NAISSANCE ET FAMILLE DE MAHOMET. SOH ENPAVCE
Mahomet , le grand fondateur de la foi d'Islam, naquit à la Mecque dans le mois d'avril de l'année 569 de l'ère chrétienne. Il était de la vaillante et illustre tribu de Koreisch , laquelle se composait de deux branches descendues de deux frères, Haschem et Abd-Schems. — Haschem , le bisaïeul de Mahomet, avait rendu de grands services à la Mecque. Cette ville est située au milieu d'une plaine stérile et pierreuse , et était dans les premiers temps souvent exposée à la disette. Au commencement du vi« siècle , Haschem établit deux caravanes annuelles , l'une en hiver pour l'Arabie méridionnale ou Yémen , l'autre en été pour la Syrie. Par ce moyen , on apportait à la Mecque des provisions et une grande variété de marchandises. La ville devint bientôt un grand marché commercial , et la tribu de Koreisch qui prenait une large part à ces expéditions , y acquit la richesse et la puissance. Haschem était, à cette époque , gardien de la Caaba , le grand tabernacle du culte et des pèlerinages arabes , dont la garde
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n'était confiée qu'aux tribus et aux familles les plus honorables, absolument comme autrefois le temple de Jérusalem ne l'était qu'aux soins des lévites. En effet , la garde de la Caaba* conférait des dignités et des privilèges civils, et le droit, pour le titulaire, d'inspection sur toute la ville sacrée.
A la mort de Haschem , son fils Abd-Al-Motâlleb lui succéda dans ses honneurs et hérita de son patriotisme. Il délivra la ville sg^inte d'une armée d'invasion , composée de troupes et d'éléphants , envoyée par les princes chrétiens d'Abyssinie, qui étaient alors maîtres de l'Yémen. Ces services signalés rendus par le père ^ le fils confu*mèrent la garde de la Caâba à la ligne de Haschem , au grand mécontentement de l'envieuse ligne d'Abd-Schems.
Ab-Al-Motâileb eut plusieurs enfants. Ceux de ses fils qui figurent dsms l'histoire forent : Abou-Taleb , Aboii- Lahab, Abbas , Hamza et Abdallah. Le dénier nommé était le plus jeune et le préféré. Il épousa Amina, d'une branche éloignée de cette même famille illustre de Koreisch. Si remarquable était Abdallah pour sa beauté et ces qualités qui c^tivent l'affection des femmes, que , si l'on peut ajouter foi aux traditions musulmanes, la nuit de son mariage avec Amina , deux cents vierges de la tribu de Koreisch moururent de désespoir.
Mahomet fut le seul fruit de cette union tristement célèbre.. Sa naissance, suivant des traditions pareilles à celles que nous venons de citer , fut accompagnée de signes et de prodiges annonçant un enfant du miracle. Sa mère ne souffrit aucune des douleurs d'en-
faritement. Au moment où il vint au monde, une lumière céleste éclaira le pays environnant , et le nouveauné, levant les yeux vers, le ciel , s'écria : « Dieu est grand ! Il n*y a pas d'autre Dieu que Dieu , et je suis son prophète. »
Le ciel et la terre furent agités par cet avent. Le lac Sâa recula vers ses sources secrètes , laissant ses rives à sec ; pendant que le Tigre , rompant ses digues , inonda les terres voisines. Le palais de Chosroës, roi de Perse, fut ébi^anlé jusque dans ses fondements , et plusieurs de ses tours furent renversées. Dans cette nuit mémorable, le Cadi, ou juge de Perse, vit, dans un rêve, un chameau féroce, vaincu par un coursier arabe. Il conta son rêve, dans la matinée, au monarque Persan et l'interpréta dans ce^ sens , qu'il présageait un grand danger du côté de l'Arabie.
Dans cette même nuit, si pleinç d'événements, le feu sacré de ' Zoroastre , qui , gardé par les Mages , brûlait sans interruption depuis plus de mille ans , s'éteignit soudain , et toutes les idoles du monde tombèrent à terre. Les démons ou .mauvais génies du Zodiaque , et exerçant une influence maligne sur les enfants des hommes , furent expulsés par les purs anges , et précipités avec leur chef Ebhs , ou Lucifer, dans leé profondeurs de la mer.
