SUR LA MAISON D ISSY
NOTE 4, p. 206. — Cette maison appartenait, en 1556, à Michel Marteau, marchand changeur à Paris (5). Jean dela Haie, orfèvre du Roi, en devint ensuite possesseur, et ce lt lui qui, en 1599, obtint des Religieux de l'abbaye Saint- Germain des Prés la permission de construire, sous la rue de la Glaisière, la voûte qui conduit au parc de cette maison (4). De Jean de la Haie elle passa à la reine Margucrite & Valois, première femme de Henri IV. Cette princesse, ant été obligée de sortir de Paris pour fuir la contagion, qu'avaitemporté deux ou trois de ses oflicicrs, se retirapour un temps à [ssy (5), et ce fut peut-être pour ce motif qu'elle cheta (6) la propriété dont nous parlons +. Dans le séjour quelle y fit, elle donna son nom à la rue de la Reineou Résale, Comme elle aimait à conférer avec les gens de lettres, ille Is attirait dans cette maison, où ils se rendaient volonuers; du moins Michel Bouteroue et Danicl Périer en ont hanté les jardins, le premier en vers français, l'autre en Vers latins (7), Bouterouc‘n'a rien oublié, ni le parterre, ni kjet d'eau, ni le parc, ni même la voûte qui y conduit :
* Elle lui coûta 33,000 livres (8).
(1) Gall, chris.
fhiana,t, vis, col, 846,
(2) Ibid.
(3) Archives du Royaume, sect. dom. S.
(4:. Ibid n. 7.
«o) Histoire de Paris, par Félibien, tt, n,
(6) Le 25 novembre 1606.
(7) Encomium Issiaci pagi, à Daniele Perierio. Paris, Jac-
quin , 1614, in-8°, (8) Archives du
Royaume, ibid.
mm
A) Le petit Olympe d'Issy, à la reine Marguerite, 1609, in-12,
(2) Histoire de Paris, par l'élibien, tt, 1, p. 1274.
(3) Archives du Royaume, S.
(4) Le :9 novembre 1640. — 1bid, S, 7041, c. 4, n. 4.
(5) Généalogites des maîtres des requêtes, Ms.
de la Bibl. de l'Arsenal, 764.
art. Sève,
(6) Vies Ms., de Grandet, t.1, p. 622.
(7) Mémoires de M.Baudrand, p. 47. — Archives du Royaume S. 7041, c. 4, n, 6.
(8) Mémoires sur la vie de M, de Bretonvilliers. Extraits de M. Baudrand, p. 168.
(9) Ancienplan de cette maison conservé aux archives du Royar!me.
Par un double escalier de pierre On descend dans un lieu voüûté, Qui traverse par-dessous terre
Au verger de l'autre côté;
Sortant de cette grotte ronde
Par un degré plus spacieux,
On pense voir un autre monde, D'autres terres et d'autres cieux (1),
Après la mort de Marguerite de Valois, la maison d'Issy qu'elle avait laissée avec tous ses biens à Louis XIIT, encore Dauphin (2), fut vendue + à Michel Sarrus, conseiller au Parlement de Paris (3). Peu de temps après, ce nouveau propric. taire obtint la permission d'y faire célébrer la sainte Messe, || laissa cette maison à Antoinette Le Prêtre +, sa femme, qui la vendit à M. Antoine de Sève (4), abbé de Notre-Dame de l'Isle-en-Barrois, prieur d'Ulnoy et de Champdieu, et au mônier du Roi (5). Cet ecclésiastique laborieux et savant attira à Issy M. Louis Tronson, son neveu, qui y étudia longtemps avec lui, sous la direction d'un précepteur, homme de mérite (6). L'abbé de Sève avait une vénération singulire pour M, Olier et tenait à honneur de le recevoir dans cette solitude. Il laissa une partie de sa bibliothèque au st minaire de Saint-Sulpice, et vendit à bon compte sa maison d'Issy, avec les meubles, à M. de Bretonvilliers, le 17 novembre 1655, afin que de lui elle passât à cette communaurté (7, Celui-ci, en mourant, donna en effet au séminaire le choix de recevoir cette maison ou le prix qu'elle avait coûté: mais, comme M. Olier l'avait habitée les dernières années de sa vie, on préféra la maison (8). Les bâtiments étaient alors peu considérables (9).
M. Tronson, ayant succédé à M. de Bretonvilliers, eng gea l’un de ses confrères, M. Bourbon, qui avait fait deux fois le pèlerinage de Lorette, en Italie, à bâtir, au milieu du parc d'Issy, une chapelle sur le modèle de cette sainte mai-
+ Le 31 août 1618, pour la somme de 13,600 livres.
