PÉLERINAGE À CHARTRES
Il rapporte lui-même que ces rencontres semblaient souvent être ménagées par une disposition particulière de la Providence, tant pour le soulagement spirituel et corporel de ces malheureux auxquels il faisait toujours l'aumône, que pour sa propre édification. Un jour, il vit venir à lui trois pauvres les uns après les autres, et sous lesquels sa foi vive et ardente lui montrait Jésus, Marie et Joseph. « Le premier qui passa, dit-il, ce fut un bon vieil- » lard, l'autre une bonne femme, et le troisième »un jeune homme. Je les interrogeais de leur » croyance , à quoi ils me répondaïient fort bien ; le » dernier surtout, qui me représentait JÉsus- » CHRisT, me toucha beaucoup : c'était un jeune » homme qui avait un côté du corps tout brûlé, le » bras tout retiré, tout perdu et même écorché. Je » lui demandai entre autres choses d'où lui était » venu cet accident ; il me répondit que pour avoir » voulu sauver ses enfants du feu, il s'était ainsi » brûlé le corps. Il ne pouvait répondre plus juste- » ment à ma pensée; ce rapprochement entre lui et » mon Sauveur couvert de plaies pour avoir voulu » sauver ses enfants me toucha vivement. Hé! Dreu » vous bénisse, lui disais-je à chacune de ses ré- » ponses. Après que je l’eus consolé et que je lui » eus souhaité la bénédiction de Dieu, il s’en alla
» content ; je le fus aussi beaucoup moi-même, de 4
(1) Mém. aut.
M.Olier,t.n,
» ce qu'il m'avait permis de lui baiser sa plaie (1). » p: 156, 157.
Un autre sujet de joie pour M. Olier, fut que ce
pauvre malheureux lui dit qu'il était de Notre- A Chartres, Dame de Chartres, circonstance qui augmenta sa M. Olier est tendresse et sa générosité pour lui. Il fut ravi de délivré de peitémoigner à la très-sainte Vierge, dans la personne nes intérieude ce pauvre, la reconnaissance qu'il conservait r6$:
pour les grâces dont elle venait de le combler tout récemment dans cette célèbre église. Après son retour de Rome, Dieu avait voulu l'éprouver non plus seulement par ceux de ses amis et de ses proches qui censuraient sa conduite, mais par lui-
Qi même. M. Olier s'approchait déjà tous les jours de la Sainte Table, et même du tribunal de la pénitence, afin d'éviter jusqu'aux plus légères imperfections ; lorsque Dieu, pour le purifier davan- Il tage encore, permit qu'il fût assiégé de peines intérieures les plus accablantes. « Je me souviens, » dit-il lui-même, qu'au commencement que je fis » profession de servir notre bon Maître et sa trèsl » sainte Mère, j'éprouvai des scrupules si grands, a » que je me confessais trois fois chaque matin, » jusqu'à aller interrompre à l'autel le chapelain | » de notre chapelle pour qu'il me donnât l'abso- LU » lution. » C'était le père Dufour, chapelain de la | paroisse Saint-Paul, et qui avait été aumônier de fl (1) Hém. aut. saint François de Sales (1). En vain, pour calmer | ll de FAUNE les peines de M. Olier, cet ecclésiastique employa- EE DO tions autogra-t-il tous les secours qu'offre la foi aux justes | phes, p.207. éprouvés; quelque soumission qu'il trouvât en lui, |
M VUE il ne put réussir à lui rendre le calme. Il fallait
lp que la main qui avait envoyé le mal en procurât
EEE elle-mème le remède. Dieu inspira donc à M. Olier
| LL TU de recourir à la source où il avait trouvé sa gué-
| {| rison dans son voyage d'Italie; et, pour le con-
| firmer dans la persuasion où il était, que tou-
fall DT tes les grâces qu'il devait recevoir lui seraient
| RE données par les mains de la très-sainte Vierge, il
| *NOTE 1, p. 80. lui inspira la pensée de faire un pèlerinage à Notre-
(2) L'Année Do- Dame de Chartres, en grande vénération dans tout
minicaine, elc. Je royaume depuis un temps immémorial*. M.
M UE Olier s'y rendit de Paris à pied, au milieu de l'hi-
| 455. — Mémoi- ver, mais avec une dévotion si ardente et un tel
FAR Vas succès, qu’au moment même oùilarriva dans l'é-
ll 121. — Vie Hs. glise cathédrale, et avant d'avoir visité la cha-
| dd Cure pelle souterraine, où la Mère de Dieu était alors
liers, t. 1, pag. Spécialement honorée, il se trouva entièrement 47 et 54. délivré de toutes ses peines (2).