‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 34 sur 163 · Latour, p · texte numérisé non relu

Latour, p

2-— Il est possible que le P. le Jeune ait connu Mgr de Laval éculier au collège de Lafièche, et qu’il ait même été son maître. Ilne vint au Canada qu’eu 1632, et il était auparavant à La Flèche. (Relations des jésuites, t. I, p. VII.) Or le jeune de Laval entra au collège L en 1631. Le P. le Jeune repassa en France en 1649, et eut sans doute occasion d'y voir souvent François de Laval,

3 — Alexandre VII fut élu le 7 avril 1655 pour succéder au pape

08 leur pieux dessein, par le secours de la divine Bonté, que pour y mattre la dernière main, ils ont cru être obligés de demander qu’il fût établi, dans ce pays, un siège épiscopal, et un évêque, afin que les âmes converties à la foi, pussent recevoir les sacrements conférés par ceux qui sont honorés de ce caractère. Sur quoi ils ont eu recours à nous, pour solliciter, auprès de Votre Sainteté, cet établissement, qu’ils jugent absolument nécessaire; et, nous ayant fait comprendre les avantages qui en reviendront à notre sainte religion, nous supplions Votie Sainteté de vouloir donner, par ce moyen, la dernière perfection à cette Eglise naissante.

‘ Et d’autant que la conduite doit en être confiée à une personne de piété et de savoir, zélée pour l’Eglise de Dieu, nous avons cru devoir supplier Votre Sainteté d’y engager le Père ! François de Laval de Montigny, dont les vertus l’ont rendu si recommandable, qu’il a été sollicité de plusieurs endroits d’aller travailler à la vigne du Seigneur. Il a paru toujours tellement disposé à y consacrer ses services, que, si Dieu n’eût voulu le réserver pour la Nouvelle-

Innocent X, mort le7 janvier de la même année. Ce pape, qui éleva Mgr de Laval à l’épiscopat, était un Chigi, natif de Sienne.

Mgr de Laval naquit sous Grégoire XV, et mourut sous Clément XI. Entre ces deux papes, il y en eut huit autres: Urbain VIII, Innocent X, Alexandre VI, Clément IX, Clément X, fnnocent XI, Alexandre VIII et Innocent XII: ce qui purte à dix le nombre des papes qui se succédèrent du vivant de Mgr de Laval. C’est sous Olé-

ment X, un Romain de la famille Altieri, que fut érigé l'évêché de à

Québec (1674).

1 — Notons cette appellation de Père : elle fut l’occasion de quelques malentendus à Rome. .

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France, il fût parti pour le Tonkin ; ses informations ayant été approuvées par le sieur Bagni, alors nonce de Votre Sainteté vers nous, et ensuite envoyées en Cour de Rome pour vous être présentées. Mais après avoir demandé qu'il fût fait des prières, afin qu’il plût à la divine Majesté de l'éclairer, il était prêt d’embrasser et de suivre cette carrière, lorsqu'il en fut empêché, sans y avoir contribué de sa part.

“ Il avouait, cependant, qu’il se sentait porté, par des mouvements secrets !, d'aller plutôt en un pays sauvage et rigoureux, comme la Nouvelle-France, où l’on ne trouve que difficilement les choses nécessaires à la vie, que dans un autre plus commode et plus civilisé, tel que lui parut celui qu’on lui avait proposé alors ?.

‘ Nous eussions pu présenter à Votre Sainteté d’autres personnes capables d'assurer cette bonne œuvre, si nous v'avions jugé celle du dit De Laval leur devoir être préférée, par les témoignages que nous ont rendus de sa piété insigne des personnes très éclairées ; en sorte que, notre connaissance étant fortifiée de la leur, nous pouvons dire qu'il serait difficile de commettre à un sujet plus digne le soin d’un si vaste pays.

1— Voir plus haut, p. 31.

2 — ‘‘ Dieu avait choisi de toute éternité François de Laval pour établir la hiérarchie dans la Nouvelle-France. , I lui inspira, dès ses tendres années, le désir de venir en Canada. ” Cette pensée, capable d'effrayer un homme intrépide et une âme consommée dans la vertu, vint dans l'esprit de l’abbé de Montigny, qui n’était, pour ainsi dire, qu'un enfant.” (Eloge funèbre, par M. de la Colombière.)

——— Re Er ee ner ee - - - = - en 5 :

‘Les rois nos prédécesseurs, ayant tant aidé à faire recevoir la religion chrétienne dans le Canada, soumis à la monarchie française, comme leurs prédécesseurs l'avaient fait en plusieurs autres contrées du monde, nous sommes

‘obligé, Très Saint Père, de les imiter, et même de faire

fonder une Eglise dans la Nouvelle-France, ainsi que plusieurs Eglises l’ont été dans l'Allemagne, par le soin qu’en prit Charles le Grand.

