‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 3)Chapitre 65 sur 259 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

et que notre cher Prélat est courageux! Il a toute ma sympathique admiration. 3>

' Cependant, si l'évêque d'Orléans était dédaigneux des injures, il ne pouvait pas ne pas prendre en haute considération des critiques comme celles qu'un de ses vénérables collègues, M=^ Dechamps, avait publiées dans les journaux contre ses Observations, à la veille même de l'ouverture du Concile. Mais, au lieu d'une réponse soudaine et vive, à laquelle plusieurs s'attendaient, il voulut au contraire se donner tout le loisir de préparer, à travers les occupations qui allaient tomber sur lui, un écrit calme, grave et mesuré, où il essayerait d'expliquer aussi complètement que possible sa pensée.

Ainsi, comme il l'avait prévu, la question de l'infaillibilité émergeait tout d'abord et dominait le Concile. Au point de vue théologique, cette question arrivait à l'assemblée vaticane autrement mûre qu'à l'époque du Concile de Trente : la délinition fut alors écartée, et plus tard se produisit, on sait à la suite de quels incidents, la Déclaration de 1682. Mais depuis, grâce au temps, aux événements, à de savants travaux, la thèse de l'infaillibilité avait fait de grands progrès et était devenue, même en France, l'enseignement commun. Elle était, nous l'avons déjà dit, l'opinion théologique de l'évêque d'Orléans. <:( Le Pape, écrivait-il à M. de Montalembert, cinq ans avant le Concile, dans une lettre dont nous citons plus loin un long fragment, le chef de l'Eglise est infaillible, quand il parle en son nom, dans les conditions où l'infaillibilité a été promise. »

Cependant, fallait-il la définir? Pourquoi pas, disaient les évêques qui voulaient la définition, si elle est la vérité? Et, d'ailleurs, la chute imminente du principat temporel n'était-elle pas une nouvelle et grande raison de mettre dans une certitude désormais incontestable toutes les prérogatives spirituelles accordées par Jésus-Christ à son Vicaire, et à en finir avec une question qui avait plus d'une fois troublé l'Eglise? Et enfin, n'était-il pas manifeste qu'il s'était fait providentiellement, en ce siècle^ un mou-

vement des esprits et des cœurs catholiques vers le Saint- Siège, mouvement dont le terme logique semblait être la définition de l'infaillibilité? Les évêques qui pensaient ainsi avaient les yeux fixés surtout sur l'Eglise.

Mais d'autres évêques, sans méconnaître ces points de vue, regardaient aussi au dehors, aux dispositions menaçantes, aux ombrages injustes mais trop réels des gouvernements modernes, à la situation précaire du Pape, aux périls des Concordats, aux Kulturkampfs visibles à Thorizon; et, précisément parce que la doctrine de l'infaillibilité, quoique non encore unanimement admise, n'était cependant plus menacée, ces évêques croyaient qu'il fallait peser les conséquences qu'une telle définition, eu égard aux difficultés qu'ils y voyaient et à l'état des esprits de nos jours, pouvait entraîner.

Il est facile, maintenant que la solution est intervenue, de voir et de dire ce qui était dans les desseins providentiels; mais alors, qui pouvait savoir avec certitude de quel côté définitivement soufflerait l'esprit de Dieu? Les évêques qui arrivaient au Concile avec une conviction sur l'opportunité ou l'inopportunité d'une définition n'avaient pas seulement le droit, mais le devoir, de chercher par les moyens licites à la faire prévaloir; car, après tout. Dieu se sert des hommes, dans un Concile comme ailleurs, pour son œuvre, et, dans un Concile, ce n'est pas aux débats préparatoires, mais à la déclaration finale, qu'est promise rinerrance ^ Nous ne pouvons donc en aucune façon nous associer à certaines passions non encore apaisées, et condamner comme coupables (sauf les torts particuliers et les fautes de détail, s'il y en a eu) deux cents évêques de l'Eglise catholique, qui sont en cause ici non moins que M?'" Dupanloup; surtout quand il s'agit d'une question qui n'était pas l'objet proclamé du Concile, que le Pape n'avait pas posée officiellement, sur laquelle il n'avait fait encore aucune déclaration publique, et dont

1. Nûu> nous étonnons qu'une plaisanterie de Pie IX sur les trois périodes d'un concile, celle du diable, celle des hommes, celle du bon Dieu, prenne place dans l'histoire sérieuse.

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