++ L'abbé Lebeuf, qui visita cette maison au milieu du siècle dernier, rapporte qu'on y voyait, dans la cour, le buste d'un personne qui avait la toque sur la tête. C'était apparenr ment le buste de Michel Sarrus, le seul des propriétaires connus à qui ce costume puisse convenir. On remarque, al plafond du vestibule, les monogrammes MS. et ALP. peints alternativement dans les rosaces. Ce sont apparemment lé lettres initiales des noms de Michel Sarrus et de sa femnt Antoinette Le Prêtre,
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son (1). Les devises, les emblèmes et les inscriptions quien décorent les alentours, sont de touchants témoignages dela piété de ce vertueux ecclésiastique (2 dont Fénelon parle avec éloge dans ses lettres (5). Pour augmenter la dévotion envers ce nouveau sanctuaire, l'Archevèque de Paris permit, en 1695, d'y conserver le très-saint Sacrement (4); ct on l'y déposa solennellement le Jeudi-Saint de l'année suivante (5), Depuis sa construction, cette chapelle a été en grande vénération au séminaire de Saint-Sulpice. « J'espère, écrivait Fénelon à M. Leschassier, que M. Bourbon ne » m'oubliera pas dans la chapelle de la sainte Vierge à Lovrette (6. » Nous lisons aussi que Bossuet allait y prier durant les conférences d'Issy (7 Comme on l'avait dédiée à la très-sainte Vicrge, sous le titre de la Reine des Cœurs, ls Sauvages de Montréal, en Canada, y envoyèrent un grand cœur composé de petites pierres taillées en forme de cœurs de couleurs différentes, et en nombre égal à celui des nouveaux chrétiens qui sc trouvaient parmi eux (8). On voyait encore dans cette chapelle des clefs d'or qu'un chambellan du roi de Pologne y avait suspendues; mais surtout un grand nombre de cœurs en argent doré, offerts par des prélts et d'autres ecclésiastiques, et qui étaient tous attachés au treillis qui séparait la chapelle d'avec la sainte camine. Au moment de la Révolution, quatre-vingt-seize de ces cœurs jurent portés à la monnaie (9. Il y avait enfin au-dessus de k chapelle de Lorette, unebibliothèque composée de la pluat des ouvrages relatifs à la très-sainte Vierge 10. Un poète chrétien qui a fait, dans le dernier siècle, la description de la maison d'Issy, parle ainsi de cette chapelle :
ison d'Issy IIT, encore ler au Parau propriéte Messe, Il femme, qui re-Dame di lieu, et aux et savant qui y étudia teur, homme on singuliecevoir dans hèque au st te sa maison rs, le 17 no communauséminaire le e avait coûté:
ières années
ents étaient Less É k Mitius hic lumen sublustri fulget in umbra ;
Hic pietati addunt stimulos ars et locus ipse, Sanctaque formido, et secretus corripit horror Intrantes, pavidisque sacros inspirat amores, Etreplet attonitam præsenti Numine mentem (11).
billiers, engiait fait deux au milieu du e sainte mai
On voit, dans l'enclos de la maison d'Issy, un pavillon en maille dans lequel Bossuct, Fénelon et M. de Noailles se Kunirent plusieurs fois, avec M. Tronson pour leurs conférences sur le quiétisme, qui durèrent sept ou huit mois, et :h fin desquelles ils arrétèrent les trente-quatre Articles appelés d’Issy 119). Cette maison fut illustrée encore par le Sjour qu'y fit le cardinal de Fleury, premier ministre de Louis XV : comme il y était malade, les autres ministres y Ynaient régulièrement pour prendre ses ordres. Le cardiml Crescenzi, alors Nonce en France, le visita dans sa madie, etlui donna la bénédiction apostolique. Le Roi y vint BUS trois fois; la Reine et le Dauphin l'honorèrent égale-
livres.
lieu du siècle e buste d'unê pit apparcr” propriétaires emarque, Al ALP. peints remment les de sa femnt
(1) Journal de M.Tronson.Juillet 1679, fol, 84.
— De la maison
du séminaire d'Issy, Ms. de M. Bourbon, — Pièce Ms. sur M.
de Bretonvilliers et M, Bourbon,
(?) Vie Ms. de Grandet, t, 1.
(3) Correspondance, t, v, p.
224 et alibi.
M. Tronson, 1695, 28 no-
vembre.
(5) Ibid. 19 avril 1096.
(6) Ibid, 1697, fol. 137, verso.
Correspondance, t, v, ibid,
(7) Journal de
A. Tronson, 1695. fol, 103,
(8) Vies Ms. de Grandet, t. 1.
(9) Déclaration de M. Emery, du 12novemb.1189 Pièce Ms. Archives du Royaume, sect. dom.
carton. S. 1006.
(10) Vies Ms.
de Grandet,.t. 1.
(11) Mercure, avril 1742. — Lebeuf, t. vu, p. 15.
(12) Ibid. p. 13.
— Remarg. historiques, t. 1, p. 208.