‹ Vie de mgr de Quélen, archevêque de ParisChapitre 44 sur 61 · PIÈCES JUSTIFICATIVES (A · texte numérisé non relu

PIÈCES JUSTIFICATIVES (A

gouvernement doit tendre, à son établissement et à sa conservation. Pour y parvenir, plus prudent que le précédent, qui, par un excès de bonté, avait commis la faute grave de conserver une administration qui, en très grande partie, ne lui était pas dévouée, il renverse tous les obstacles qui le gênent . et en peu de temps il a expulsé de toutes les l.ranches de l'administration tout ce qui n'était pas notoirement pour lui : s'il a épargné le corps judiciaire , c'e>t que ce corps , d'ailleurs en grande partie recommandable, n'a pas hésité à se réunir à l'opinion générale, en prêtant, à peu d'exceptions près, le serment exigé. Le clergé, les pairs qui en font partie exceptés, est le seul corps de l'État auquel, à la vérité, il n'ait pas encore été fait de demande de serment; mais si on réfléchit un instant à l'esprit qui anime le gouvernement actuel et au caractère connu des personnes qui le composent , pourrait-on croire un seul instant qu'il soit assez imprudent pour laisser en dehors de lui, et ne pas lier par une mesure patente et générale, un corps aussi influent que le clergé, corps dont plusieurs chefs se sont ouvertement compromis dans ces derniers temps? Comment s'imaginer que ce gouvernement, qui s'est défait avec autant de promptitude que de facilité de tout ce qui gêne ses mouvements et de tout ce qui ne lui est pas dévoué, s'arrête , dans une opération aussi importante à sa conservation, précisément devant la corporation qu'il regarde comme la plus dangereuse et peut-être la plus hostile? Il n'en peut être ainsi , et ce serait gravement s'abuser que de croire que des hommes auxquels il est impossible de refuser de grands moyens, réunis à une grande expérience, puissent commettre en politique une aussi lourde faute. Sans être initié dans leurs secrets, je pourrais assurer, sans crainte de- me tromper, que s'ils n'ont rien entrepris à ce sujet, c'est qu'Us ne veulent

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rien faire imprudemment; ils attendent que le clergé fournisse lui-même des armes contre lui , et qu'il fasse quelque acte public qui le déconsidère aux yeux de la multitude : ces armes, soyez-en assuré, très Saint-Père, et j'en appelle ici pour preuve à une des lettres que j'ai eu l'honneur de remettre à Votre Sainteté, ne sont autres que le refus que les évêques, membres de la Chambre des pairs, feront de prêter le serment. Jugez vous-même, très Saint-Père, du parti que vont en tirer les têtes exaltées et les ennemis de la religion , lorsqu'ils pourront prouver que le clergé est en opposition formelle avec le gouvernement affectionné et voulu par la nation. En calculant tout ce que les ennemis de la religion peuvent faire pour attiser ce feu qui seconde si bien leurs plans, je pense qu'il est impossible de n'être pas effrayé des malheurs qui doivent résulter d'une lutte qu'il sera impossible d'apaiser ou de faire cesser dès le moment où elle sera engagée. Je sais bien, très Saint-Père, vous l'avez dit, que ces hostilités, réunies à toutes les hostilités possibles, ne détruiront jamais la religion, qui est indestructible de sa nature; mais qui peut assurer que la France, comme tant d'autres parties de l'Europe qui étaient unies au saint-siége, n'en sera pas séparée ? Et pourquoi ce serment, qui n'a évidemment rien de contraire aux dogmes de la religion, et qui ôterait à ses ennemis, ne serait-ce que momentanément, une arme aussi puissante, serait- il refusé ? La politique ne peut s'y opposer. Un de ses principes les moins contestés , celui qui est la sauvegarde de la société, puisque sans lui elle serait fréquemment exposée à une dissolution inévitable, c'est que fidélité et obéissance sont dues au gouvernement de fait Si j'ose dire devant Votre Sainteté que la religion elle-même approuve cette doctrine , c'est que celui que vous représentez si dignement eu a fait un

