‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 17 sur 163 · Archives de l’archevêché de Québec · texte numérisé non relu

Archives de l’archevêché de Québec

cours d’en:

appelée l’A qu'à bon n tophe-sur-A etc. Montig un aspect d été, c’est un Bien que c lequel comm tient au terri lieues de la 1 Rien n’égale de cet ancier venus tant de De l’autre c tres — Montig et de Mortag:

de la Beauce, plus riches gr du 8ol n’est De quelque cô menses plaine désespérante.

même amonoto blé qui monte, flots verdoyant les villages et d et l’uniformité

nee) VIE DE MGR DE LAVAL 8

cours d'environ cinquante kilomètres. Cette rivière est à appelée l’Avre, et donne son nom à toute la vallée ainsi qu'à bon nombre de hameaux ou villages : Saint-Christophe-sur-Avre, Saint-Victor-sur-Avre, Verneuil-sur-Avre, ete. Montigny, placé entre deux coteaux peu élevés, offre un aspect des plus pittoresques et des plus gracieux. En été, c'est un bijou dans un écrin de verdure.

Bien que compris dans l'arrondissement de Dreux, avec lequel commence le plateau de la Beauce, Montigny appartient au territoire du Perche, et n’est qu’à une dizaine de lieues de la Mortagne, capitalesde cette ancienne province. Rien n’égale la salubrité du climat du Perche, et surtout de cet ancien arrondissement de la Mortagne, d’où sont venus tant de colons canadiens.

De l’autre côté de Montigny, en se rapprochant de Chartres — Montigny est à peu près à égale distance de Chartres et de Mortagne — commencent les plaines si renommées de la Beauce, qui ont été appelées avec raison l’un des plus riches greniers de la France. ‘‘ Nulle part la surface du sol n’est plus syméirique, plus unie, plus reposée. De quelque côté qu’on regarde, on voit se dérouler d’immenses plaines, que traversen, des routes d’une régularité désespérante, Partout on retrouve la même culture, la même anonotonie, le même horizon. C’est une mer de blé qui monte, s’épaissit et croît toujours, une mer dont les flots verdoyants ou dorés entourent les villes, envahissent les villages et débordent sur les chemins. Mais l’immensité et l’uniformité des plaines de la Beauce ne sont pas sans

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es Rare nn mnt dois dettes

grandeur «et sans poésie. On en vient bientôt à admirer! lain, M. P. asqu cette nature si simple dans son inépuisable fécondité, cet ‘valier, «I D Charles de Récu

image calme de la richesse agricole, et ces perspective

sans fin qui nous font éprouver les mêmes sensations dt

plaisir ou de tristesse que la vue de l'Océan. Quel plus

beau spectacle que l’éblouissant éclat des champs, quai

la brûlante ardeur du soleil les colore des tons chauds dé

l’été, quand ils se couronnent de bluets et de coquelicot

comme pour se préparer aux fêtes de la moisson, et quanil

ces fleurs sauvages, pliant sous le souffle des vents, j Les seigneurs, un devoir d’ent

même à leurs frs sans doute pour pour reconnaître pour la bénédic lontigny dépen parent de Mme d C’est sous les 4 et Que reposent e

Jacques Butot, t

Cette église 1 toutes les prob:

de Laval ; now fait mention, ds sans doute rec

jettent de longs reflets d’azur et de pourpre 1! ” Mais revenons à Montigny. Rien n’y est changé depui le temps de Mgr de Laval. Ce village n’est pas plus pop

leux, et il est aussi iso.é qu’alors. Il n’y a ni route nati

nale, ni route départementale, mais seulement ce quel

appelle en France des chemins communaux.

, La petite église actuelle de Montigny est encore celle | existait du temps de Mgr de Laval. Elle est bâtie en pie et affecte la forme d’une croix latine, comme du 14

la plupart des églises de campagne en France. Sa voûtes mure " Mgr de 1 bois repose sur des poutres transversales, Il y a, dan va ne C’est chœur, une lame de marbre, avec l'inscription suivan Velle était l'églia

aptisé le premier ile jour de sa na rent être constatés tes de baptôme 628, manquent ds YOns pour quelles

L'an 1618, le 5° jour de septembre, cette église fut dédiée Müonceigneur le Révérendissime Père en Dieu, Messère Fran de Péricard, Evêque d'Evreux. Pour lors était Prieur, M D. Claude Legrix, Docteur ; vicaire, M. Jacques Ribot ; di