‘ Votre Sainteté voudra donc bien se servir de ce bon prêtre pour fonder cet établissement, puisqu'Elle n’a pas moins de zèle pour la gloire de Dieu que n’en ont toujours eu ses prédécesseurs, dont le soin et le travail ont appelé à la connaissance de Dieu des nations entières, et leur ont fait recevoir agréablement le joug de l'Evangile ; et ainsi, comme tant d’âmes furent redevables de leur salut à vos prédécesseurs, celles de ce nouveau monde devront à Votre Sainteté le même avantage.

En retour, elles obtiendront de l’infinie miséricorde de Dieu, non seulement la durée de vos jours pour le bien de l'Eglise, mais aussi, après que vous l’aurez longuement administrée, la récompense de vos travaux dans le royaume de Celui par le moyen duquel vous avez travaillé. Nous joindrons, Très Saint Père, nos prières aux leurs, afin qu’elles soient exaucées, et que toute la chrétienté soit consolée 1,”

1— Faillon, t. Il, p. 316.

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Il était difficile de parler au pupe d'une manière plus touchante et plus persuasive, plus difficile encore de tenir un langage plus profondément chrétien. L’éloge que l’on fait, dans cette lettre, de Mgr de Laval au souverain pontife, est magnifique et sans réserve. Louis XIV n'était encore que dans sa dix-neuvième année: ce n’est pas lui évidemment qui avait inspiré cette lettre. La reine mère, Anne d'Autriche, conduisait, en cette affaire, toutes les négociations. Pénétrée de sentiments sincèrement religieux, elle avait pris à cœur l'établissement d’un évêché au Canada !, et n’épargna rien pour faire réussir le projet dans un sens favorable aux jésuites, auxquels elle était toute dévouée. Il est permis de croire que ces religieux ne furent pas étrangers à la rédaction de la lettre du roi.

Cette lettre fut envoyée au cardinal Bichi,.l’intermédiaire de la Cour de France auprès du saint-siège ?, avec ordre de la présenter lui-même au souverain pontife, et d'appuyer la demande autant qu’il serait en son pouvoir. Le roi écrivit en même temps à son résident à Rome, M. Guefñier, conseiller d'Etat, lui enjoignant de faire toutes sortes d’instances pour obtenir l'érection du futur siège épiscuoal. Il adressa aussi des lettres dans le même sens à plusieirs cardinaux, savoir: Colonna, Acquaviva, Brancaccio, Ludovisio, Carpegna et Ginetti, afin de les inté-

resser au succès de cette affaire. M. Gueffier était chargé

1 — Archives de M. l'abbé Verreau, Correspondance de Gueffier, copiée au Musée britannique, dans la collection Séguier. Lettre de Gueftier au roi, 17 décembre 1657. aan “EX08 "4

2— Le roi n'avait pas, à cette époque, d'ambassadeur à Rome.

de les leur remettre lui-même. On voit que rien n'avait été négligé pour la réussite d’un projet si important.

M. Gueffier se donna beaucoup de peine: ce qui n’emptcha pas l'affaire de languir. Le cardinal Bichi é.ait au lit, malade de la goutte ; et cependant il tenait à présenter lui-même au souverain pontife la supplique du roi. De plus, il était dans le deuil, par la mort d’un de ses frères, et ne recevait pas de visites !, M. Gueffer attendit près de deux mois.

Enfin, le 13 mars, il écrivit au roi qu’il s'était décidé à prendre lui-même l'affaire en mains, et qu’il venait de recevoir une ‘‘ très gracieuse et favorable audience ” du saint-père. Il lui avait présenté un mémoire, qu’il avait préparé, au sujet de l’érection d’un évêché à Québec. ‘Le saint-père prit la peine, dit-il, de le lire en ma présence, et montra qu’il en approuvait plutôt le contenu qu’autrement. J'espère qu’il en accordera la grâce ?. ” Le pape, en effet, voulut remettre lui-même à la Propagande le mémoire de * M. Gueffier, après y avoir ajouté une note de sa main, pour indiquer qu’il désirait accorder la grâce demandée 5.

Cependant, divers incidents firent traîner encore la chose en longueur. La peste régnait depuis plusieurs mois en Italie, ce qui retardait la marche des affaires: les congrégations ne s’assemblaient que rarement. Le roi, dans sa supplique, avait donné le nom de Père à François de Laval: la Propagande semblait avoir compris qu'il

è 1 — Lettre de Guefier à Brienne, 26 février 1667. 2 — Lettre de Gueffier au roi, 13 mars 1657.

3 — Lettre de Gueffer à Brienne, 19 mars 1657.

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appartenait, par conséquent, à un ordre religieux, et voulait savoir quel était cet ordre. ‘ Ayant envoyé, dit M. Guefier, à M. de Bagni ! pour savoir de quelle religion était ce Père François de Laval, il m'a mandé qu’il ne s’en souvenait pas. ”

Enfin, Sa Majesté faisait mention des informations canoniques qui avaient été faites autrefois sur la vie et les mœurs de François de Laval, quand il s'était agi de l'envoyer au Tonkin; mais on avait perdu de vue ces documents, à Rome, et l’on avait oublié, à Paris, de les envoyer de nouveau. La Congrégation, cependant, ne pouvait rien faire sans ces informations canoniques : ‘‘ J'ai fait demander aux banquiers expéditionnaires français ? qui sont ici, écrit M. Gueffier, si quelqu'un d’eux les avait reçues ; ils ont tous dit que non. De sorte que ne pouvant rien faire en l’expédition de cet évêché, sans savoir de quel ordre est le nommé (François de Laval), je vous supplie

1— L'ancien nonce à Paris.

