CHAPITRE VI
ralentit, et l'œuvre languit et périclite ; il devient nécessaire d'y souffler de nouveau la flamme. Il fallait créer de plus des œuvres nouvelles, pour répondre aux besoins nouveaux. Les œuvres, nous l'avons vu, furent une des branches de son administration diocésaine ; un vicaire général leur fut spécialement préposé. Mais de plus, les rapports personnels de l'évêque avec chacune d'elles, le soin extrême qu'il meltait à leur choisir de bons directeurs, de bonnes directrices, ses fréquentes apparitions dans leurs réunions, sa puissante parole, la sollicitude dont on le savait animé à cet endroit, les relevèrent, et y firent circuler une plus active vie. Souvent aussi l'évêque d'Orléans réunissait chez lui, en conseil, les chefs des différentes œuvres orléanaises, pour conférer avec eux sur ces œuvres, et activer incessamment leur zèle. En somme, sauf une ou deux exceptions, pour des œuvres placées dans des conditions spéciales, l'Œuvre des militaires par exemple, qui ne mourut pas, qui fut supprimée par les ombrages du pouvoir, à l'époque des luttes de ."\Krr Dupanloup pour la souveraineté pontificale, aucune de celles qu'il trouva à Orléans ne périt pendant son épiscopat : toutes refleurirent ; mais de plus, pendant près de trente ans qu'il gouverna l'Eglise d'Orléans, que d'œuvres nouvelles il vitéclore sous ses yeux et comme à son souffle ! Ici encore nous ne pouvons que donner quelques indications.
Une des principales œuvres de piété dont il a été le promoteur fut l'Adoration perpétuelle, instituée par les Statuts synodaux des 28 et 29 septembre 1852. Persuadé que si cette œuvre était inaugurée avec solennité dans sa cathédrale, d'abord elle y serait parfaitement accueillie du clergé et des fidèles, et ensuite elle s'introduirait sans peine dans les autres paroisses de la ville épiscopale et dans le diocèse tout entier, il voulut que cette inauguration fùtsplendide. Quelques objections craintives lui furent bien faites, la pénurie de la fabrique, par exemple : il passa outre, et prit sur lui la plus grosse part de la dépense. Il annonça donc ce Triduum d'adoration, avec l'art qu'il savait mettre dans ses recommandations pastorales : puis déploya dans
'J-i VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.
la cathédrale une pompe extérieure qu'on n'y avait pas encore vue. Il lit tendre le sanctuaire, de la voûte au pavé, de magnifiques draperies rouges, ornées des emblèmes eucharistiques : c'était un don qu'il faisait à sa cathédrale ; à toutes les colonnes de la vaste nef, des oriflammes furent suspendues : la nef elle-même, ornée de sapins et de feuillage, était comme une avenue magnifique, conduisant à l'autel tout resplendissant de lumière. Il anima cette solennité de sa parole. Ce fut alors qu'il prêcha cette octave si goûtée sur le saint Sacrement. Tout Orléans lut entraîné, à la douce surprise et joie du vénérable curé, prêtre très pieux, mais un peu timide, et inaccoutumé à ce grand mouvement.
L'exemple de la cathédrale fut imité dans les autres paroisses, et celte année même, ces solennités eurent lieu dans presque tout le diocèse : et à partir du premier dimanche de Lavent, de la nouvelle année ecclésiastique 1853-1854, l'œuvre fut établie dans le diocèse entier. « C'est sur votre foi. Nos chers Cooperateurs, sur votre dévouement, sur votre industrieuse pieté, que je compte par-dessus tout, écrivait-il à son clergé, dans une circulaire du 20 mai 1853. Il n'y en a pas un parmi vous qui ne puisse, pour l'ornement de son église et de son autel, ce que j'ai vu avec une si douce consolation se faire par des prêtres zélés dans les paroisses les plus humbles, dans les campagnes et dans les villages les plus pauvres de ce diocèse. » « Toutefois, si les ressources vous manquent, ajoutait-il dans une nouvelle circulaire du -i novembre de la même année, si vos besoins sont réels, n'hésitez pas à me les faire connaître. La Providence ne nous manquera pas, et toutes les fois que la gloire de Dieu, l'honneur du sacerdoce et la dignité de nos églises le demanderont, je serai toujours trop heureux et trop honoré de tout partager avec vous. »
C'est dans les mêmes pensées qu'il établit dans sacatbédrale une confrérie d'hommes dite du saint Sacrement : et ce fut sur cette confrérie qu'il compta, et il ne fut pas déçu, pour fonder comme complément à l'Adoration perpétuelle, l'Adoration nocturne : sorte de garde d'honneur
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qu'il voulait assurer à Notre Seigneur pendant ce Triduum de publique exposition pour la solitude des nuits1.
Les œuvres populaires l'occupèrent beaucoup aussi. C'est la première année de son épiscopat, en 1850, que, avec ses encouragements et ses conseils, à côté de la Société de secours mutuels de Saint-François Xavier, seule œuvre d'ouvriers qui existât alors à Orléans, fut créée, par le pieux et généreux abbé Miron -, la Société dite de Persévérance, dont font partie trois cents braves pères de famille. Cette œuvre admirable eut les prédilections de MsrDupanIoup. Les grandes réunions pour la remise des diplômes avaient lieu d'ordinaire à Févèché. Quand il fut question d'agrandir enfin l'étroite salle où elle tenait ses séances, chez les frères de Saint-Bonose, non seulement il y contribua pour sa part, non seulement il pressa l'exécution de ce projet, il lit plus: il sollicita par un mandement spécial la générosité orléanaise à cet efl'et3. Et quels accents il savait trouver, quand il parlait des ouvriers, du peuple ! Comme on sentait qu'il les portait dans son cœur l que c'étaient ses enfants préférés !
1. On trouve dans les Œuvres pastorales de l'évèque d'Orléans les document ssuivants, témoignages de sa piété envers le très saint Sacrement et de ses efforts pour en promouvoir le culte : Statuta synodalia de cultu S. S. Sacramenti, lre série, t. Iï, p. 179. — Statuta synodalia de perpétua S. S. Sacramenti adoratione. Ibul., p. 150. — Lettre pour l'exécution du statut synodal concernant V Adoration perpétuelle du très saint Sacrement. Ibid., p. 196. — Lettre relative aux lampes qui doivent brûler nuit et jour devant le saint Sacrement. Ibid., p. 206. — Lettre aux fidèles d'Orléans pour les remercier de leur <ele à V occasion des fêtes et de la procession du très saint Sacrement. Ibid., p. 212. — Deuxième série : InstruUion pastorale sur les moyens pratiques de renouveler et de propager la dévotion au très satnt Sacrement, t. II, p. 1-107. — Lettre et ordonnance relatives au culte du très saint Sacrement. Ibid., p. 107-1-19. — Nous savons que, depuis la publication de notre ouvrage, ces deux derniers documents en particulier ont été mis par des directeurs de retraites entre les mains d'ecclésiastiques retraitants, et lus par eux avec une extrême édification.