1 — Multe-Brun.

lain, M. Pasquier: Dugay ; Seigneur, Messire Hugues de Laval, chevalier, et Illustre Dame Michelle de Péricard, son épouse ; Charles de Récusson, Ecuyer, Jacques Fornier, Gilles Moulinet, Jacques Butot, trésoriers. |

Cette église remonte donc à l’année 1618, et fut, suivant toutes les probabilités, bâtie par les soins du père de Mgr de Laval ; nous n'osons pas dire à ses frais, puisqu'il est fait mention, dans l’inscription, de trésoriers, qui avaient sans doute recueilli des fonds de différentes personnes, Les seigneurs, du temps de Hugues de Laval, se faisaient un devoir d'entretenir les églises; ils les construisaient même à leurs frais, quand ils voulaient être patrons. C’est sans doute pour faire honneur au seigneur de Montigny, et pour reconnaître les services rendus, que l'on avait invité pour la bénédiction, non pas l’évêque de Chartres, dont fontigny dépendait, mais l'évêque d’'Evreux, proche parent de Mme de Montigny.

C’est sous les dalles de cette église que furent inhumés et que reposent encore les restes mortels du père et de la nère de Mgr de Laval, comme l’attestent les registres de a paroisse. C’est dans la même église, sans doute, puisqu'elle était l’église de la paroisse et de la famille, que fut baptisé le premier évêque de Québec. Malheureusement, i le jour de sa naissance, ni celui de son baptême ne peurent être constatés d’une manière précise, parce que les ttes de baptême de Montigny, depuis 1612 jusqu’à 628, manquent dans les registres: ils y ont été, nous ne avons pour quelles raisons, coupés aux ciseaux.

OA pers LR nt LE LES R APS ESS 6 : MGR DE LAVAL

Il y avait à Mu.ugny, à cette époque, un prieur, un vicaire et un chapelain. C'était beaucoup de prêtres pour une population relativement peu nombreuse. Le prieur et le vicaire desservaient la paroisse, dont l’église avait appar: tenu sans doute à une ancienne abbaye, ou plutôt à un prieuré, qui était devenu la propriété de la famille de Mon: tigny. Les fonctions du chapelain devaient se bornerà acquitter les messes et les obits de fondation dans la cha-

pelle seigneuriale 1.

Nous voyons en effet, par la correspondance de Mgr de Laval, que sa famille avait à acquitter, dans ce prieuré, plusieurs fondations. La même correspondance fait soupçonner que la fortune des Laval-Montigny était loin d’être considérable, et que la famille fut même, à une époque, dans un état assez voisin de la gêne. Les fondations dont nous venons de parler ne s’acquittaient pas, et Mgr de Laval, par délicatesse de conscience, se crut obligé de faire des sacrifices personnels pour y suppléer ?.

Tout le patrimoine de Hugues de Laval paraît avoir consisté dans les quatre seigneuries que nous avons méntionnées plus haut. Montigny seul avait quelque importance ; les trois autres ne formaient pas même des paroisses: Montbaudry est une toute petite dépendance de Verneüil, dans le diocèse d’Evreux ; Alaincourt fait partie de Tillières, et Revercourt, de Brézolles.

1-—- Nous devons la Meugnier, curé de Tillières-sur-Avre. à 2— Archives de l’archevêché de Québec.

plupart de ces renseignements à M. l'abbé

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Mére, dont le nom est \fte-Marie et à Ja dévo

a 1691, avec M. EE A Let le fit chanoine en 169

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Does de Québec.

Ce qui ne fais Montigny, c'étai plus illustre qu rattache directe quia donné tant qui s'est alliée à de l’Europe, et temps. Le prem reçut le baptême était un Montmor adopté pour eri d.

