‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de Saint-Sulpice [microforme]Chapitre 307 sur 332 · DISPOSER À ENTRER DANS LA CHARGE CURIALE · texte numérisé non relu

DISPOSER À ENTRER DANS LA CHARGE CURIALE

(1) Wim. au.

de MH, Olier,iu, P. 401, 408,

2) Rem. hist., , p.60,51,82,

1° Jour.

Con:idéra-

NOTE 7, p. 455. — « Le quatre du mois d'août, fète de tion sur lezèle » saint Dominique, mon Directeur me donna pour sujet de de: âmes.

de M. Olier,t.u, p. 461,462,463.

\2) Ibid. t. u, p. 341, 166.

ma méditation, l'importance de secourir les âmes. et le » zèle que je devais avoir pour leur salut, conformément à » l'exemple que le Fils de Dieu a laissé à tous les pasteurs » de son Eglise. Entrant donc en oraison, j'ai vu que ce » grand amour de Notre-Scigwneur pour les âmes, procédait » de celui qu'il portait à son Père, Que la gloire de son Père, est son grand cet unique désir, et que voyant des » âmes qui pourraient le glorifier éternellement, il les a aimées par ce motif, il est sorti si volontiers du sein » de son Père, il a quitté sa propre gloire, et s'est avili » jusqu'au point de converser avec les hommes, sans dé- » daigner de partager leur pauvreté. Que, pour les rendre capables d'honoreret de glorifier Dieu son Père, il a en- » duré tant de travaux, tant de veilles, tant de souffrances, » et enfin la mort ignominieuse de la croix. Quecette mort devant introduire dans le ciel une multitude d'âmes qui rendraient à Div une gloire immrrtelle, il eùt donné » cent mille vies, et eût souffert cent mille morts. Bien » plus; que, sa mort ne lui paraissant rien en comparaison de cette gloire, il ne trouvait ni assez de peines ni assez de » tourments pour satisfaire au désir immense qu'il éprou- » vait de la procurer.

» Pendant que j'étais occupé de ces pensées, il a plu à la » bonté de Jésus, mon unique Maître, de me communiquer » quelque chose de ses sentiments; en sorte que je sentais » mon cœur tout en feu, et que j'éprouvais des désirs tout » enflammés de donner mille vies à mon Dieu, et cent mille » millions de vies, si je le pouvais, pour lui procurer quel- » que gloire, Cette communication, qui m'a été faite toutà-coup. a duré environ tout 1e temps de mon oraison: je » n'ai rien vu. dans la vie et la mort de mon Maître, que je » n'aic désiré d'imiter de point en point, et que je n'aie ré- » solu de prat'quer avec l'approbation de mon Directeur (1). » Mon Sauveur n'avait pas seulement le désir de mourir » mille fois pour son Eglise; il voulait encore se donner » à elle en nourriture, ce qu'il accomplit tous les jours au » très-saint Sacrement, C'est aussi le sentiment que sa bonté » m'a faitéprouver. Si je n'ai pas le bonheur de répandre » mon sang pour l'Eglise, au moins je serai comme son » hostie vivante, qui servira pour la nourrir: jene dois rien »avoir qui ne soit à clle, surtout mon bien, qui servira à » la nourriture des pauvres de cctie grande paroisse (9). Je » désirerais en outre, après avoir passé le jour dans le tra- » vail, de passer encore les nuits en prières devant le très- » saint Sacrement. Je conjure mon Directeur de m'accorder » cette faveur, après laquelle je soupire depuis si longtemps; » au moins de ne pas me la refuser quelquefois. Je désire » d’imiter en cela la religion de mon bon Maître envers son

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» Père, et d'être comme les lampes dont j'ai si souvent » envié le sort, afin de consumer ma vie pour la gloire de » Dieu et de Jésus-Curisr son Fils (1),