Les parents du nouve£^u-né , disent les mêmes autorités , étaient frappés d'épouvante et d'admiration. Le frère de sa mère qui était astrologue , tira son horoscope et prédit qu'il s'élèverait à un immense pouvoir , qu'il fonderait un empire et établirait une
foi nouvelle parmi les hommes. Son grand-père, Abd-Al-Matàlleb , donna une fête aux principaux Roreischitites , le septième jour après sa naissance, leur présenta cet enfant comme la gloire future de leur race , et lui donna le nom de Mahomet (ou Muahamed) pour indiquer ses hautes destinées.
Tels sont les merveilleux récits que les écrivains musulmans nous font de la naissance de Mahomet, et nous n'avons guère que de semblables fables sur ses premières années. Il était à peine âgé de deux mois quand son père mourut , ne lui laissant en héritage que cinq chameaux , quelques moutons et une esclave éthiopienne , nommée Barakat. Sa mère Âmina l'avait nourri jusque-là , mais les travaux et les chagrins lui desséchèrent les seins , et l'air de la Mecque étant mauvais pour les enfants, elle lui chercha une nourrice parmi les femmes des tribus bédouines du voisinage. Celles-ci avaient l'habitude de venir à la Mecque deux fois par an, au printemps et en automne, pour allaiter les enfants des habitants; mais elles recherchaient ceux des riches auprès desquels elles étaient sûres d'une ample récompense, et se détournaient avec mépris de cet héritier de la pauvreté. Enfin Halêma , femme d'un berger Saadite , fut touchée de compassion et emporta chez elle le petit malheiu^eux. C'était dans une des vallées pastorales des montagnes. *
1 . Les Béni Sad (ou fils de Sad) datent de Tantiquîté la plus reculée , et sont , avec les Arabes Katan , les seuls restes des tribus primitives d'Arabie. Leur vallée est située dans les montagnes qui courent vers le Sud , à partir de Tayef. — Burckhardt^ ou the Bédouins, vol. 2, p. 47.
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Nombreuses étaient les merveilles racontées par Halêma sur son nourrisson. Pendant la route, la mule qui le portait devint miraculeusement douée de parole , et proclamait à haute voix qu'elle portait le plus grand des prophètes, le chef ^des ambassadeurs , le favori du Tout-Puissant. Les moutons s'inclinaient vers lui quand il passait ; et quand il était étendu dans son berceau et regardait la lune, elle s'abaissait vers lui en signe de vénération.
La bénédiction du ciel, disent les écrivains arabes , récompensa la charité d'Halêma. Tout le temps que l'enfant resta sous son toit, tout autour d'elle prospéra. Les puits et les fontaines ne tarirent jamais, les pacages furent toujours verts ; ses troupeaux décuplèrent ; une merveilleuse abondance régna dans ses champs et la paix dans sa maison.
Les légendes arabes exaltent de même les qualités surnaturelles , physiques et morales , manifestées par cet étonnant enfant dès l'âge le plus tendre. A trois mois il pouvait se tenir debout tout seul ; à sept, courir hors de la maison; et à dix se joindre aux autres dans leurs jeux, à l'arc et aux flèches. A huit mois il parlait assez pour se faire comprendre; le mois suivant il causait couramment, déployant une sagesse qui étonnait tous ceux qui l'entendaient.
A l'âge de trois ans, étant à jouer dans les champs avec son frère de lait, Masroud, deux anges en brillant costume lui apparurent. Ils étendirent doucement Mahomet sur le sol , et Gabriel , un des anges , lui ouvrit la poitrine, mais sans lui faire le moindre niai. Alors lui enlevant le cœur, il le nettoya de toute
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impureté , exprimant ces gouttes noires et amères du péché originel ,' héritage de notre premier père Adam , et qui sont cachées dans le cœur des meilleurs de ses descendants, les incitant au crime. Quand il Teut complètement purifié, il le remplit de foi, de science et de lumière prophétique, et le replaça dans le sein de l'enfant. Alors, continuent toujours les mêmes autorités , commença à émaner de son visage cette mystérieuse lumière transmise depuis Adam , à travers la série des prophètes , jusqu'au t^mps dlsaac et d'Ismaël , mais qui était restée latente dans les descendants de ce dernier , jusqu'à ce qu'elle jetât un nouvel éclat en s'échappant des traits de Mahomet.