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1— Voir note B à 1 faille Montuddos .— Joseph Séré de k 21 juillet 1682, dit

t-Sulpice : mais

de 72 ans, et éertoire du Clergé hs

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Ce qui ne faisait pas défaut dans la maison des Laval- Montigny, c'était la noblesse. Rien de plus glorieux et de plus illustre que les origines de cette famille. Elle se rattache directement à la maison des Montmorency !, quia donné tant de grands hommes à l'Eglise et à la France, qui s'est alliée à presque toutes les familles souveraines de l'Europe, et dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Le premier des grands du royaume de France qui reçut le baptême des mains de saint Rémi, avec Clovis, était un Montmorency ; et voilà pourquoi la famille avait adopté pour cri de guerre et pour devise: ‘‘ Dieu ayde au premier baron chrétien.” Elle fut toujours fidèle à ce cri de guerre, et porta d’une main ferme le drapeau de l’honneur. |

“La maison de Montmorency, dit M. de la Colombière ? , est plus ancienne dans la monarchie que la religion chrétienne. Ce nom était connu, il était même familier dans les Gaules avant qu’on y prêchât Jésus-Christ, peut- : être même avant qu’il vint au monde. Cette maison est

| 1— Voir note B à la fin du 24 volume. Tableau généalogique de hfnmille Montmorency-Laval, d'après Moréri et le P. Anselme. 2— Joseph Séré de la Colombière, frère du vén. P. de la Colombière, dont le nom est intimement attaché à celui de la B. Margueñte-Marie et à la dévotion du Sacré-Cœur. ‘‘ Il arriva en Canada le 21 juillet 1682, dit M. l'abbé Tanguay. Rappelé en France, ben 1691, avec M. Bailly, par l'abbé Tronson, il entra au séminaire de t-Sulpice ; mais Mgr de Saint- Valier le ramena avec lui à Québec, Let le fit chanoine en 1692, puis vicaire général et archidiacre en 1698... Hi ut aussi grand chantre, conseiller clerc, et supérieur des religieuses hospitalières de Québec. 11 mourut à l’'Hôtel-Dieu le 18 juillet 1723, à Âge de 72 ans, et fut inhumé dans le cimetière de la cathédrale.” (Répertoire du Clergé canadien. )

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grande par tant d’endroits et brille depuis si longtemps, que ce ne serait pas un médiocre embarras que de vouloir mesurer sa grandeur. Mais quoique de toutes parts elle jette un éclat qui éblouit, elle a un caractère d’autant plus précieux qu’il engage à la piété, st qu’il doit être respecté jusqu'à la fin des siècles dans tous les lieux éclairés de la lumière de l'Evangile. C’est que le premier seigsueur, le premier baron français qui a embrassé le christianisme, a été un Montmorency. Le premier baron de l’ancienne France a été un Montmorency ; il est d’un bon augure qu’un Montmorency ait été le premier évêque de la Nouvelle-France. Le premier des grands de l’ancienne France qui a écouté la parole de salut et ouvert les yeux à la clarté, a été un Montmorency ; un Montmorency a été le premier des grands qui, dans la nouvelle, ait prêché cette parole avec l'autorité et la puissance épiscopale ; et, ce qu'il y a de plus grand et de plus solide, c’est qu’il y a pratiqué d’une manière très touchante et très exemplaire cette même vertu, la charité, qu’il recommandait aux autres 1,”

Au treizième siècle, un membre de cette illustre famille, Mathieu de Montmorency, surnommé le Grand, connétable de France ?, épousa en secondes noces Emme de Laval, fille unique du comte Guy de Laval, dont la noblesse ne le cédait guère à celle de sa propre maison. Guy, issu de

1— Eloge funèbre de Mgr de Laval, prononcé à la cathédrale de

Québec, le 4 juin 1708.

2 — Le connétable était, autrefois, le premier officier militaire en France. Il avait le commandement général des armées. (Larousse.

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ce mariag morency, mariage d Montmore:

mère. Cel.

de la mai coquilles d Et ce sont c Mgr de Lay Cette brar même en ur différents, n Laval et des s'éteignirent qu'il vint au de Lésay, ce phin, et celle Laval de Tar avec le père l'abbé de Monti monde,” dit son père et de paternel en fa rons plus tard

1 — Voici les à

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ce mariage, fut la souche de la branche cadette des Montmorency. Il laissa à la branche aînée, issue du premier mariage de son père avec Gertrude de Soissons, le nom de Montmorency, pour prendre le nom de Laval, celui de sa mère. Cela explique pourquoi, tout en adoptant les armes de la maison de Montmorency, il les chargea de cinq coquilles d’argent sur la croix, comme marque de puîné. Et ce sont ces armes, ainsi modifiées, que portait lui-même Mgr de Laval 1,

