qui se vérifie puissamment en ce jour, où » nous voyons élevée dans les deux celle qui était » la plus humble sur terre (2) f. »
« Notre-Seigneur, continue-t-il, prit plaisir, dans cette solennité , à réparer les abaissements pré- » tendus dans lesquels j’étais entré pour son ser- » vice : comme si notre sainte Maîtresse eût voulu » rendre toute sa maison participante de sa gloire » et de son honneur. Je ne sais comment il se fait » que tous les grands s’humilient devant nous (3). » M. de Chavigny (ministre d’Etat), qui se trouva » ce jour-là à mon sermon , vint me faire offre de » ses services (4). Comme il est maintenant beau-
f M. Baudrand, Mémoires, page 20, suppose que les paroles Ego sum pastor bonus, servirent de texte à M. Olier, c’est ce qu’on lit aussi dans les Remarques hist. sur la paroisse de Saint-Sulpice, tom. i, p. 283. — Il faut dire plutôt que M. Olier lés commenta dans ce sermon. Vie de M. Olier par M. de Bretonvilliers, t. i,Ipag.a436, 437.
>' coup dans la piété, et qu'il est un des plus consi- » dérables de notre famille, il témoigne partout que » je lui appartiens, et approuve- lui seul ma con- » duite ; ce qui est plus avantageux à nos desseins.
» que l’approbation de tous mesproch.es, et pourra j> servir à les autoriser parmi messieurs de la pat> roisse, qui ne s’y opposeront peut-être pas si ai- » sèment. (1). Ce qui surprend ma famille, c’est de ■» voir que je fuis l’honneur de tout mon cœur , et » que, néanmoins, les grands, entre autres Madame » la princesse de Condé , Madame la duchesse » d’Aiguillon , me témoignent une affection singu- » Hère, et s’emploient à me servir en tout ce qu’ils » croient m’obliger. Hier, comme je désirais , pour un petit service, le concours de quelqu’un de mes » parents, toujours fort en colère contre moi , j’ap- » pris, au moment même où j’en avais besoin, que le » principal d’entre eux était tout changé et converti » de sa mauvaise humeur, allant jusqu’à pleurer de » tendresse en entendant parler de moi, et du suc- » cès que la bonté de Dieu donnait à nos entre- » prises. Notre bon Maître nous donne tous les » jours des marques de son amour si évidentes, que » j’ai aussitôt tout ce que je désire. Hier encore, » j’avais besoin d’une personne pour faire une » charité, et aussitôt elle arriva et fit ce que je dé— » sirais (2). Cet après-midi, étant obligé de rendre » visite aux plus grands du royaume , j’en ai reçu » toute sorte de caresses et de témoignages d’es- » time . surtout de la part d’un des principaux de » l’Etat , qui , depuis plusieurs années, où Dieu » prenait plaisir à me tenir dans le mépris et le » rebut de tout le monde, était le premier à me dé- * daigner et à se railler de moi. Ce qui me sur- » prend le plus , c’est que ce même seigneur, qui, » pour la conduite de sa conscience, avait une parfaite » confiance dans un ecclésiastique , lequel , par la
> permission de Dieu prévenait contre moi tout le
> monde ; ce seigneur, dis-je, a quitté l’ecclésias-
(1 )Mém. aul.
de M-Olier, t.ni, 1>. 87 .
(2) Ibid., t.ni, p.85.
(1) Mèm. aut.
de M. Olier, p.
Marques d’approbation que M.Olierreçoit publiquement d’un grand nombre de docteurs.
■ NOTE 8, p.
» tique dont je parle, et semble avoir tourné mainte- » nant toute son affection vers nous. Je ne puis » assez admirer la providence de Dieu, qui humilie » et qui élève, qui mortifie et qui vivifie, quand il » lui plaît (1).