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précepte, en nous ordonnant d'obéir aux puissances; c'est que , depuis le grand saint Grégoire, qui effaça, sans hésiter, des dyptiques sacrés le nom de l'empereur Maurice pour y substituer celui du soldat qui l'avait assassiné, jusqu'au couronnement de Napoléon par le saint pontife Pie VII, en y comprenant les changements de dynastie qui ont eu lieu dans notre Fiance pendant ce long intervalle, tous vos prédécesseurs, très Saint-Père, ont suivi cette doctrine. C'est aussi conformément à elle qu'ont agi les évoques les plus recommandables de notre Église. Les puissances coalisées contre Louis XIV, ayant envahi l'archevêché de Cambrai, firent voir, par les égards qu'elles eurent pour tout ce qui appartenait à l'illustre Fénelon, que cet archevêque savait faire respecter le gouvernement de fait par tous ceux qui dépendaient de lui. Le prélat qui n'avait cessé d'inculquer à son royal élève que la société n'était pas faite pour le bonheur des rois, mais les rois pour le bonheur delà société, aurait-il pu agir différemment ? Aurait-il été partisan d'une légitimité qui ne peut être maintenue qu'en exposant la patrie au plus grand des malheurs, ù l'anarchie ? On sait en quels termes notre grand Bossuct, que j'ai entendu citer avec tant de plaisir par Votre Sainteté, parle, dans une de ses immortelles Oraisons, de l'usurpateur du trône d'Angleterre, du sanguinaire Cromwell. Le défaut de légitimité ne pourrait donc pas motiver le refus du serment de fidélité et d'obéissance à l'autorité de fait, surtout lorsque l'autorité légitime est absente ou hors d'état de protéger la société

Un autre obstacle au serment demandé, c'est la crainte que la promesse d'exécuter les lois du royaume , réunie à celle de fidélité à la Charte et au roi, n'entraîne l'obligation d'exécuter des lois subséquentes qui seraient contraires à la religion Peut-être est-il inconvenant

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d'oser Jmettre une opinion personnelle sur une pareille matière en présence de Votre Sainteté ; mais l'extrême bienveillance dont on est assuré lorsqu'on a le bonheur d'en approcher, m'enhardit à vous faire observer qu'il me semble que le chrétien appelé à jurer l'exécution des lois de son pays ne peut se trouver, par cet acte , obligé à exécuter celles qui sont manifestement contraires à sa religion, à son honneur. L'opinion des publicistes à ce sujet est formelle : tien ne p'escrit contre la religion et contre l'honneu". S'il en était autrement, tous serments en pareille circenstance devraient être interdits, car il serait facile do démontrer qu'il n'y a pas un seul Code connu où il ne se trouve des dispositions capables d'inquiéter les consciences les moins timorées.

Votre Sainteté a eu la confiante bonté de me dire qu'ayant fait des traités avec les puissances, elle craint d'y faire une infraction en permettant le serment avant que ces traités aient été changés, îsé dans la classe moyenne delà société, et m'étant arraché pour la première fois à la vie obscure que j'aime , pour venir à vos pieds remplir une mission , où, malgré mon avis, on a jugé que je pouvais être utile à la tranquillité de mon pays et à la religion , je ne me permettrai pas d'oser élever, devant un souverain aussi éclairé que vous l'êtes. Saint-Père, une discussion de diplomatie à laquelle je suis entièrement étranger; mais, Saint-Père, puisque vous avez daigné avoir pour moi tant d'indulgence en m'écoutant aussi longuement , j'ose vous le demander, ne serait-il pas bien fâcheux que cette belle Église de France fût exposée à être séparée du centre de la catholicité, pour une simple considération diplomatique qui n'aura bientôt plus d'importance, puisque vous n'ignorez pas que la reconnaissance du gouvernement actuel de la France est sur le point d'être effectuée par toutes

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