RUE CASSETTE
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lettres adressées à M. l'abbé F. Lagrange à l'occasion des deux premiers volumes in-S" de la Vie de M ' Dupanloup par NN. SS. les Cardinaux, Archevêques et Evèques.
Lettre de S. Em. le cardinal Layigerie
Garthage, le 25 septembre 1883.
Mon cher chanoine,
Je vous remercie de vous être souvenu que M-1 Dupanloup a été l'un des maîtres de ma jeunesse, et de m'avoir envoyé les deux premiers volumes de son histoire.
Je les ai lus. Ils ont réveillé pour moi tout un passé déjà lointain, avec le charme que l'on trouve à remonter le cours des années, à mesure que l'on remonte dans la vie.
C'est le printemps qui semble, un moment, prêter ses fleurs à l'hiver.
Vous me demandez mes impressions. Je vais vous les dire, avec la franchise d'un vieux missionnaire.
Je loue, avant tout, votre attachement envers celui qui, pendant vingt ans, fut votre évêque et votre Père. Tous les nobles cœurs seront touchés de vous voir garder à celte grande mémoire le dévouement, plein d'abnégation, qui a fait l'honneur de votre vie. Tous admireront la piété filiale qui vous a inspiré souvent des pages attendrissantes, simples et sublimes, où l'historien de sainte Paule s'est surpassé lui-même.
Pour les détails, je ne puis juger que de ceux dont j'ai été témoin. Or, je n'ai vu l'évèque d'Orléans de près qu'au petit séminaire de Paris, où j'ai passé deux années sous sa conduite.
Je vous rends volontiers ce témoignage que, pour ce que j'ai vu, vous ne dites rien de trop.
Jamais maître chrétien n'exerça une action plus extraordinaire. Je m'en suis surtout rendu compte depuis que j'ai pu comparer les hommes en tant de lieux divers. L'année dernière, me trouvant en France, je voulus visiter le séminaire de Saint- Nicolas, dont il était le supérieur. Ce fut pour moi la vraie révélation de son génie. Cette maison vieille et sombre, ces corridors sans lumière, celte cour enfoncée où l'air n'enlre que du
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haut des murs comme dans une prison, ce quartier Saint-Victor avec ses souillures, tout y donne l'impression de la tristesse et du dégoût. Et cependant j'avais vu dans ces mêmes lieux la jeunesse la plus vivante, la plus brillante, la plus heureuse. Lorsque j'y vins, dans mon enfance, je quittais- les montagnes, le ciel de mon pays natal et le petit séminaire de Larressore, qui s'élève au-dessus des vallées de la Xive, sur les premiers contreforts des Pyrénées : tout ce que la nature peut offrir de plus enchanteur et de plus suave. C'était au mois d'octobre. Les brouillards de l'hiver obscurcissaient déjà ce triste séjour. Quel contraste! J'en faillis mourir. Mais peu à peu. dans ces ombres, je vis se lever un autre soleil qui échauffa mon àme et qui l'éveilla de l'engourdissement où elle s'était ignorée jusqu'alors, qui inonda tout de sa lumière. C'était lui, mon cher chanoine, lui dans toute l'ardeur de son esprit, de son cœur ouvert à tous les saints enthousiasmes, qui transfigurait ainsi ce qui nous environnait, qui nous transportait tous, maîtres et élèves, sur les sommets les plus purs des choses divines et humaines. Son port, sa démarche, son regard, sa parole, la foi que révélaient des accents si pénétrants et si nouveaux, tout nous subjuguait dans un mélange d'admiration, de crainte et de respect, que je n'ai plus retrouvé nulle part au même degré. 11 s'en servait pour nous entraîner, à la manière d'un ouragan de lumière et de feu, courbant et absorbant tout, comme c'est la loi des personnalités puissantes, égoïstes en apparence pour ceux qui ne voient que le dehors, mais en réalité, chez lui, tout le contraire; car, s'il voulait tout prendre, c'était pour donner à Jésus-Christ, selon le plan divin tracé par saint Paul : « Omnia vestra sunt, vos autan Christ i. »
Au milieu des nations barbares, quel apôtre il eût été! Le nom de François-Xavier se place involontairement sous ma plume. Mais sa vie n'a-t-eile pas été un constant apostolat au milieu d'une barbarie en un sens plus dure que celle de nos missions?