» Le jour de la Translation de Saint-Sulpice, » 27 août , il plut à la bonté de mon Maître d’ins- » pirer la même estime à quantité de docteurs de » Sorbonne, et d’autres ecclésiastiques qui se trou- » vaient dans l’église, attirés par la solennité du » jour*. Considérant que, par ma condition de curé, » j’étais devenu l’époux de toutes les âmes de la pa- » roisse , et que je devais porter , comme mes » propres maux, leurs infirmités et leurs misères : » je voulus me préparer pour prêcher ce jour-là ; » j’étais accablé par toutes ces pensées, et je parlai » sur la grandeur des fonctions sacerdotales et de la » charge que Dieu imposait aux pasteurs. »
M. Olier nous a conservé, dans ses Mémoires, les principaux traits de ce discours. Nous n’en rapportons ici que le suivant, pour ne pas interrompre le fil de l’histoire. « Les anges ne sont obligés de î> rendre leurs devoirs à Dieu que pour leurs » propres personnes , au lieu que les prêtres et les » pasteurs sont obligés encore pour toutes les âmes » qui leur sont confiées ; et c’est ce qui fait trem- » bler les anges à la vue de ce fardeau, dit le grand » saint Bernard : Onus ipsis angelis formidandum. » Ah ! si le prêtre peut suffire à peine pour lui- » même , que sera-ce de se voir chargé de tant » d’obligations et de tant de devoirs ! Esprits cé- » lestes, secourez-moi ; anges saints, qui tremblez » à l’aspect de ma charge, prêtez-moi votre force. » Ange , qui que tu sois , qui es venu conforter Jf- » sus-Christ accablé sous le poids de la justice de » son Père , de ce Père irrité contre lui , par cela » seul qu’il le voyait chargé des péchés des hommes ; » Ange saint, aie compassion de moi qui porte s> aussi ce fardeau,. ... et qui n'ai point toutefois la
» divinité pour me soutenir , comme l’avait Jésus- » Christ. Ames religieuses, qui faites l’ornement » de cette église , qui la soutenez par vos prières, y> levez vos mains pour moi. Cher peuple, qui nous » voyez chargé de vos devoirs , et accablé sous le y> faix de vos obligations, secourez-nous auprès de » Dieu ; levez les mains au ciel pour nous et pour » vous tout ensemble. Seigneur Jésus, notre unique » force dans nos travaux , c’est en vous seul qu’est » établie notre confiance (1).
« Tous ces docteurs, ajoute M. Olier, et ce nombre » extraordinaire d’ecclésiastiques qui m’écoutaient, » témoignaient être extrêmement satisfaits de ma » prédication. Je ne sais pas pourtant d’où venait le » contentement qu’ils faisaient paraître. Il me » semble que je n’ai point encore prêché dans la » pleine lumière de Dieu , et dans la vigueur de sa » pure parole, comme, par la miséricorde de Dieu, » je l'ai fait autrefois. J’espère que Jésus-Christ, » mon Maître , me fera un jour cette grâce ; j’ai » la confiance, que ce sera quand j’aurai reçu mes . » provisions de Rome, qui est proprement ce temps » pour lequel j’ai demandé à Dieu son esprit,, afin de » pouvoir administrer la cure qu’il me confie. Je » sens bien que j’attends ce secours, et que si je fais » maintenant les fonctions de curé, ce n’est que par » avance (2). »
Ces provisions aux quelles le serviteur de Dieu attachait une si haute importance, arrivèrent, comme il l’avait espéré dans l’Octave de laNativité de Marie , ce qui fut pour lui le sujet d’une douce et pure satisfaction. « Je suis tout joyeux, écri- » vait-il, quelles soient arrivées pendant l’octave de » ma divine maîtresse. Je l’avais dit ainsi à mon » Directeur, il y a deux mois et plus : m’appuyant » en cela sur la providence ordinaire de Dieu, qui fait » toujours en moi quelque renouvellement dans î> cette fête (3). » S’il parle ici de renouvellement, c’est que les dispositions que Dieu lui communiqua à
(l)Métn. aut.
de M. Olier, p.