Au moment de cette Visitation surnaturelle , ajoute-ton, fut imprimé entre les épaules de l'enfant, le sceau de prophétie qui fut considéré pendant sa vie comme le signe de sa divine mission ; quoique les mécréants n'y vissent qu'un môle de la grosseur d'un œuf de pigeon.
Quand la merveilleuse Visitation de l'ange fut rapportée à Halêma et à son mari, ils furent alarmés, craignant que quelque malheur ne menaçât 'enfant, ou que ses visiteurs surnaturels ne fussent {de la race des malins esprits ou génies qui hantent les solitudes du désert et font du mail aux enfants des hommes. Sa nourrice Saadite le ramena donc à la Mecque et le remit entre les mains de sa mère Amina.
Il resta avec elle jusqu'à sa sixième année. Elle le conduisit alors à Médine pour faire une visite à ses parents de la tribu d'Adji , mais elle mourut en route et fut enterrée ^ Aboua, village situé entre Médine et la
Mecque. Son tombeau , comme on le verra , fut , pour son fils, un but de pieux pèlerinage et de tendre souvenir, dans la dernière période de sa vie.
La fidèle esclave abyssynienne , Barakat , tint alors lieu de mère au jeune orphelin et le conduisit à son grand-père Abd-Al-Motâlleb , dans la, maison de qui il resta pendant deux ans , traité avec soin et tendresse. Abd-Al-Motâlleb était alors bien cassé par rage , ayant dépassé le terme ordinaire de l'existence humaine. Voyant sa fin approcher , il fit appeler son fils aîné, Abou-Taleb, et recommanda Mahomet H sa protection spéciale. Le bon Abou-Taleb prit son neveu sur son sein , et toujours depuis fut pour lui un autre père. Celui-ci ayant succédé à Abd-Al- Motâlleb dans la garde de la Caaba , Mahomet passa plusieurs années dans une espèce de ménage sacerdotal, où- les rites et les cérémonies de la maison sacrée étaient rigidement observés. Et maintenant nous jugeons nécessaire de nous étendre sur la prétendue origine de la Caaba, sur les rites , les traditions et les superstitions qui s'y rattachaient et qui sont si intimement mêlés à la foi d'Islam et à l'histoire de son fondateur.
TlUniTIOSS COXCERNAST LA «ECQDE ET lA CAABA.
Quand Adam et Eve furent chassés du paradis terrestre, disent les traditions arabes, ils tombèrent en différents lieux de la terre : Adam sur une montagne de l'ile de Serendib ou Ceylan ; Eve en Arabie , sur les bords de la mer Rouge , là où est maintenant situé le port de Djeddah. Pendant deux cents ans ils errèrent sur la terre jusqu'à ce que , en considération de leur repentir et de leur misère , Dieu leur permit de se rencontrer de nouveau sur le mont A'ared ou Hérat, non loin de la présente ville de la Mecque. Au plus fort de son chagrin et de son repentir, Adam, dit-on, leva les mains et les yeux vers le ciel , et implora la clémence de Dieu ; le suppliant de lui accorder un temple pareil à celui où il adorait, quand il était en Paradis, et autour duquel les anges faisaieht leurs processions.
La supplication d'Adam eut son effet. Un tabernacle ou temple formé de nuages radieux fut descendu par la main des anges, et placé immédiate-
ment au-dessous de son prototype dans le Paradis céleste. C'était vers ce monument descendu du ciel qu'Adam depuis lors se tournait pour prier ; il en faisait journellement sept fois le tour en imitant des rites d'adoration des anges.
