Tim., IV
4 — Ps. XXII, 1.
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de la vie éternelle et des fontaines sacrées ; il dit prendre
soin des brebis qui lui sont confiées et les protéger contre les loups 1.”
Il doit donc veiller sur son troupeau, lui procurer la nourriture saine et fortifiante de la parole de Dieu, l'abreuver à la source pure des sacrements, et surtout le défendre contre les loups, c’est-à-dire, contre tous les ennemis de la foi et des mœurs.
La vigilance pastorale est une des raisons que l’Apôtre nous indique pour motiver notre obéissance: ‘‘ Obéissez, dit-il, à vos supérieurs, et soyez-leur soumis; car se sont eux qui veillent comme devant rendre compte de vos âmes ?. ”
Or, quel évêque fut jamais plus vigilant que Mgr Ce Laval ? À peine est-il arrivé au Canada, qu’il constate que la première chose à régler, c’est de faire reconnaître par tout le monde son autorité spirituelle. Ilne peut y avoir, en effet, deux bergers pour le même troupeau ; il faut que les brebis reconnaissent la voix de leur pasteur, et n’en écoutent point d’autre 3.
L’archevêque de Rouen et ses a leptes prétendent avoir juridiction sur la Nouvelle-France. Le vicaire apostolique, envoyé ici par le saint-siège, n’épargne rien, ni fatigues, ni voyages, ni luttes sans cesse renaissantes, pour s'opposer à des prétentions qui peuvent compromettre la paix de son
1 — Bréviaire romain, Office de S. Pierre-aux-liens, 1er aoû. 2 — Hébr., XIII, 17.
8 — Jean, X, 27.
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Eglise; et il n’a de repos que lorsque son autorité a été
pleinement reconnue par toutes ses ouailles.
En même temps, il s’occupe de procurer à tout son troupeau la pure et saine doctrine du salut. Il fonde son séminaire, au prix des plus grands sacrifices personnels, afin d’y former pour le Canada des missionnaires instruits et dévoués. Les Missions étrangères, Saint-Sulpice, la Compagnie de Jésus, voilà les trois sources éminemment fécondes où il va puiser pour son troupeau les eaux salutaires de la prédication évangélique ; voilà les quartiers généraux d’où il tire les ouvriers qu’il envoie travailler à sa vigne.
La foi solide et éclairée du peuple canadien, son attachement au saint-siège, son dévouement inaltérable à la Religion et à toutes les bonnes œuvres sont encore le plus éclatant témoignage de la vigilance avec laquelle on lui a enseigné, dès le commencement, les voies du salut.
I1 y a deux dangers, surtout, que redoute Mgr de Laval pour l’avenir de son Eglise, dès les premiers jours qu’il se trouve en contact avec les Canadiens : la désunion ou le manque de charité, et la traite de l’eau-de-vie. Sa vigilance n’épargne rien pour protéger son troupeau contre ces deux ennemis de la Religion.
Rappelons-nous la fidélité avec laquelle il prêcha toute sa vie la ‘harité et l’union. Un seul cœur et une seule âme ! telle était sa maxime favorite. A force de répéter ce précepte évangélique à sou clergé et à ses fidèles, il réussit,
malgré tant d'éléments de divisions qui existaient alors au
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Canada, à faire de son Eglise une famille si unie et si généralement sainte, qu’elle fut citée un jour comme modèle dans une des chaïres de Paris !, et que Mgr de Saint-Valier, lorsqu'il la vit pour la première fois, en fut dans l'admiration.
Rappelons-nous aussi ses luttes incessantes contre la traite de l’eau-de-vie. Certes, il comprenait bien le devoir de la vigilance pastorale, le prélat qui se tenait toujours aux aguets pour protéger ses fidèles et surtout ses pauvres sauvages contre la cupidité et la rage des traitants, qui s’opposaitcomme un mur d’airain à tous ceux qui voulaient favoriser le commerce illimité des boissons enivrantes, et entreprenait jusqu’à trois voyages en Europe pour obtenir de la Cour protection contre les désordres.
Ce devoir de la vigilance, il l’exerça jusqu’à la fin, c’està-dire, jusqu’à ce que sa démission comme évêque de Québec eût été définitivement acceptée, non seulement par le roi, mais aussi par le saint-siège. On le voit, en effet, s’occuper activement des intérêt. de son Eglise jusqu’à la consécration de son successeur, qui mettait fin à son administration.
Mais ce qui n’est pas moins remarquable, c’est que, du moment qu’il se voit déchargé du fardeau de l’épiscopat, il se regarde aussi comme délivré, non pas de l'obligation de prier pour ses anciennes ouailles, et de leur donner le bon exemple en toutes choses, — obligation, du reste, qui
1 — Voir plus haut, p. 3.
regarde tout chrétien !— mais du devoir de la vigilance pastorale, laquelle regarde exclusivement l’évêque du diocèse. En l'absence même de son successeur, Mgr de Saint-Valier, il laisse aux grands vicaires qui le remplacent le soin de veiller sur le troupeau et de le gouverner. Ce n’est pas à lui, non plus, quoiqu'il soit à Québec, c’est à Mgr de Saint-Valier lui-même, prisonnier en Angleterre, que M. Glandelet s'adresse pour réprimer certains désordres qui afigent l'Eglise du Canada.
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La vigilance pastorale produit nécessairement le zèle. Comment un évêque qui veille attentivement sur son troupeau pourrait-il ne pas désirer ardemment profiter de tous les moyens pour le sauver ?