Je repasse les chapitres de vos deux volumes. Ses catéchismes de la Madeleine, son ministère paroissial, son petit séminaire, les chaires de toutes les églises, le lit de mort de M. de Talleyrand, la Sorbonne, ses écrits sans nombre, depuis son Traité sur l'Education jusqu'à ses avertissements prophétiques contre les débordements et les persécutions du matérialisme athée, ses luttes pour la liberté de l'enseignement et la souveraineté temporelle du Pape, les œuvres de son épiscopal à Orléans, trop peu connues, et qui suffiraient à immortaliser son
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zèle, et jusqu'à son entrée à l'Académie française, tout cela n'a qu'un but : gagner les âmes, les cœurs, son pays, son siècle entier à Jésus-Christ.
Je me souviens qu'après sa réception à l'Académie il répétait avec transport : « Je leur ai fait applaudir l'Evangile ! Je leur ai fait acclamer Jésus-Christ! » Il ne voulait pas permettre qu'on vil autre chose dans son discours.
Il est vrai qu'à côté de ses luttes fécondes contre les ennemis du dehors, il a soutenu d'autres combats. Ils ont une grande place dans vos deux volumes, et ils ne pouvaient pas ne pas l'y avoir, si vous vouliez être historien tidèle. Mais quelle tristesse que ces guerres fraternelles troublant ainsi et arrêtant bientôt les conquêtes commencées!
Rien n'avait été beau comme de voir les catholiques de France, étroitement unis entre eux et aux évèques, leurs chefs naturels, sous l'autorité du Saint-Siège, réclamer lièrement leur part des libertés publiques, au nom de la vérité, de la justice, du droit, de l'amour de leur temps dans ce que ses aspirations ont de légitime, du dévouement à la patrie. Tous marchaient sous le drapeau de ces revendications sacrées, avec quel honneur, quelle faveur populaire, quel succès! vous le constatez dans votre ouvrage. Et quelle armée que celle qui comptait pour chef et pour combattants les Parisis, les Alfre, les Clauzel, les Montaleuibert, les Falloux, les Ozanam, les Veuillot, les llavignan, les Lacordaire! Le futur évèque d'Orléans y avait, comme vous le montrez, marqué dès l'abord sa place, par l'exemple, par l'éloquence, par l'action généreuse.
Jours trop tôt passés, qui semblaient promettre à l'Eglise et à la vérité des triomphes inconnus! De tristes divisions ruinèrent ces espérances. Elles permirent à l'ennemi d'abuser- de nos fautes pour faire peu à peu de l'Eglise, comme au temps de Tacite, avec une habileté à laquelle l'esprit du mal doit se reconnaître, « l'objet de la haine du genre humain ».
Mais je laisse ces pensées amères. Aussi bien n'appartient-il qu'à Dieu de sonder les cœurs et de faire à chacun de nous la part qu'il peut avoir dans des résultats si funestes. Pour moi, les divisions bruyantes entre catholiques me font chaque jour plus d'horreur. Voué à l'apostolat, c'est-à-dire à la réunion dans un seul bercail de toutes les brebis, même de celles qui sont perdues, je ne veux plus avoir désormais sur les lèvres d'autres exhortations que celles de l'apôtre de la charité, aux derniers jours de sa vie : Filioli, diligite invicem, ni dans mon cœur d'autre vœu que celui du maître : Ut unum sint.
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Foui" réaliser ce vœu, la règle est infaillible : c'est celle de l'obéissance et du respect de tous les catholiques, non pas seulement en paroles, mais en actes, envers le Chef que Dieu a donné à son Eglise, envers celui que les Pères nomment dans leur mystérieux et profond langage « le président du banquet de la Paix » : Pie IX hier, Léon XIII aujourd'hui, leurs successeurs demain.