Cette branche cadette des Montmorency se divisa ellemême en un grand nombre de rameaux, portant des noms différents, mais vivant tous de la même sève, celle des Laval et des Montmorency. Presque toutes ces branches s'éteignirent avant la naissance de Mgr de Laval. Lorsqu'il vint au monde, il n’y en avait plus que quatre: celle de Lésay, celle de Tartigny, celle de Thibaut-Bois-Dauphin, et celle de Montigny, qui elle-même descendait des Laval de Tartigny. Cette branche de Montigny commença avec le père de Mgr de laval; et l’on appelait celui-ci l'abbé de Montigny. ‘IL était connu sous ce nom dans le monde,” dit Latour ?. Cependant, lorsque après la mort de son père et de ses deux frères aînés il renonça à l'héritage : paternel en faveur de son frère cadet, comme nous le verrons plus tard, il dut renoncer en même temps au titre de

1 — Voici les armes de de Laval : ‘‘ D'or, à la croix de gueules, cantonnée de seize alérions d'azur, chargée de cinq coquilles d'argent.” 2— Mémoires sur la vie de M. de Laval.

Montigny, pour reprendre le nom gérérique de la famille de Laval.

Du côté maternel, la naissance de François de Laval était aussi très honorable. Hugues de Laval, seigneur de Montigny, avait épousé, le premier octobre 1617, Michelle de Péricard, fille de Nicolas de Péricard, seigneur de Saint- Etienne, en Normandie. La famille de Péricard était de noblesse de robe. Elle avait occupé des charges importantes au parlement de Normandie. Une branche de cette famille s'était établie en Champagne; c’est d’elle que sortait Mme de Montigny !. Un grand nombre d’évêques appartenaient aussi à cette illustre famille, et l’un d’eux, François de Péricard, cousin germain ? de la mère de Mgr de Laval, occupait précisément le siège d’Evreux, vers l’époque de la naissance de ce dernier.

Nous insistons sur ces détails, qui établissent la noblesse d'origine de Mgr de Laval. L’E;lise catholique, en effet, n’est indifférente à rien de ce qui est grand et digne de l'appréciation des hommes. Elle sait que noblesse oblige, et que celui qui sent couler dans ses veines un sang noble et illustre, ne peut que trouver en cela un puissant encouragement à faire le bien. ‘‘ La vertu, dit M. de la Colombière, ne consiste pes dans la noblesse, car souvent la noblesse est destituée de vertu ; mais quand elles sont

1-- Cette branche avait pour armes : ‘‘* D'azur aux chevrons d’or, accompagné en pointe d’une ancre d'argent, surmonté de trois étoiles du même.”

.2 — Histoire des évêques d'Evreux.

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à Paris, le les quatre haute nob] très illustr ajoutent: « 8nage de pl

2 — Sylvain Se

jointes ensemble, l’une et l’autre s’entraident et s’embellissent naturellement 1,” ‘ La noblesse de la naissance, a dit saint Charles Borromée, est un don et une grâce de Dieu. On ne doit point . mépriser ce bienfait: ce serait une ingratitude. La noblesse est un puissant aiguillon pour pratiquer la vertu, ét un grand frein pour le vice. Dans an noble, le vice est plus odieux; mais aussi la vertu resplendit avec plus d'éclat, elle ressemble à une pierre précieuse enchâssée dans l'or: elle brille plus quesielle était seulement dans l'argent 2. ” Qu'on lise avec attention les légendes du bréviaire, et l’on verra avec quel soin on y indique, suivant lé cas, ia généalogie des saints, leur noblesse, les hauts faits de leurs ancêtres. C’est avec le même soin que, dans les informations canoniques faites sur la conduite de ceux qui sont appelés à l’épiscopat, les témoins ne manquent jamais de rappeler, s’il y a lieu, la noblesse d’origine des candidats. Lorsque les informations sur Mgr de Laval furent faites à Paris, le 17 juillet 1657, par le nonce Cœlius Piccolomini, les quatre témoins entendus s’accordèrent à proclamer la haute noblesse de sa tamille: ‘Il est né, disent-ils, d’une très illustre famille; ses parents sont très nobles 3,” Etils ajoutent: ‘ Nous le savons, non seulement par le témoignage de plusieurs des parents du candidat, mais par celui

1 — Eloge funèbre.

2 — Sylvain, Vie de saint Charles Borromée, t. III, p. 296.