(2 )Ibid. t. m, p. 117,118.
Provisions reçues de Rome.
M. Olier établi pasteur à 35 ans, pourquoi?
(3) Copie des Mém. de M. Olier t.m, p . 267 ,2G8.
Maladie extraordinaire dans la quelle Dieu semble donner une nouvelle vie à M. Olier.
cette occasion, le firent entrer en effet, comme dans une nouvelle vie de zèle et de ferveur. Il s’était préparé à sa première prise de possession par une retraite de six jours, qui avait été très-féconde pour lui en lumières et en grâces : et Dieu se plut à le disposer lui-même à la seconde, par une faveur d’un autre genre : ce fut une subite et très-grave maladie, qui sembla ne l’avoir conduit aux portes du tombeau, que pour mieux faire éclater ensuite l’espèce de vie nouvelle, qu’il lui donna pour le parfait exercice de la charge pastorale. Il rapporte que Notre-Seigneur lui avait dit autrefois, que lorsqu’il aurait trente-cinq ans, il serait fait évêque. expression, ajoute-t-il, qui dans l’Ecriture signifie pasteur des âmes *j* ; et comme le 21 septembre de cette année 1642, il devait entrer dans sa trentecinquième année, il dit, avec une entière assurance, au Père Bataille, son Directeur, lorsqu’il fut atteint de cette maladie : Dieu m’a mis au lit, pour jusqu’au 21, où j’aurai trente-cinq ans, afin d’accomplir la vérité de la parole qu’il m’avait dite autrefois : que je serais évêque, c’est à dire, pasteur de cette- Eglise, ou de cette ville de Saint Germain. Contre toutes les apparences humaines, cette assurance fut vérifiée à la lettre : car la maladie, qui dura huit ou neuf jours, cessa tout-à-coup, la veille même du 21, qui fut le jour où il prit de nouveau possession de la cure.
Parlant du renouvellement intérieur que Dieu fit alors en lui « je puis dire, à la gloire de Dieu, ècrit- » il que cette maladie m’a été extrêmement utile,
» pour mourir à ce monde et à moi-même, me » disposant suavement à ne plus vivre que pour » Dieu, qui est proprement ce qu’on appelle la vie » nouvelle, la vie de la résurrection. Dans cette » maladie, je ressentais partout le corps de grands
f Estius in B. Pétri. Epist. I, c. 2, v. 25. — Episcopum vero, id est, inspectorem, visitatorem ; et (ut latinè vertunt quidam) curatorem.
» abattements et de grandes langueurs, que j’offrais » à mon Dieu avec beaucoup de joie, pour le salut » des âmes, les endurant avec grande patience et » amour ; et pendant tous ces états je me voyais » continuellement anéanti, comme une pauvre vic- » time devant Dieu, couvert de tous les péchés du » monde , et lui en demandant la rémission de » tout mon cœur (1). Dieu permettait que durant î> tout ce temps, je sentisse des tentations très im- » portunes d’amour propre et de superbe très » secrets, pour m’y faire mourir, et me laisser la » seule vue de sa gloire, et le désir de l’honorer en » le servant, sans me rechercher moi-même. Car » il plut à la bonté de Dieu de changer ces disposi- » tions, dans lesquelles j’avais été le long de ma » maladie, et de me dire le 21 septembre, jour du glorieux Saint Matthieu, qu’il voulait que j’en- » trasse dans une nouvelle vie : que je fusse plus » doux, plus patient, plus charitable que jamais ; » qu'il fallait même me séparer de toute satisfaction » sensible dans cette vie ; et cela conformément à ce » que j’ai remarqué autrefois sur la vie des chrétiens, » qui sont morts à cette vie présente et ne vivent » plus que pour l’autre, ne prenant de consolation » et de joie que comme les bienheureux dans la vue » de Dieu, et les intérêts de sa gloire. • Et par cette » même bonté Dieu me renouvelait dans l’esprit la » disposition dans laquelle, il m’a appelé à son di- » vin service, qui était un très-grand désir de sa » gloire, fondé sur mon anéantissement, tâchant » de procurer, par toute voie possible, la grande » gloire de Dieu, sans y paraître en aucune façon, » et sans que l’on parle de moi, ni qu’on y pense » en aucune manière, attribuant tout l’honneur à » Dieu et la gloire de son œuvre sans que la créa- » ture y prenne part (2). »
Cependant le bruit de la maladie de M. Olier, se répandit bientôt dans toute la paroisse ; et Dieu qui voulait sans doute lui lier plus étroitement les Tom. i. 30
(1) Copie des Mémoires de M.
