‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme]Chapitre 170 sur 332 · YO Y L Y VV Y · texte numérisé non relu

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Jacques, vir duplex animo, ou. comme dit le prophète, avis discolor, un oiseau de deux couleurs. voulant servir Drev sans renoncer au monde. Après avoir employé la matinée à l'étude et à quelques courtes prières, j'allais diner, par l'ordre de mon oncle (grand maître de Malte), chez M. l'abbé de Saint-Vincent. agent du clergé. Il tenait table ouverte; et comme elle était fort exquise, le grand monde. la Cour et les prélats y venaient. L'après-diner était enployé à jouer aux échecs. au trictrac et aux quilles, et cela passait pour des divertissements permis aux ecclésiastiques, parce qu'on ne jouait pas aux cartes. On allait à la promenade, ou apprendre les nouvelles du jour. La bonté de Dieu donna au Père de Condren la pensée de me retirer de Paris, ct de me faire sortir de ce mauvais état. Il fut d'avis que M. de Bassancourt et M. Amelote me menassent à Champ-Dolent, en Saintonge, pour y passer l'été, et que je m'y préparasse à dire ma première Messe. M. l'abbé de Séry était venu avec nous. M. Amelote, homme pieux ct savant, me dirigea dans cette retraite, me donnant à lire et à méditer le XXI° chapitre du Lévitique, et l'Épitre aux Hébreux; et nous vivions dans un grand repos, partageant le temps entre l'oraison, le saint Office, l'étude et la récréation.

« Cette retraite me fut très-utile, et me fit gémir sur la perte de tant de journées. que j'avais si mal employées jusqu'alors ; et elle servit à me faire apercevoir les misérables attaches de mon cœur. Le jour de saint Marc. venant en Saintonge, nous couchâmes à Saint-Jeand'Angély; on nous servit au dessert du fromage et plusieurs assiettes de confitures, n'y ayant point de fruits en cette saison. Mes trois amis, mortifiés et sobres, se contentèrent d'un peu de fromage: moi au contraire. accoutumé à donner à mes sens tout ce qu'ils demandaient, je ne mangeai que des confitures, les sollicitant d'en faire de même; mais ils n'y touchèrent point. Nous étant couchés, les prières de ces trois serviteurs de Dreu, que j'avais scandalisés, obtinrent de la miséricorde divineque cette nuit même mes yeux furent ouverts ; et que, reconnaissant alors ma gourmandise passée, je commençai à la détester, et fis résolution de mépriser, à l'avenir, ce qui flatterait mes sens. J'observe ceci, pour faire voir l'avantage de l'exemple des personnes mortifiées (1). »

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