‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 122 sur 163 · Journal des jésuites · texte numérisé non relu

Journal des jésuites

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Heureux temps que celui où régnait ainsi une douce harmonie entre la puissance ecclésiastique et l'autorité séculière! Les beaux jours du gouvernement du vice-roi faisaient oublier la triste administration de M. de Mésy.

L'été de 1666 fut remarquable par un grand nombre de solennités: pose des premières pierres de la nouvelle église des jésuites ; feu de la Saint-Jean ; séance de philosophie au collège des jésuites ; consécration de l’église paroissiale de Québec; translation des reliques des saints martyrs Flavien et Félicité. Ces différentes fêtes tinrent en émoi la population de Québec, et donnèrent à la religion et à la piété un puissant aliment.

Mgr de Laval était en visite pastorale à Montréal, lorsque se firent la bénédiction solennelle et la pose des quatre premières pierres de l’église des jésuites, le 31 mai 1666: ce fut M. de Lauson-Charny qui officia à sa place. Le vice-roi posa la première pierre du corps principal de l’église; M. de Courcelle, la première pierre d’une des chapelles ; l’intendant Talon, celle de la seconde chapelle ; M. Le Barrois, la première pierre du portail. Cette nouvelle église avait la forme d’une croix latine ; c'était un beau monument, qui faisait honneur à la ville de Québec.

La solennité du feu de la Saint-Jean était toujours à cette époque l’occasion de grandes réjouissances. Elle se faisait À la tombée de la nuit, sur la place publique, la veille de la Saint-Jean-Baptiste.

Celle du 23 juin 1666 fut rehaussée par la présence du vice-roi et de l’évêque. ‘Elle se fit, dit le Journal des

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jésuites, avec toutes les magnificences possibles. Mgr lévéque, revêtu pontificalement, y était, avec tout le clergé et nos Pères en surplis. Il présenta le flambeau de cire blanche à M. de Tracy, qui le lui rendit, et l’obligea à mettre

le feu le premier. ”

Attention délicate de la part du vice-roi: il voulait ainsi reconnaître publiquement une faveur que l’évêque lui avait faite quelque temps auparavant, le 20 septembre 1665. Sur sa demande, en effet, le prélat avait accordé, pour conserver la bonne harmonie entre les puissances, que MM. de Courcelle et Talo:1 seraient encensés à l’église, avant le

clergé, sans préjudice, toutefois, des droits de l'Eglise, et

de la conduite que l’évêque pourrait tenir dans la suite!

Cette concession, de la part de Mgr de Laval, montrait

bien qu’il n’était pas un homme tranchant et inflexibe,

comme on a voulu quelquefois le représenter. Il n’était vraiment inflexible que lorsque son devoir était engagé. La soutenance des thèses de philosophie par Jolliet et Francheville, au collège des jésuites, le 2 juillet suivant, eut un brillant succès. Les quatre premiers personnages

de la colonie, l’évêque, le vice-roi, le gouverneur et l’intendant y assistaieat. Les deux jeunes étudiants canadiens eurent d'autant plus de mérite à soutenir leurs thèses, qu’ils eurent affaire à plus forte partie. ‘ L'intendant fe Talon, surtout, dit le Journal des jésuites, argumenta très co bien.”

1 — Archives de l’archevêché de Québec.

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