3 — FT esse natuin ex Übustrissima familia ... ilustrissimis parentibus procreatum. (Archives du séminaire de Québec.)

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de la voix publique 1.” L’un de ces témoins mentionne le fait, que nous avons signalé tout à l’heure, qu’il y avait eu beaucoup d’évêques, et des évêc es très distingués, dans la famille des Péricard. Il aurait pu ajouter que la famille des Montmorency - Laval en avait fourni aussi un bon nombre. On ne compte pas moins de sept archevêques ou évêques parmi les descendants de Guy de Montmorency,

seigneur de Laval. L'un d'eux, Henri de Laval, occupait

précisément le siège épiscopal de la Rochelle en même temps que François de Laval occupait celui de Québec ?.

Si l'Eglise fait un grand cas de la noblesse du sang et de l'origine, c’est surtout pour la noblesse des œuvres et des vertus qu’elle réserve'sa plus haute estime, On a dit quelque part que l’Eglise catholique est une grande école de démocratie; cela est vrai surtout en ce sens que, pour elle, la vertu est toujours la vertu, qu’elle soit pratiquée par le plus humble comme par le plus noble de ses er fants. Les honneurs de ses autels sont accordés aussi bien au fils du paysan qu’au prince le plus illustre, à un saint Benoît- Joseph Lsbre, comme à saint Louis, roi de France, à une Germaine Cousin, comme à sainte Elizabeth de Hongrie ou à sainte Jeanne de Chantal.

La famille de Laval, en général, dans ses différentes branches, se distingua toujours. par sa piété et son attachement à la religion, Du temps de Mgr de Laval, il y €: avait

1L— Utaccepit a pluribus cognatis domini promovendi, et per famam ab omnibus. | 2 -- Moréri.

dab barc pieu den laire à déc févrie “ L €xem] mettre régnai dans d tuelle, sant u épouse de la p Dans piété ét valeur Michel] toute Ja

1 K, Paris, 182

à Paris un exemple remarquable. L'auteur de l’Essai sur l'influence de la Religion nous le signale en ces termes : ‘‘ Deux frères, Hilaire de Laval, marquis de Laval-Lésay, et Guy de Laval, marquis de la Plesse, furent également recommandables par leur piété. Ils étaient fils de Pierre de Laval, baron de Lésay, et d'Isabelle Rocheouart... La prière, de pieuses lectures, la visite des pauvres, et les autres œuvres de miséricorde formaient la plus douce occupation d’Hilaire. Il distribuait d’abondantes aumônes et se plaisait à décorer les églises. Il mourut subitement à Paris, le 11 février 1670.

* Le marquis de la Plesse, son frère, menait une vie exemplaire à la Cour, et allait de terups en temps se mettre en retraite chez les chartreux ; l’ordre et la piété régnaient dans sa maison, et son plus grand plaisir était dans des entretiens utiles sur des matières de la vie spirituelle, Il mourut avant son frère, le 21 octobre 1661, laissant un fils, Pierre, marquis de Laval et de Magnac, qui

épousa la fille du marquis Antoine de Fénelon, et hérita de la piété de ses parents 1, ”

Dans la famille même de Mgr de Laval, la vertu et la piété étaiens héréditaires, aussi bien que la noblesse et la valeur sur les champs de bataille. Hugues de Laval et Michelle de Péricard étaient pieux et catholiques dans toute la force du mot. C'est le témoignage qui leur fut

1 — Kssai sur l'influence de la ru'igion en France au XVIIe siècle. Paris, 1824.

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rendu dans les informations canoniques dont nous avons déjà parlé 1, Il n’est que juste de conclure que ces parents si pieux et si chrétiens durent veiller avec un soin religieux à la bonne éducation de leur famille.

Ils eurent six enfants. Les deux premiers, comme nous le verrons, moururent, jeunes encore, sur les champs de bataille, au service de la patrie?. Le troisième, François, est celui qui devint évêque de Québec. Jean-Louis, le quatrième, hérita du nom et du patrimoine de Montigny, après que François eût résigné ses droits en sa faveur. Le cinquième, Henri de Laval, entra dans l’ordre des bénédictins et devint prieur de Sainte-Croix-Leuffrey. Enfin, Anne-Charlotte, la dernière de la famille, se fit religieuse, à Nantes, dans la communauté des filles du Saint-Sacrement, dont elle devint même supérieure. Elle mourut en 1685.