Olier, l. ui, p.
(2) lloid. 1. in, p . 41.
Guérison subite de M. Olier : il prend possession.
cœurs, en le rendant inopinément à la santé, permit qu’on crût d’abord , presque partout, qu’il avait succombé à la violence du mal, et rendu le dernier soupir. Mais le 20 de septembre, il se trouva guéri tout-à-coup ; et le médecin frappé d’une guérison si prompte et si complète, lui ordonna lui-même de se lever le lendemain, pour célébrer la sainte Messe : ce que M. Olier fit, en effet, au grand étonnement de tout le monde. Ce jour là où il commençait ainsi sa trente-cinquième année, il fut mis solennellement en possession de l’église de Saint-Sulpice, par le Supérieur général des bénédictins , comme il l’avait espéré. Le Père dom Tar- (f) Copie des risse , qui auparavant était absent de Paris, Mémoires de M. sembla y être revenu tout à propos, pour présider 96 ’ ’ v en personne a cette ceremonie (1).
A la vue d’une guérison si inattendue l’allégresse
ne fut pas petite dans la paroisse, surtout parmi
les ecclésiastiques. « Ce jour là, » dit M. Olier, « la
» plupart de ceux qui me voyaient disaient : vous
» voilà donc ressuscité? La joie était d’autant plus
» grande, que pendant le temps de ma maladie, le
» bruit de ma mort avait couru partout ; et que
» même il y en avait qui, par permission de Dieu,
(2) Ibid. t. ui, » assuraient m’avoir vu enseveli, et m’avoir jeté
P- 44- » de leurs mains de l’eau bénite (2). Enfin, le
» même jour étant allé aux champs (c’est à dire à
» Vaugirard), je rencontrai dans le chemin deux
» de nos jeunes messieurs, qui d’abord qu’ils me
» virent, se mirent à me parler de ma mort ; et sur
» l’heure, je leur parlai de Dieu en la manière que
» le saint Esprit a coutume de me faire parler,
» quand il lui plait de faire par moi quelques bons
» effets; et dans leur étonnement, ils se regardaient Ibid. l.,n, )>Vun pautre(3)->>
Nous verrons dans la seconde partie de cette vie, quels fruits abondants de grâce, produisit pour l’avantage de la paroisse de Saint-Sulpice, ce renouvellement que Dieu sembla faire dans M. Olier,
en l’en établissant pasteur. Nous ne dirons rien ici de la conduite du serviteur de Dieu dans la formation des clercs aux vertus et aux fonctions de leur état ; ni des travaux qu’il entreprit pour procurer l’établissement des séminaires en France ; nous réservant de traiter cette matière dans la troisième partie de sa vie. L’institution des séminaires et la réforme du faubourg Saint-Germain, deux œuvres auxquelles il se livra tout entier, ayant eu lieu dans le même espace de temps , nous les exposerons séparément l’une de l’autre, afin de mettre plus d’ordre et de clarté, dans le récit que nous en ferons: et nous commencerons par l’histoire de ses travaux dans la charge pastorale.
NOTES DU LIVRE DIXIÈME
(l)Rem. hist., t. i, p. 1G8.
(2) Mém. aut.
de il. Olier , t.
(3) Archives dxi Royaume, sect.
histor. L. 1128.
Eglises paroissiales et cures de Paris.