Les faits de la vie publique de votre illustre évêque, le monde entier les connaissait déjà, et quelque intérêt qu'y ajoutent vos récits, je ne vous offenserai point, mon cher chanoine, en vous disant que ce qui est dans votre livre plus intéressant encore et ce qu'aucun de nous ne pouvait savoir, du moins à ce degré, c'est la révélation que M-1 Dupanloup a laissée de lui-même dans ses notes de chaque jour écrites pour lui seul, et qu'il intitule avec un sentiment si chrétien et si humble : « Souvenirs de ce que Dieu nia fait de bien et de ce que j'ai fait de mal. »
Quelle juste idée vous avez eue de faire marcher parallèlement, dans cette histoire, la peinture des faits du dehors et celle de la vie du dedans, qui donne à tout son vrai caractère ! L'intention la plus droite, la pureté, l'amour de Dieu, l'amour des âmes, la règle austère de la piété, la sévérité constante envers soi, la tendresse, l'humilité, en un mot la sainteté du prêtre et de l'évêque éclatent dans ces épanchements secrets, dans ces cris qui s'échappent de son cœur et qui ravissent par l'accent d'une sincérité inimitable.
Ce simple mot qu'il écrit, après la mention de la maladie grave qui manqua de l'enlever à douze ans, au milieu des dissipations dangereuses de son enfance : « Si j'étais mort! »
Ce souvenir de sa cellule de séminariste à Issy : « J'étais quelquefois comme forcé de me mettre à genoux pour adorer Dieu en étudiant la théodicée. »
Cet autre cri, quand il fut évêque : «Jésus-Christ! Jésus- Christ, dont je suis l'évêque et dont je fais l'œuvre ! Je ne dois plus avoir d'autre pensée que Lui ! Tout pour Lui! »
Cette résolution, si souvent renouvelée et si constamment tenue, malgré les occupations d'une telle vie, de faire, dans ses journées, une part aussi grande à Dieu, à la prière, au travail, que celle que lui aurait faite un cénobite : « Ma grande et bien humble résolution, c'est d'avoir un peu de vie intérieure, de vie d'oraison. Quatre heures de prière : deux le matin, deux le soir; sous les verrous, comme dans une tour : tranquillitas magna, comme à la Grande Chartreuse. Et quatre heures de travail de
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cabinet, le matin, avec la même inviolabilité ; autrement, je n'aboutis à rien et manque à Dieu et à l'Eglise. »
Quand on connaît à fond les âmes, c'en est assez pour dire qu'il avait Pâme d'un saint.
Et ces jugements qu'il porte si résolument sur lui-même : « Il faut être un homme nouveau; un homme simple, doux et grave, ferme et bon.
Et enfin, après avoir cité ces paroles de l'Evangile : Martha, Martha, sollicita es et turbaris erg a plurima : « Comme cela est dit pour moi! »
Quand j'ai lu ces six paroles, mon cher chanoine, je me suis arrêté attendri. Je les ai baisées avec respect, comme le père d'Origène baisait le cœur de son fils, parce qu'il y voyait Dieu vivant par sa grâce et par sa lumière.
Quelle révélation non moins touchante de la délicatesse et de la tendresse de son cœur dans ce qu'il dit de sa mère, de ces voyages renouvelés aux lieux où il était né et où il avait tant souffert avec elle, dans le récit de sa mort, de ses regrets de ne l'avoir pas entourée de plus de respect encore et de plus d'amour ! Tout cela est admirable d'émotion filiale et d'humble retour sur lui. Saint Augustin n'a rien écrit de plus éloquent sur Monique.
Continuez à nous le montrer, dans ce qui vous reste à écrire de son histoire, seul en présence de Dieu et de lui-même, dans ces Confessions inattendues. Vous lui assurerez la vénération et l'amour. Ce n'est pas à vous qu'il faut apprendre que saint Jérôme ne se révèle tout entier ni par la science et la sublimité de ses grandes œuvres, ni par les coups implacables qu'il porte à l'ennemi, mais par les lettres immortelles où éclatent sa foi vive, son repentir et son cœur.
Terminez ainsi votre œuvre. Vous nous devez encore, en effet, les dernières années de ce grand évêque, celles où il parut au Concile du Vatican, celles où son patriotisme et son dévouement à l'Eglise se montrèrent si noblement au milieu des malheurs de la France et à la tribune de nos Assemblées.
