‹ Vie de Messire Antoine Éléonore Léon Leclerc de Juigné archevêque de Paris, duc et pair de France, et ancien évêque de ChalonssurMarneChapitre 2 sur 17 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Depuis la mort de M. de Juigné notre intention a toujours été de donner sa Vie, et aussitôt que nous apprîmes que la société d'agriculture, commerce, sciences, arts et belles-lettres du département de la Marne, eut mis au concours (en 1816 et années suivantes) son éloge, comme évêque de Châlons et l'un des fondateurs de l'ancienne Académie, nous nous proposâmes de saisir cette occasion de payer un juste tribut à la mémoire de ce prélat, si universellement regretté.

Mais, péniblement contrarié, soit par des occupations auxquelles nous ne pouvions nous soustraire, soit par une trop longue maladie, soit par le retard

éprouvé dans le recouvrement d un grand nombre d'écrits, de notes, de correspondances, de renseignemens, que, dans tous les temps, nous avons conservés avec un soin scrupuleux, et que nous avions été contraint, par les circonstances, de laisser hors de France, soit enfin parce que nous avons cru devoir ne pas nous contenter d'un simple éloge ou d'une courte notice, nous n'avons pu répondre dès-lors au vœu de l'Académie, auquel personne n'a voit satisfait, et nous acquitter d'une dette sacrée qu'exigeoient l'attachement et la reconnoissance envers un prélat qui, pendant près de trente ans, a daigné nous honorer de son estime et de sa confiance la plus intime.

Aussitôt que nos occupations nous l'ont permis, nous nous y sommes livré avec d'autant plus d'empressement, qu'en cédant au vœu de l'Académie,

nous avons aussi répondu à celui de M me . la marquise de Juigné (i).

Un sujet aussi intéressant auroit de* mandé une plume plus exercée que n'est la nôtre. Il auroit été digne de l'inappréciable traducteur de la Vie des Saints, de Butler. Aussi, en représentant M* de Juigné dans toutes les circonstances de sa longue existence, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, nous avons suivi, à

(i) Quoique la vie de tout homme en place rlHre de droit, au moment de sa mort, dans le domaine de l'historien (le baron de Staël-Holstein), cependant qnelqu'un nous avant dit qu'il croyoit que la famille de Juigné a voit prié une des premières plumes du clergé de France de donner cette Vie (ce que personnellement nous eussions bien désiré pour l'intérêt du sujet), noua fîmes le voyage de Paris, et, par convenance, nous crûmes devoir aller, le 28 avril 1820, chez M m *. la marquise de Juigné, et lui faire part de nos dispositions; elle les approuva, nous dit que personne n'avoit été invité à la donner, et qu'elle serait très-flattée de l'avoir de notre main. Elle nous fit mime engager par un de MM. les grands-vicaires de Paris, de la donner au plus tôt. -

i*ëieinple de l'abbé GodescaTd,îa lïiar^ che historique, comme la plus naturelle -et la plus simple»

Nous ne pouvoirs que regretter dans cette circonstance<de n'avoir ni la plume, jii le génie de ces panégyrist€s éloq^iens> hrillans et fleuris, xlont nous -sommes bien certainement les premieTs admirateurs, <le ces peintres adroits qui savent ei bien grouper £ volonté, fct qui , pour faire valoir leur sujet, ont Fart merveilleux de multiplier les personnages dans leur tableau. Quant à jious, noufc «'avons ^eu que notre héros -chrétien en Vue; pour l'élever, nous n'avons point emprunté; et pour le peindre, nous n'a^ vous cherché qu'à employer sous Tiotre pinceau le ton et les couleurs qui lui ëtoient naturels (î). Enfin,, le flambeau

(i) Qu'il nous soit permis de citer à cette occasion le jugement porté par un des membres les plus distingués

de la vérité a seul guidé notre plume et éclairé nos pas* Nous avons rapporté les faits sans réflexions, mais aussi' noua les avons Représentés sans déguisement;, et si ces faits, rapportés avec la plusgrande simplicité, sont le plus souvent des éloges, on ne pourra pour cela nous, suspecter de flatterie.

Rien de plus commua aujourd'hui que d'outrer les éloges des morts, et d'agrandir leur réputation, fusse même aux dépens de la vérité, et l'on peut dire que la nécrologie n'est souvent que Part de flatter les vivans ; mais nous ne craignons pas d'être taxé d'exagération^ quand, en donnant la Vie de M. de Jui-

de l'Académie, et président de la commission pour examiner l'ouvrage.

Châlons, ce 1 1 mars 1821.

m. J'ai lu., Monsieur et cher Collègue, votre excellent » Ouvrage. Il est dans le ton et avec la vraie couleur, » qui conviennent à un sujet si digne de nos respects et. » de nos applaudissçmens, tout dans votre composition » respire la piété et la dignité que Ton attendoit dans v L'éloge d'un sage et d'un saint ».

gné, nom l'avons représenté comme im prélat d*une vie innocente et sans reproche* comme un sage et un saint qui 3 édifié et embaumé de toutes ses vertus tous les lieux qui l'ont connu, et où sa mémoire est encore en bénédiction. Defunctus adhuc loquitur (i).

Quoi qu'il en soit, nous jouissons déjà de la récompense que tout auteur puisse ambitionner* celle de voir notre travail approuvé (2), puisque cette Vie a été jugée digne d'être a été présentée au Roi, et agréée par Sa Majesté avec bonté et bienveillance, ainsi que par la cour de Rome, où M. de Juigné, comme

(1) Du fond de son tombeau, il nous parle encore. Hebr. ch. //, f, /Ç.