Tous ces personnages apparaissent plusieurs fois sur les registres de Montigny, comme parrains des enfants de la paroisse. François, en particulier, le fut quatre fois 3. Tout cela était bien conforme aux mœurs de l’époque, où le seigneur était regardé plutôt comme un père, que comme un maître rigoureux ne vivant que pour recevoir ses redevances. La dernière fois que François de Lavai fut parrain, ce fut dans la famille même de son frère Jean-Louis. Il

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1— Tilum esse a piis et vere catholicis parentibus procreatum.

2— Langevin, Notice biographique sur François de Laval de Montmorency, Montréal, 1874.

3 —- Lettre de M. l'abbé Meugnier, curé de Tillières-sur-Avre, à ’auteur.

était a l'acte « Onc Laval, celui 6 être ex} la dise ordres, On lui Indes, F année-]à de bon ,

Comment années, pour même dans le ment de par le baptême à de Québec en à l'aîné de la f depuis près d ton départ qu € Pieux prélat des enfants, 4 l — Il est p évêque d'Ev Auparavant (16

tsar pin nséeientérttintentennrééetemmnntnesetetiniereiintiteeisererntrnetentesenngenenentneneeemens

était alors évêque de Québec, et il signa en cette qualité l’acte de baptême de son neveu François !.

On connaît peu de chose des années d'enfance de Mgr de

Laval, et l’on n’a pas plus l’acte de 8a confirmation que celui de son baptême. Ces actes, cependant, durent être exhibés à l’Ordinaire, comme il est de rigueur dans la discipline ecclésiastique, lorsqu'il reçut les saints ordres.

On lui donna, au baptême, le nom du grand apôtre des Indes, François-Xavier ?, qui venait d'étre canonisé, cette année-là même (1622), par le pape Grégoire XV. C'était de bon augure pour celui qui devait être l’apôtre du Canada, et faire revivre sur ce vaste théâtre de l'Amérique du Nord les vertus des premiers pasteurs de l'Eglise. Mgr

1— Voici cet acte de baptême, tel qu'on le trouve dans les registres de Montigny : ‘‘ Le be jour de mai 1675, a été baptisé François ‘“ de Laval, né le 24 juin 1668, fils de Messire Jean-Louis de Laval, ‘* chevalier, seigneur de Montigny, et de Dame Françoise de Cheves- ‘tre, sa femme. Le parrain, R P. en Dieu, Messire François de *‘ Laval, premier évêque de Québec, ville capitale de tous les pays de ‘‘ la Nouvelle-France. (Signé) François, Evesque de Québec.”

Comment « fait-il qu'on eût attendu si longtemps, près de sept années, pour faire baptiser cet enfant ? Il est probable qu'à cette épaque, même dans les familles vraiment catholiques, on se permettait facilement de pareils ret::us. Ici, la raison évidente qui avait fait différer le baptême, c'est que l’on avait vonlu attendre le voyage de l’évêque de Québec en Europe, pour qu'il pt conférer lui-même ce sacrément à l’aîné de la famille. D'un autre côté, Mgr de Laval était en France depuis près de trois ans, ct ce n’est pour ainsi dire qu’à la veille de son dépurt qu'il va faire ce baptême à Muntigny... Quaiqu’il en soit, le pieux prélat était si opposé à cette pratique de différer le haptôme des enfants, qu’il la prohiba au Canada sous les peines les plus graves.

2— Il est probable qu'il fut baptisé. par le cousin de sa mère, l'évêque d’Evreux, qui avait béni l’église de Montigny quatre ans auparavant (1618). Mgr de Péricard s'appelait, lui aussi, Fronçois.

de Laval eut toujours une grande dévotion pour son glorieux patron. Au témoignage de la vénérable M. de l’Incarnation, il célébrait sa l'ête avec une tendre piété ; il voulut même que saint François-Xavier fût honoré, au Canada, comme le second patron du pays. Mais il avait aussi beaucoup de dévotion pour le patriarche des franciscains, saint François d'Assise; et nous verrons qu’il avait tout d’abord choisi le jour de sa fête, le 4 octobre, pour recevoir la consécration épiscopale.