Le zèle pour le salut des âmes a été la grande vertu épiscopale du pieux serviteur de Dieu. ‘‘ Quoi de plus beau, disait-il un jour, que de se dévouer, de se dépenser tout entier pour les âmes ? C’est la grâce que je demande, que j'espère, que j'aime ! ?” — ‘‘ Fasse le Ciel, disait-il dans une autre occasion, que je me fasse tout à tous, et que je gagne des âmes à Jésus-Christ ! ”
Ecrivant en France, quelques mois après son arrivée au Canada, et racontant les dangers continuels auxquels on était exposé de la part des Iroquois: ‘ Je ne puis vous exprimer, disait-il, la paix et la consolation de mon cœur,
1 — Ecclésiastique, X VIT, 12.
de me voir dans un lieu où je suis en l’attente du moment précieux de sacrifier ma vie à Notre-Seigneur, pour le salut des âmes qui ont été depuis tant d'années l’objet de son amour !, ”
Le gouverneur, M. D’Argenson, écrivait en même temps: ‘ Je ne puis assez estimer le zèle de M. de Pétrée. C’est un vrai homme d’oraison ; et je ne fais aucun doute qu’il ne fasse grand bien en ce pays ?.”
‘ Le zèle, a dit un auteur, est un feu qui ne se contient pas, et qui demande l’immensité.” Celui de Mgr de Laval était trop à l'étroit en France ; il put se dilater dans les vastes contrées de l'Amérique du Nord.
Si le prélat n’eut pas l’occasion de verser son sang pour confesser la foi de Jésus-Christ, il en eut du moins le désir, et il consacra toute sa vie à procurer la gloire de Dieu et le salut du prochain.
Nous l'avons vu à l’œuvre, prêchant, baptisant, annonçant partout le nom de Jésus, se dévouant à la conversion des pauvres sauvages. Il parcourut plusieurs fois, avec une ardeur infatigable, cette partie de la colonie
qui s'étendait depuis le Saguenay jusqu'au lac des Deux-
Montagnes.
Comme il ne pouvait atteindre par lui-même toutes les limites de son diocèse, il communiqua le feu sacré du zèle
1 — Lettre de Mgr de Laval au frère de M. D'Argenson, 20 octobre 1659. (Archives de la Province de Québec, 2e série, vol. 1.) 2.— Lettre de M. D’Argenson à son frère, 21 octobre 1659.
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apostolique aux prêtres séculiers et aux religieux qui l’entouraient. Il en fit autant d’apôtres, qu’il envoya partout, à sa place, pour recueillir les gouttes du sang de Jésus- Christ, pour arracher à l’enfer tant de pauvres idolâtres, et sauver pour le ciel des milliers d’âmes assises à l’ombre de la mort.
Le salut des sauvages était sa grande préoccupation. Il intéressait à cette œuvre de zèle toutes les personnes pieuses avec lesquelles il était en rapport. Ecrivant un jour à M. Boudon: ‘Je vous supplie, disait-il, de nous donner, ainsi qu’à nos pauvres sauvages, un peu de part à votre souvenir en la présence de Dieu.”
Il eut, de son temps, le bonheur de voir l’évangile annoncé et pratiqué depuis la baie d'Hudson jusqu’à la Louisiane, depuis le Labrador et l’Acadie jusqu'aux plaines reculées du Nord-Ouest.
Le prélat porta certairement à un degré étonnant le zèle pour le salut des âmes, qui suivant M. de la Colombière, ‘* n’est que la perfection de la charité. ” Rappelons-nous ses luttes vigoureuses contre la traite de l’eau-de-vie, les déchirements de son cœur à la vue des pauvres sauvages qui se perdaient par les désordres des boissons enivrantes, ses efforts incessants pour les sauver du péché, de la ruine et de l’enfer. Rappelons-nous son dévouement admirable pour l’éducation de la jeunesse.
‘Il a laissé tout son bien au séminaire, dans la vue qu'il entrerait dans ses intentions, dit M. de la Colombière, et qu’il perpétuerait sa bonne volonté à élever les enfants
dans la piété, lorsque leur esprit commence à s'ouvrir, le remplir des principes de la Religion et y faire entrer le christianisme avec les éléments des sciences, les faire croître en lumière à mesure qu’ils croissent en âge et en raison. Faire cela dans un pays où la plupart des parents ne le sauraient faire, les uns faute de biens, les autres faute d'éducation, c’est, si je ne me trompe, pratiquer la charité la plus pure, la plus utile et la plus parfaite 1, ” Unillustre prélat de nos jours, appelé à morter sur le siège épiscopal de saint Martin, disait aux fidèles dont la conduite venait de lui être confiée: ‘‘Nousavons à demander pour nous-même à ce grand évêque un peu de cette flamme sacrée dont il était dévoré pour étendre le royaume de Dieu sur les âmes ; son inépuisable charité pour les souffrances des pauvres; sa prudence et sa fermeté apostolique dans les saints combats de la Foi. Puissions-nous, ajoutait-il, le regard fixé sur ce parfait modèle, nous inspirer sans cesse de l’exemple de ses vertus, et, dans tous les actes de notre ministère sacré, ne jamais rien faire qui soit indigne de la mémoire de cet incomparable pontife 2! ” Mgr de Laval avait, lui aussi, une tendre dévotion pour saint Martin. Son séminaire était en union de prières avec
1 — Eloge funèbre.
2 — Paroles de Mgr Guibert, en 1866, citées par Mgr Perraud, dans son Oraison funèbre de l’illustre cardinal, le 17 novembre 1886, — Mgr Perraud avait pris pour texte de son discours ces paroles de l’Apôtre (2 Tim., I, 7): ‘* Dieu ne nous a pas donné l’esprit de crainte, mais l’esprit de courage, de dilection et de mesure ;”” paroles qui nous semblent s'appliquer aussi très bien à Mgr de Laval, non moins que la devise elle-même du cardinal: Fortiter et suaviter, empruntée au livre de la Sagesse (ch. VIII, v. 1.).
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