M. OLIER VISITE UNE SAINTE RELIGIEUSE
à Paris, plus affermi que jamais dans la résolution fait delui-mêde vivre d’une manière tout apostolique. Déjà il se me.Sonamour refusait jusqu’au nécessaire pour répandre son bien Pour Dieuen aumônes, et vivait éloigné de toute compagnie, afin de vaquer plus librement à l’oraison. Son lit était une simple paillasse ; mortification qu’il cachait si bien , que son valet de chambre l’ignora longtemps et fut le seul qui s’en aperçut au bout de quelques années. Pour lui en dérober la connaissance, M. Olier avait soin de retirer le soir ses matelas, et de les remettre le matin dans le même état où ce domestique les avait laissés (1). Aussi (t) Mémoire Ms. avide d’austérités que les hommes sensuels et vo- imT pag.' luptueux le sont des douceurs et des commodités 207 . — vie Ms. de la vie, il traitait son corps avec toute la du MLeschassPier reté d’un maître qui dompte son esclave; et il p. 4. suffisait qu’une action fût agréable à Dieu, pour qu’il s’y portât avec courage , quelque pénible qu’elle fût. Enfin , il était déjà tout possédé du saint amour ; et pour l’allumer de plus en plus dans son cœur, il saisissait toutes les occasions de converser avec les personnes qui aspiraient à la vie parfaite. Dans un voyage qu’il fit cette année à son abbaye de Pébrac, il eut l’avantage de visiter plusieurs fois une sainte Religieuse, la mère Desgranges, supérieure des Filles de Notre-Dame de Brioude, dont l’âge et les vertus éminentes lui inspirèrent une vénération profonde et une confiance filiale bien méritée. Dans ses entretiens avec elle , il croyait entendre la très-sainte Vierge , et il lui semblait que les paroles de cette sainte Religieuse fuissent pour son âme une sorte de lait spirituel. « Pour l’amour de notre sainte Mère et » de son très-cher Fils , lui écrivait-il , continuez » à nourrir mon âme ; parlez ouvertement à celui » qui n’a de cœur que pour recevoir les senti- » ments du saint amour (quoique souvent il fasse » tout le contraire.) Ma Mère, à quoi doivent ser- » vir notre corps et notre âme, notre temps, notre
(I) Sapient.
cap. 1, v. 7.
(2) Lettres autographes de M.
(Hier, p. 2G9.
A quel degré de vertu Dieu appelait M. Olier.
» vie, et même toute l’éternité, sinon pour aimer » Dieu, pour le louer, pour l’adorer? Il veut que » sur la terre nous commencions à vivre de la » sorte : donc , ma bonne Mère , apprenez-moi à » aimer votre Tout, votre grand Dieu, auprès du- » quel je n’ose m’approcher, en étant par moi- » môme si indigne. Parlez-lui pour votre enfant , » et si vous voulez qu’il vous suive , mandez-lui » la manière dont il lui faut parler. Ma très-chère » Mère, je suis sans voix et sans parole , puisque » je suis sans amour. Le Saint-Esprit qui est en » vous, a la science de la voix (1). Quand vous » m’aurez obtenu sa présence et sa sainte union , » ma bonne Mère , je ne vous demanderai pas » comment il faudra parler. Jésus, père d’amour, » et vous, Marie, la mère de la belle dilection, avec » votre saint époux, saint Joseph, obtenez-moi ce » saint amour. Amour, qui habites si hautement >y et si pleinement dans ces trois personnes, donne- » toi à leur pauvre petit esclave, mais, hélas ! in- » fidèle et ingrat ! Amour , bouche tes yeux ; mi- » séricorde , ouvre ton sein ; n’ayez point égard à » mes crimes. Souvenez-vous de ce que vous êtes. » et non pas de ce que je suis. Prenez-moi, gar- » dez-moi, consumez-moi dans vous, et puis je » suis tout content; clévorez-moi. Eh! feu du ciel, » je ne puis vivre si vous ne m’animez, ma vie est » une mort sans vous (2). »
L’ardeur avec laquelle M. Olier s’excitait à l’amour divin, et sa générosité à embrasser les pratiques les plus héroïques de la vie parfaite, n’étaient point, comme on pourrait se l’imaginer, l’impulsion aveugle d’une ferveur indiscrète ou l’excès d’une imagination déréglée. Pour juger de la sagesse de cette conduite extraordinaire, il est nécessaire de considérer les desseins que la Providence avait formés sur lui, et auxquels ces actes de vertu devaient servir de préparation.
Dieu ne le destinait pas seulement à devenir, se-