François de Laval passa ses années d’enfance, tantôt chez l’évêque d’Evreux, tantôt, et plus souvent, à la maison paternelle. C’est un avantage inappréciablé pour un enfant que de grandir sous les yeux vigilants de ses parents chrétiens. Rien ne supplée complètement à cette bonne éducation que l’on reçoit d’un père et d’une mère dévoués. François de Laval remercia Dieu toute sa vie de lui avoir ménagé cette grâce. Il avait déjà quatorze ans, lorsqu'il perdit son père, qui mourut à Montigny le 11 septembre 1656, à l’âge dequarante-six ans. Il eut le bonheur de conserver sa mère beaucoup plus longtemps: elle mourut âgée de soixante ans, le 11 novembre 1659, peu de temps après le départ de son fils pour le Canada.

Le jeune de Laval était encore à la maison paternelle, lorsque arriva un événement des plus tragiques, qui remua la France tout entière, mais dont le choc se fit sentir surtout dans la famille des Montmorency. Richelieu, arrivé aux affaires depuis quelques années, avait entrepris d’affermir le pouvoir royal, en l’élevant sur les débris de la

Paris, 1859, +.

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noblesse !. Abaisser et réduire l'aristocratie au profit de la royauté, telle était sa devise. On comprend que ce projet dut rencontrer une vive opposition de la part de tout ce qui était noble en France.

Henri de Montmorency, grand maréchal de France et gouverneur du Languedoc, qui s’annonçait comme un des plus grands hommes de guerre d’une époque où devaient hriller Condé et Turenne, se mit à la tête des mécontents. Il accueillit dans son gouvernement Gaston, duc d'Orléans, héritier présumé de la couronne, et entreprit de lutter contre le puissant ministre ; mais il y succomba. Fait prisonnier à la bataille de Castelnaudary, et couvert de dix-huit blessures, il fut traduit au parlement de Toulouse. Ni les larmes des témoins et des soldats, ni la pitié des juges eux-mêmes ne purent le sauver. L'influence de Richelieu était 1à : il fut condamné à mort. Il marcha à ’échafaud avec une grandeur d’âme qui arracha des cris d’admiration. ‘‘ Les soldats qui assistèrent à son supplice,

dit l'abbé Bougaud, burent de son sang et y trempèrent la

1 — Voici le jugement que le cardinal de Bausset porte sur Richelieu : *‘ Ce ministre, dit-il, voulut asseoir les foudements d’uu guuvernement .durable sur ces principes religieux qui sunt les plus fermes garants de l’ordre et de la tranduillité d’un grand empire. Cet homme, qui avait l'instinct de la politique, cumme dattes ont cru en avoir la science ; cet homme, qui n'avait pas une pensée, un sentiment, une volonté, qui n’eût pour ubjet l’affermissement de l'auturité et le muintien de l’ordre, savait que l'esprit de lu religiun est essentiellement un esprit cuuservateur, parce qu'elle commande toujours le respect des lois et la soumission à l’autorité publique.” (Histoire de Fawelon, Paris, 1853, t. I, P-. 10.) c

de

pointe de leurs épées, comme si ce sang eût été capable de paix et leur communiquer la vertu du cœur d’où il sortait ! ,” parti d

Quelle impression pénible de terreur et de colère dut grande produire parmi la noblesse française, mais surtout dans la | juste, q famille des Montmorency, cette exécution infamante d’un | gagnaie

de leurs membres les plus illustres! On y était générale-

ment très dévoué à la monarchie ; mais on l’aurait voulue

plus clémente, plus juste et plus mesurée. L'acte despo-

tique et cruel de Richelieu, la scène tragique de Toulouse,

eurent sans doute du retentissement dans la famille du

seigneur de Montigny ; le jeune François de Laval dut en À entendre parler souvent ; et ces récits douloureux ne man-

quèrent pas d’'émouvoir son âme.

Il est difficile de calculer l'influence que de pareilles choses peuvent avoir sur un esprit de huit ans. Cette. influence, cependant, est toujours souverainement forte et puissante : ‘ Il y a des années sacrées, celles de la jeunesse, où les sentiments et les événements se précipitent dans une âme, comme un métal en fusion qui se fixe et laisse: une empreinte que les années peuvent ensuite user et déformer, mais n’effacent jamais? .” Il est permis de croire que le jeune de Laval conçut dès lors cette répulsion quasi instinctive qu'il eut toute sa vie pour l'injustice, pour les procédés arbitraires, pour les émpiétements des puissants du siècle, cet amour du droit, de la

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