(a) II est de règle que tes ouvrages présentés au Roi soient soumis à une inspection préalable, et cette règle est inviolablement suivie et ne souffre point d'exception. (Lettre de M. le duc d'Aumont, premier gen^ tilhomme de la chambre du Roi, datée des Tuileries h le 24 uuri 1821.)

a bien voulu nous le dire M* r . le notice* étoit en odeur de sainteté; publiée avec éloge par le président de la chambre des députés, qui en a ordonné la mention honorable au procès-verbal et le dépôt à la bibliothèque; enfin, cou ronneé par l'Académie qui l'avoit provoquée, et qui a admis PAuteur au nombre de ses membres associés correspondans, d'après le rapport lait par une commission qu'elle avoit nommée pour l'examiner et la juger. Cette distinction est ho* norable de la part d'un corps , qui, sait apprécier les vertus du respectable et regretté prélat. < *** T

Cependant, et nous ne l'avons pas vu sans intérêt, des libraires de ces villes heureuses qui ont su conserver dans sa primitive pureté la religion de nos pères, nous ont demandé cette Vie, pour la faire imprimer à leurs frais, et être distribuée en prix aux élèves des maisons d'éducation.

Des personnes, surtout celles qui ont connu plus particulièrement nos relations avec M. de Juigné,» nous ont ob- \ servé que cette Vie leur avoit paru trop abrégée; qu'elle laissoit au lecteur intéressé et curieux beaucoup à désirer; qu'un historien fidèle ne de voit négliger rien de ce qui pouvoit, soit directement, soit indirectement, avoir quelque rapport avec son héros ; que, d'après les preuves authentiques que nous possédons r nous Saurions pas dû taire certains faits intéressais, ainsi que les circonstances qui les ont accompagnés; qu'enfin nous aurions pu et dû nous étendre bien davantage.

Nous savons qu'en voulant trop abréger, on néglige quelquefois des développemens utiles et nécessaires. Tout intéresse dans la vie d'un sage et d'un saint, surtout quand les circonstances ou la Providence l'a placé rehaussent l'éclat de ses vertus ; alors il n'est point de dé-

tail de sa vie, soit privée, soit publique, qui n'attache, qui n'instruise, qui n'édifie. Il nous sera facile, et nous nous ferons un devoir de satisfaire et de répondre, par des pièces justificatives, aux objections qui nous ont été proposées, et aux observations inopinées que la première édition de cette Vie a fait naître,, et qui ne servent qu'à prouver de plus en plus Fintéretprécieuxqu'on y attache* Nous te ferons avec d'autant plus d'empressement, que tout doute, s'il n'étoit levé^ruineroit la confiance que doit mériter cet ouvrage; nous le ferons, parce que tout historien doit compte, non-seulement à ses contemporains, mais encore à la postérité. Enfin nous le ferons, parce que ce ne pourra être qu'à la louange, à la gloire et à l'honneur du pontife dont nous célébrons la mémoire. Or, notre but principal en donnant cette Vie, et en répondant au vœu de l'Académie, qui en a provoqué la

publication, a été, non pas de cher une vaine gloire, mais d'honorer à la fois le corps épiscopai et les diocèses de Paris et de Châlons, que M. de Juigné a édifiés par ses vertus, et le clergé qu'il a gouverné avec tant de zèle et de sagesse.

Loin donc de nous affliger des observations et des critiques dont cette Vie a été l'objet* nous nous en félicitons au contraire, parce qu'elles nous fournissent l'occasion d'y répondre, et que c'est par des controverses que souvent l'on com-

semens, et de dire ce que l'on avoit cru devoir taire. D'ailleurs, la cause que nous soutenons est trop belle pour devoir craindre aucun adversaire, et le& armes que nous employons nous répondent d'avance de la victoire.

Quelques-uns de nos lecteurs trouveront peut-être mauvais que nous parlions de nous; mais le sujet nous auto-

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rise, nous force même à nous mettre souvent en scène pour corroborer les preuves. Nous avons grand soin d'ailleurs de mêler à ce qui nous concerne personnellement des faits d*un intérêt général.

La nation angloise avoit pour M. de Juigné Popinion la plus avantageuse et la vénération la plus grande. Elle le lui prouva constamment par une générosité et une munificence particulières.

Nombre de faits se liant naturellement avec la vie de ce prélat, nous nous sommes fait un devoir de payer à cette île hospitalière le tribut d'une juste reconnoissance. Il est d'ailleurs dans l'intérêt de tant de malheureux émigrés de rappeler, de transmettre à la postérité ce que cette nation a fait pour eux. La recon noissance a été imaginée en laveur des malheureux et pour multiplier les bien faits, et elle est si naturel le à l'homme, qu'il n'y a point de vice dont l'on souffre

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plus impatiemment le reproche que le vice d'ingratitude. C'est d'après ces motifs et la position où se trouvent à leur tour les malheureux émigrés espagnols, victimes de leur dévoûment à Dieu et à leur Roi,. que nous nous sommes décidé à donner la Notice qui suivra cette Vie.

Cependant,, et nous devons l'avouer,, nous n'aurons pas le mérite d'avoir été les premiers à rappporter plusieurs faits* Quelques-uns ont été déjà cités dans des feuilles périodiques,, particulièrement dans l'udmi de la Religion et du Roi > qui s'exprime ainsi : « Il seroit à désirer n de voir recueillir cette suite de faits y> intéressans»..

Nous acquittons d'autant plus volontiers cette dette du cœur, que les places et les fonctions que nous avons remplies pendant de longues années, la confiance dont nous avons été honoré, nous ont mis à même d'étudier, de connoître et de juger sainement cette aation in-

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