» Ce matin, me préparant pour dire la sainte Messe, je » sentais dans mon cœur un désir ardent d'être en autant » d'endroits qu'il y a d'hosties dans le monde, afin de glori- » fier Dieu partout: ce qui est encore une disposition de mon » Jésus, Hostie de Dieu, Comme j'allais célébrer la sainte » messe en l'honneur du grand saint Dominique, répandu » partout dans son Ordre, et comme multiplié, depuis tant » de siècles, autant de fois qu'il y a de bons religieux dans » sa famille, qui est un vase de feu brülant et consumant les » hérésies, et rallumant la tiédeur des chrétiens: je deman- » dais à Dreu qu'il lui plüt donner à toutes les cures, et à tous » les endroits où repose notre Maitre des pasteurs excellents » qui veillassent à honorer et à conserver ce divin et ado- » rable trésor, et qui sussent le dispenser d'une manière » digne de sa sainteté infinie. Seigneur Jésus, vrai pasteur de » l'Eglise universelle, apportez un prompt remède à ses » besoins: suscitez quelques personnes qui renouvellent » l'ordredivin de saint Pierre. celui des pasteurs, avec autant » d'amour et de zèle que saint Dominique a établi le sien » dans votre Eglise, Embrasez du feu de votre amour et de » votre religion des hommes qui le portent ensuite et 1e répandent par tout le monde. Si je n'étais si misérable, si » superbe; si je n'étais le cloaque de toute ordure et de » toute infection, que je me présentecrais volontiers à vous, » pour servir à tout ce qui vous plairait dans votre Eglise: » que je m'offrirais de bon cœur et m'abandonnerais, comme » je le fais dès à présent, comme un vase perdu pour devenir » tout ce qu'il vous piuirait! Je suis à vous sans réserve, » Je suis votre esclave, d mon Jésus! Je vous ai voué une » entière servitude, c'est irrévocablement que je l'ai fait; je » me livre maintenant tout de nouveau et pour jamais, sans » me réserver aucun droit de pouvoir révoquer le don que je » fais de moi-même, Vous disposcrez de moi selon votre bon » plaisir, comme un-maître ct un scigneur absolu dispose » d'un serviteur et d'un esclave. Je ne puis rien, Seigneur: » vous seul, comme tout-puissant, pouvez produire quelque » chose de ma misère (2,

» Le second jour de ma retraite, j'eus pour sujet de ma » méditation cette verité: Il faut être un Jésus-Curist en » terre. Notre-Scigneur m'a montré que je devais faire du » fruit dans les âmes par l'exemple: qu'ilne fallait pas les » gouverner en commandant; mais en touchant leurs cœurs » par toutes les vertus apostoliques, et surtout par la dou- » ceur ct l'humilité; que je devais étre le plus humble de » toute la paroisse, en étant le plus grand pécheur; étant

(1) Mém. aut.

de M, Olier,t.u, pb. 463,

(2) Ibid. t.n, p. 464, 465.

2° Jour de la retraite.

Un pasteur doit être un JÉSUS-CHRIST en terre.

» d'ailleurs charæmé des péchés sans nombre de tout Île » peuple, Ce bon Maitre me disp hier, dans la lecture du souper, à cette derni pensie dont je parle: appliquant mon esprit au commandement que Dieu fit à saint Pierre, pasteur universel de l'Eglise, de manger toutes » les bètes venimeuses qui étaient dins le linceul mysté- » ricux, Il apprit de là que, participant aux péchés de toute

l'Eglise, il devait en faire pénitence pour elle, et en

pleurer les péchés comme les siens propres, en qualité » de son époux, puisque l'époux entre en communauté des

d ttes, comme les comm lités et des biens, \ussi cst-il

remarqué que ce saint Apôtre pleurait incessamment, nonseulement pour son propre péché, mais encore pour Îles péchés de son épouse lont il voulait obtenir Ie pardon, ct à laquelle il donnait l'exemple de la pénitence, afin qu'elle l'inität en pleurunt ell éme ses propres péchés:

» l'épouse, lorsqu'elle est légitime, entre toujours dans ics sentiment n chou

» J'ai encore appris que Notre-Scigneur, sc voyant chargé

des péchés de tout le monde, avait refusé de prendre des

‘crc, ct navait pas rsations de sa sainte Mére ne pouvaient le distraire de cette continuelle aîMiction, Il marchait sans cesse comme accablé par le poids

mème ri; au point que les con

des torrents impétueux de nos crimes qui l'environnaient de toutes parts, pleurait continuell it dans son cœur,

faisait pénitence pour ses peuples, et demandait perpétucllement pardon pour eux dans ses oraisons, Car quoi-

u'il cût d'autres sentiments, par exemple, d'amour et de

louange pour son Pères qu'il füt rempli de reconnais- | sance pour les biens accordés aux hommes, il ne quittait H nourtant jamais da vue de nos péchés: ce qui le tenait à toujours plongé dans Faffiction. \l'entretenant de ces pen- F,

ses, il a plu à la bonté de mon Maitre de me communiquer cette disposition intérieure, et Je MER SUIS VU tout revètu, ressentant non-seuleiment la tristesse, mais encore l'humilité dans laquelle je dois vivre, ct les bas senti- » ments qui doivent l'accompasners enlin, il m'a paru que je devais étre dans la disposition de souflrir avec grande Ki, Him. aul. à UT TA A pe . Le :

de M. Olier, Lu, ? douceur tous lès mauvais traitements quon pourrait Jap.407,468,469. mais exercer sur moi (1). | 3° Jour de la” € troisième jour de ma retraite, continuant ma médiretraite. » tation sur l'imitation de Notre-S jæneur., dontic dois être Modestie ec-: une représentation aux yeux des fidèles, j'ai vu que je clésiastique. » devais imiter sa modestie : or cette modestie a pour principe le respect dü à Dinu, et procède du Saint-Esprit, qui, » lorsqu'il possède le corps ausst bien que l'âme, le com- » pose ct le recueille parfaitement, donnant ainsi de la piété