2— ‘* Les banquiers expéditionnaires étaient plutôt des coursiers expéditionnaires que des banquiers, bien que, par leurs fonctions mêmes, ils tinssent une espèce de banque par où les expéditions et l'argent passaient d’un pays à l’autre... Les ordonnances royales, les arrêts du grand Conseil, réservaient aux banquiers expéditionnaires seuls, à l'exclusion de toutes autres personnes, toutes sortes de provisions, de bénéfices et autres expéditions généralement quelconques qui s’obtiennent en Cour de Rome et à la légation... Ces banquiers tenaient à la fois de l’agent de change, de l’avoué et de l’entrepreneur de messageries ; gros personnages, d’ailleurs, propriétaires de leurs charges, connaissant tous les détours de la curée, habiles, depuis qu'ils servaient d'intermédiaire obligé entre Rome et la France pour toutes sortes de provisions, de demandes, de papiers, de dispenses, à faire aboutir une supplique, à obtenir une bulle à meilleur compte, à marchander au besoin avec la componende et les bureaux du cardinal dataire...” (Le Correspondant, 10 septembre 1889, p. 872.)

me le faire savoir au plus tôt. avec les écritures et informations nécessaires... 1. ”

M. (tueffier écrivait à Paris iettres sur lettres: rien ne venait, ou plutôt, on continuait à lui dire de ‘‘ poursuivre l'érection jusqu’à l’accomplissement, ” sans envoyer les renseignements demandés pour l'expédition des bulles.

Ce qui étonnait surtout M. Guefñer, c'était la parfaite indifférence du candidat proposé, François de Laval, sur le succès des négociations.

“On ne peut rien faire, écrit-il, s’il n’y a pasici quelque solliciteur chargé des informations de sa vie et mœvrs, et des autres écritures nécessaires. Je ne puis assez m’étonner, ajoute-t-il, que le sujet choisi n’ait encore pourvu à cela, semblant par là qu'il ne veuille accepter la grâce que le roi lui en fait... 2 ”

“ Je suis étonné, écrit-il quelques jours plus tard, que le dit sieur de Montigny n'ait rien écrit ici de cette affaire-là, ni donné charge à quelque banquier de Paris d’en commettre ici la sollicitation, et d’y envoyer les informations de sa vie et mœurs, attestées par des notaires, et même par devant M. le nonce, comme l’on a coutume 3, ”

Cette réflexion prouve bien que Mgr de Laval, non seulement n’avait pas recherché l’épiscopat, mais laissa complètement à la Providence le soin de conclure les négociations. Il était à l’ermitage de Caen. C’est là, sans doute, qu’on vint lui proposer l’évêché de la Nouvelle-France. D'après

1 — Lettre de Gueffier à Brienne, 19 mars 1657. 2 — Lettre de Gueffier à Brienne, 25 mai 1657. 3-— Lettre de Gueffier à Brienne, 29 mai 1667.

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M. de Latour, il aurait répondu ‘‘ qu'il était prêt à partir pour le Canada en qualité de simple missionnaire, mais qu’il ne pouvait accepter la qualité d’évêque, dont il se jugeait indigne 1.” Et M. de la Colombière : ‘‘ L'abbé de Montigny, dit-il, n’eut point de peine de venir en Canada, mais il en eut d’y venir comme évêque... ? ”

Nous croyons qu’il est plus conforme à la vérité des faits et au caractère de Mgr de Laval, de dire qu’il s’abandonna purement et simplement, dans toute cette affaire, à la volonté de Dieu. Le vicariat apostolique äu Tonkin lui avait été offert : il l’avait accepté. Depuis ce temps, il était à l’ermitage de M. de Bernières, à cette école d’abnégation la plus parfaite : comment le disciple aurait-il pu tenir une conduite toute.opposée aux enseignements du maître ? “Ii faut, disait ce dernier, s’abandonner à la conduite de Dieu, et accepter l’emploi que la Providence nous donne sans l'avoir recherché 5.”

Encore moins peut-on admettre ce que dit M. de Latour, “qu’il consentit enfin à étrn évêque, mais à condition de n'être que vicaire apostolique, et non pas évêque titulaire.” Mgr de Laval n'était pas homme à mettre des

conditions aux vues de la Providence. D'ailleurs, nous le :

verrons, presque. aussitôt après son arrivée au Canada, | demander instamment l'érection de l'évêché de Québec, parce qu’il s’aperçut bientôt que ce serait mieux pour le bien des âmes.

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1 —- Latour, p. 11.

2 — Eloge funèbre.

3— Latour, p. 28.

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