Je regrette, pour ma part, je l'avoue, qu'ayant entrepris cette histoire, vous ne l'ayez pas complétée tout d'un trait. On l'eût mieux jugée ainsi, et, pour tout dire, je crains que quelquesuns ne vous accusent d'avoir reculé devant cette partie de votre tâche.
Evidemment ce motif n'est pas le véritable, car je ne vois pas pour vous plus de difficultés dans cette dernière partie que dans la première. Vous avez un devoir à rtBcp:ir et tces le
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remplirez : celui d'être sincère jusqu'au bout, comme M?1' Dupanloup l'a élé lui-même. Vous direz donc à vos lecteurs, sans rien dissimuler, même de leurs excès, les détails de cette lutte où il porta d'abord l'impétuosité ardente de sa nature, et à la fin l'humilité de sa foi.
Vous les leur direz et vous ne direz rien qui, en définitive, ne tourne à sa gloire et à celle de Dieu.
J'en puis parler avec liberté, puisque je n'étais pas avec la minorité durant le Concile. Or je pense qu'on n'a jamais vu, dans l'Eglise, une opposition plus décidée, et ensuite un triomphe plus complet de l'unité. Ces mêmes hommes, ia plupart si considérables, qui s'étaient prononcés avec éclat tant que dura la liberté des controverses conciliaires, ont ensuite étonné le monde par la simplicité de leur soumission. Pas un seul n'est resté en arrière. On a vu ces grands evèques d'Allemagne, si brillants d'ardeur et d'éloquence, devenir, une fois la sentence prononcée, les martyrs de la définit ion qu'ils avaient combattue. Ils ne se sont pas contentés d'obéir, ils ont défendu jusque dans les fers le dogme proclamé par le Concile. Ils ont prouvé que les attaques dont il était l'objet, et en particulier l'accusation d'avoir changé l'antique enseignement de l'Eglise, ne provenaient que de confusions créées par la passion ou par l'ignorance.
Telle a été aussi l'attitude des évêques de France, avec d'autant plus de mérite pour chacun d'eux qu'ils avaient porté plus loin l'opposition tant que celle-ci restait libre. L'honneur de l'évèque d'Orléans est précisément, je le répète, d'avoir fait succéder à ses ardeurs, comme toujours extrêmes dans le combat, son adhésion humble et paisible. Vous l'avez vu non seulement dans ses actes publics, mais encore dans le plus intime de son âme, puisque vous en avez eu les derniers épanchements. . Devant Dieu, les défaites finissent par se changer en victoires, lorsqu'elles sont ainsi rachetées. Et, en fait, hW Dupanloup n'a jamais mieux montré au monde ce qu'il a répété si souvent durant sa vie pour prouver la supériorité de l'Eglise sur tout ce qui est humain, à savoir qu'elle est la plus grande école de vraie liberté, d'autorité et de respect.
lu dernier mot. et en un sens le plus important de tous. Vos deux volumes, écrits si près, trop près peut-être des événements et à la suite de tant de luîtes, ne peuvent manquer de trouver des adversaires. Si vous ne voulez pas trahir la mémoire de votre évêque et de votre l'ère, ne répondez pas un seul mot à leurs attaques. Contentez- vous d'effacer, dans les éditions qui
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suivront à coup sûr, les erreurs de détails dans lesquels vous auriez pu tomber. Il ne faut pas de polémique entre le; catholiques, dans les temps pleins de périls que nous traversons. Il n'en faut pas sur cette tombe : il n'y faut que le respect et la paix.
Croyez, mon cher chanoine, à mes sentiments les plus dévoués,
f Charles, cardinal Lavigerie,
arch. d'Alger, adm. de Cartilage.
Lettre de S. Em. le cardinal Haynald.