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» à tous les spectateurs, et jetant autant de traits d'amour » de Dieu, qu'il y a de cœurs susceptibles d'éprouver les » mouvements de la charité, Elle ne doit point ctre mon- » daine, ni l'effet de la propre complaisance: c'est la mo- » destie affectée du vieil homme : il faut, au contraire, que » ce soit une vertu du nouveau, une composition extéricure, » naissant de celle mème de Jésus-Crrisr, qui, habitant en nous, la répand sur nos membres, et rèwle notre extérieur » sur le sien, dans la démarche, la manière de parler, de » prendre nos repas, et dans tout le reste; c'est là ce qu'on » appelle modestie chrétienne, Son excellence parait dans » les effets puissants qu'elle produit, comme de gagner les » cœurs, de les porter à Dieu: en un mot, tous ces effets » admirables dont parle saint Paul, lorsqu'il eonjure Île » peuple par la modestie de Notre-Scignçeur, si puissante » sur les esprits (1).

» Aujourd'hui j'ai appris que, dans le mystère de la Trans- » figuration que nous célébrions hier, Notre-Scisneur avait » parlé de sa croix, pour montrer qu'il était venu princi- » palement pour la précher aux hommes, et que, de plus, » comme un Maitre excellent, il était venu nous en ensei- » gner la pratique. C'est pourquoi il est écrit dans l'Evangile du jour de la Transfiguration : Loquebatur excessum, voilà y l'enseignement de la croix: quem completurus crat in Je- » rusalem, voilà la confirmation de l'enseignement par » l'exemple, Dès hier,je voyais, pendant mon oraison, Notre- > Scigneur foulé aux pieds, frappé, jeté à terre par les Juifs, ») ct je me voyais moi-méme dans cet état, traité de la > méme sorte par lé monde. En même temps, je contemplais » les dispositions intérieures de Notre-Scigneur, pendant » qu'ilendurait toutes ces afflictions ctecs souffrances, C'était » une douceur ét un patience extrémes, disant en soi-même qu'il méritait bien d'être traité de la sorte, puisqu'il s'é- » tait chargé des péchés de tous: je voyais qu'il s'était » chargé non-seulement des péchés que Iles hommes ont » commis contre Dieu, mais de tous ceux dont ils se sont » rendus coupables envers le prochain, comme le larcin, la » trahison, les infidélités que les larrons, les domestiques, ct les sujets peuvent exercer contre Ies hommes, les maîtres ct Îles rois, Or, comme un voleur, un domestique infidèle, surpris en flagrant délit, est maltraité et chargé d'affronts et d'ignominies, j'apprenais que Notre-Sci- » gneur, S'étant chargé de toutes ces sortes de péchés, » voulait en porter la peine ct le juste chätiment, avec au- » tant de douceur que de patience: qu'ainsi je devais me résoudre à porter moi-même toutes sortes d'ignominies ct » d'affronts, puisque je voulais me charger des péchés de > tous les peuples de l'Eglise, et m'abandonner., comme vic-

(D Mim, aut, de MOûer,t.n,

4 Jour de la retraite, Amour des

soufirances,

(1) Mém. aut.

de M.Olier,t.u, p. 477,418.

(2) Mém. aut.

de M.Olier, t.u, p.471,418,4179.

(3) Ibid. {.u, p. 486.

» time, entre les bras de la justice de Dieu, pour recevoir

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sur moi les châtiments qu'il voudrait exercer sur ces peuples (1).