A la mort d'Adam , disent les mêmes traditions, le tabernacle de nuages se dissipa , ou fut de nouveau enlevé au ciel; mais un autre de même forme fut bâti au même lieu , de pierre et d'argile par Seth , fils d'Adam. Celui-là fut balayé par le déluge. Plusieurs générations après, au temps des patriarches , quand Agar et son fils Ismaël étaient sur le point de périr de soif dans le désert , un ange leur révéla une source ou un puits près de l'ancien emplacement du tabernacle. C'était le puits de Zem-Zem, regardé comme sacré par la postérité d'Ismaël jusqu'à nos jours. Peu après, deux individus de la race gigantesque des Amalécites , en quête d'un chameau qui s'était écarté de leur camp , découvrirent le puits , et ayant apaisé leur soif, y amenèrent leurs compagnons. Là ils fondèrent la ville de la Mecque, prenant Ismaël et sa mère sous leur protection. Ils furent bientôt chassés par les habitants du pays , parmi lesquels Ismaël resta. Quand il eut atteint l'âge viril , il épousa la fille du prince régnant, dont il eut une nombreuse progéniture , les ancêtres du peuple arabe. Plus tard et par l'ordre de Dieii, il entreprit de rebâtir la Caaba sur le lieu inême où avait été le tabernacle de nuages. Il fut aidé dans cette œuvre pieuse par son père Abraham. Une pierre miraculeuse servait à Abraham d'échafaud , s'élevant ou s'abaissant avec lui pendant qu'il cons-
truisait les murs de F édifice sacré. Elle est encore là , inestimable relique , et l'empreinte du pied du patriarche y peut être vue clairement par tous les vrais croyants.
Pendant qu'Abraham et Ismaël étaient ainsi occupés , range Gabriel leur apporta ui^e pierre , à propos de laquelle les récits traditionnels ne concordent pas parfaitement ; d'après quelques-uns ce serait Tune des pierres précieuses du Paradis, qui tomba sur la terre avec Adam , et fut ensuite perdue dans la vase du déluge, jusqu'à ce qu'elle fût retrouvée par l'ange Gabriel. La tradition la plus acceptée est que ce fut originairement l'ange gardien à qui était confié le soin de veiller sur Adam dans le Paradis, mais changé en pierre et chassé avec lui après sa chute, en punition de son manque de vigilance. Cette pierre, Abraham et Ismaël la reçurent avec une révérence convenable, et l'insérèrent dans un angle du mur extérieur de la Caaba, où elle est restée jusqu'à ce jour, dévotement baisée par les croyants toutes les fois qu'ils font le tour du temple. Quand elle fut placée dans le mur, c'était, dit-on, une jacinthe à fleurs simples, mais elle est devenue noire sous les baisers des pécheurs. A la résurrection elle recouvrera sa forme angélique , et témoignera devant Dieu en faveur de ceux qui auront accompli les rites du pèlerinage.
Telles sont les traditions arabes qui firent de la Caaba et du puits de Zem-Zem des objets d'une vénération extraordinaire depuis l'antiquité la plus reçulée parmi les peuples de l'Orient et particulièrement parmi les descendants d'Ismaël. La Mecque qui ren-
ferme ces objets sacrés , fiit une ville sainte bien des siècles avant la naissance du Mahométisme, et était le rendez-vous de pèlerins partis de tous les points de l'Asie. Si universel et si profond était le sentiment religieux , touchant cette pratique, que quatre mois de l'année étaient consacrés aux cérémonies du pèlerinage , et qu'on s'abstenait pendant ce temps de toute violence et de guerre. Les tribus hostiles déposaient leurs armes, enlevaient les pointes à leurs lances, traversaient en toute sécurité des déserts naguère dangereux, envahissaient les portes de la Mecque dans leurs splendides costumes de pèlerins , faisaient sept fois le tour de la Caaba à l'exemple de la milice des anges , touchaient et baisaient la mystérieuse pieire noire , buvaient et faisaienf des ablutions au puits de Zem-Zem en mémoire de leur ancêtre Ismaël , et ayant exécuté tous les autres rites primitifs du pèlerinage , retournaient chez elles en sûreté pour reprendre leurs armes et leurs guerres.
Entre les pratiques religieuses des Arabes dans ces a jours d'ignorance », c'est-à-dire avant la promulgation d es doctrines musulmanes , le jeûne et la prière occupaient la première place. Ils avaient trois principaux jeûnes dans Tannée: un de sept, un de neuf et un de trente jours. Ils priaient trois fois par jour, vers le lever et le coucher du soleil et a midi, tournant leur visage vers la Caaba , qui était leur Kéblah , ou lieu d'adoration. Ils avaient beaucoup de traditions religieuses, dont quelques-unes leur venaient des 'Juifs, et l'on prétend qu'ils entretenaient leurs sentiments de dévotion avec le livre des Psaumes , et avec un
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