Très vénéré monsieur le chanoine,
Aujourd'hui, cinquième anniversaire de ce triste jour où le grand évèque d'Orléans, M-1' Dupanloup, nous a été enlevé par la mort, permettez que, comme hommage à la mémoire de cet homme éminent, je vous adresse tous mes remerciements pour les deux premiers volumes de votre ouvrage qui a pour titre : Vie de M'Jr Dupanloup, ouvrage écrit par vous avec non moins d'affection pour celui qui fut votre illustre évèque que de zèle éclairé pour l'Eglise.
Vous retracez en homme qui les connaît bien les vertu-, l'admirable piété et les immortels services rendus à L'Eglise par un prélat que nous comptons à juste titre parmi les premiers hommes de notre temps, ceux qui furent héroïques dans la défense de la religion et le dévouement au salut des âmes. Son nom et ses œuvres sont partout célébrés, même chez ceux qui, bien que souvent hostiles à l'Eglise, savent apprécier les nobles travaux, les infatigables efforts pour les belles causes.
On est charmé de voir dans votre récit comment cet homme supérieur fut formé dès sa tendre jeunesse pour les grands travaux qui devaient remplir sa vie; comment, soit dans les œuvres de la paix, soit dans les saints combats et les triomphes, il resplendit; combien illustres et nombreux furent les champs de bataille où son zèle et sa prodigieuse activité éclatèrent, «-t de quels glorieux succès furent couronnés sa constance intrépide et son infatigable ardeur.
Une grande reconnaissance vous est donc due pour avoir retracé une si belle image de cette noble vie et avoir présenté ce grand modèle à tous ceux qui ont la passion du juste et du bien; modèle que tout chrétien, tout prêtre, à quelque degré
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humble ou élevé de la hiérarchie qu'il soit placé, sera heureux d'imiter dans la mesure de ses forces; et ainsi aurez-vous été d'un grand et utile secours à beaucoup pour le saint ministère, pour leur propre salut, pour le service spirituel des cames, pour le bien de la sainte Eglise.
Mais j'ai une raison toute spéciale de vous remercier de votre beau travail, moi qui, si intimement lié a M-! liupanloup, — moi petit à lui si grand {ego panas Mi magno) — dans de graves circonstances pour l'Eglise, ai pu non seulement admirer de loin, mais encore voir de près son talent, sa piété, son zèle, sa grandeur d"àme.
Ainsi, en 1862, à Rome, à l'occasion du grand concours dévèques qui s'y fit pour la canonisation des martyrs japonais, et aussi dans cette assemblée plus nombreuse encore qui s'y réunit en 1867, j'eus cet honneur d'être choisi avec lui par les évèques pour faire partie de la grande commission chargée de préparer l'adresse de l'épiscopat au Saint-Père et de la souscommission de cinq membres chargée d'en formuler le texte même..
Et si, dans l'une et l'autre circonstance, malgré le mérite de mes quatre collègues je fus désigné pour tenir la plume et rédiger l'Adresse, cette mission ne me fut confiée que parce que ceux qui m'en honoraient — et qui, en 1867, comptaient parmi eux le grand évêque d'Orléans et le célèbre archevêque de 'Westminster, M^1 Manning — savaient bien que, dans ce travail, je ne devais faire autre chose que traduire leurs grandes pensées.
Je fus en plus intime union encore avec M-p Dupanloup à i'époque du Concile œcuménique du Vatican, dans les sollicitudes et les labeurs qui préoccupaient alors tout homme de cœur. Je n'ai pas à m'étendre ici sur ce point ; je ne veux rappeler qu'une chose. Nous nous rencontrions tous les jours en lieux publics et privés. D'ordinaire nous étions d'accord pour la pensée et pour l'action ; mais, une fois ou deux, j'en dois faire loyalement l'aveu, je conseillai ou je suivis une autre manière de procéder que la sienne. Il lui arriva un jour de m'adresser, avec sa véhémence accoutumée, quelques paroles vives; mais je ne cessai jamais, alors même, d'admirer ce noble zèle pour le bien de l'Eglise qui lui faisait mettre de côté, pour lui-même comme pour les autres, toute considération de personnes : à travers ces élans où sa vivacité naturelle à défendre ou à exposer son opinion avait pu l'entraîner, comme la pureté éclatante de ses intentions resplendissait! Et en même temps quelle