» Je ne puis taire l'amour que Notre-Seigneur m'a donné pour sa croix pendant mon oraison, et la grande joie qu'il m'a fait éprouver en m'assurant que, dans la cure de Saint-Sulpice où je vais entrer, j'en aurais un grand nombre. Cette assurante me transportait tout hors de moi, et m'obligeait de m'offrir à son amour avec des élans et des paroles semblables aux sentiments de saint André: O bona Crux, diu desiderata! Pour me confirmer dans la promesse de cette grâce, ila plu à Div me remettre dans l'esprit la vue d'une croix qu'il m'avait montrée déjà. et que je porterai quand il lui plaira de la mettre sur mes épaules. Je crois qu'elle s'approche, d'après ce que j'entends dire d'un certain hômime fort irrité contre moi, cet qui menace de faire imprimer contre nous des libelles, dont il semble que notre Directeur ait eu déjà quelque connaissance anticipée. Ce matin, lorsque j'étais dans la ferveur de l'oraison, ét que je méditais sur l'abandon aux

» croix €t aux souffrances, on est venu m'apprendre que M.

le curé de Saint-Sulpice avait révoqué sa parole touchant le traité de sa cure: alors, sans éprouver aucun sentiment

» de déplaisir, j'ai dit à eclui qui m'apportait cette nou-

velle : Elle vient à la bonne heure, Dieu soit béni de tout. La bonté de mon Maitre prend ainsi plaisir à me mettre

» dans les dispositions Iles plus convenables pour recevoir

ce qui doit m'arriver de fâcheux le jour même. Mais cette

» nouvelle était fausse (2).

» Hélas! Scigneur, maintenant que je me vois chargé des péchés de tout ce peuple, qu'on dit être le plus dépravé du monde, si vous me fuisiez cette miséricorde de me

» donner les sentiments d'humilité, de confusion et d'anc-

» antissement que je devrais avoir à cause de cette charge.

Ô mon Sauveur, je vous imitcrais en ce point. Hélas! n'est-ce pas une grande honte à moi, que de tenir votre place dans l'Eglise, et de n'avoir rien qui vous représente

> et retrace vos vertus (5)? Le vendredi, 6 août, le matin

dans mon oraison, j'ai vu si distinctement mon néant, et j'en ai été tellement convaineu, que je disais à mon Maitre que si je n'espérais pas qu'il tint ma place dans la charge qu'on me présente, je m'enfuirais au bout du monde plutôt que de l'accepter; n'ayant en moi que le néant, laveuglement, l'ignorance, l'impuissance, et une entière incapacité pour le servir. [l m'a semblé que Notre-Seigneur me

» donne une grande horreur de l'honneur; je lui ai demandé

de bon cœur la mort plutôt que l'honneur, que je ne puis accepter en aucune manière: car mon Scigneur à vécu ct

recevoir sur ces

:\ donné ie qu'il cure de 1 grand Lors de :s élans André:

dans la re dans éjà, et sur mes ue j'ennoi, et libelles.

quelque duns la 1on aux que M.

ouchant ntiment [e noude tout.

: mettre "CCEVOIr is cette

reé des dépravé > de me t d'anécharge.

Hélas !

ir votre )résente e matin sant , et 1 Maître | charge ide plu- , l'aveuincapaleur me emandé ne puis vécu Ci

» ment, Sur ma future qualité de curé

» église, plusieurs grands lits de > apporter les malades pour y passer Ja nuit. Ils

est mort dans la confusion et dans le mépris. D'ailleu., tout mon désir étant de procurer la gloire de mon Maître, je ne puis éprouver de plus vive douleur que de recevoir de l'honneur, puisque c'est un bien qui n'appartient qu'à mon Dieu, Hélas! mon Dieu! pour vous soit tout honneur ct toute gloire, et pour moi toute confusion. Si je pouvais vous dérober la honte que vous souffrez, et v rendre tout l'honneur qu'on vous dérobe, faites-vous donc honorer par que vous voulez

aus je serais satisfait; ma propre confusion, puisvous servir de moi pour votre grande gloire, et que vous désirez la fonder sur mon ancantisse- , Maintenant en ignominie avec le reste des fonctions curiales, entin sur les mépris qui me sont toujours promis dans cette condition (1),

» Je ne m'étonne point de l'amour qu'on doit l'Eglise, et pour la moindre partie de cet auguste corps.

l'Eglise ?

avoir pour créature en tant qu'elle est Quoi de plus admirable que Je ne comprends pas comment on ne meurt point d'amour pour les fidèles . puisqu'ils doivent composer un jour, chacun comme partie, l'Eglise triomphante, qui louera la grandeur de Dr éternellement. Lorsque j'étais plein de ces pensées, on m'a présenté un enfant pour l'assister par quelque aumône : je ne sais ce que je n'eusse pas fait pour lui, le considérant comme un membre de cette Eglise #dmirable et divine, ce fait. ee trône si riche de la Majesté ador bonté! que ne ferons-nous pas pour je voudrais répandre mon sang

royaume si parable de Dieu, O elle! Que volontiers pour son amour, et même,

S'il était à moi, celui de toutes les créatures (2)! »

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