I. — Choix des deux premiers Ohlats pour la Rivière-Rouge
Mgr Provencher, nous venons de le voir, avait multiplié les Difficulté de sollicitations et les voyages pour obtenir des missionnaires ; en 26 ^trouver des ans, 12 prêtres séculiers seulement étaient venus lui apporter ^cuiiers81103 leur concours dans l’immense district qu’il avait à évangéliser; encore, la plupart d’entre eux, après 1, 2, 5, 10 ans de séjour, étaient retournés dans le diocèse de Québec, épuisés ou dégoûtés.
“Je ressemble, disait un jour tristement le prélat à l’un de ses missionnaires, je ressemble à un chêne qui demeure seul debout au milieu d’une plaine où l’orage emporte tous les autres arbres ( 1 ) . ”
Il parut plus difficile encore à Mgr Provencher de trouver des prêtres dans le diocèse de Québec après l’érection du district de la Rivière-Rouge en vicariat apostolique. Désormais en effet, l’évêque de Québec, débarrassé de la charge de ces missions devant Dieu et devant l'Eglise, n’aurait plus la même obligation à leur trouver et à leur envoyer des apôtres.
Mgr Provencher comprit qu’il lui fallait chercher dans une Nécessité de
r ... missionnaires
congrégation religieuse les coopérateurs dont il avait besoin. réguliers.
Puisqu’il est le vicaire du Pape, il lui convient de demander au Pape lui-même les milices soumises à son autorité immédiate pour les nécessités de l’Eglise universelle. Auxiliaire de l’évêque de Québec, il avait été aidé par les prêtres de cette Eglise particulière; vicaire de “l'apôtre” universel (2), c’est -
(1) Paroles dites à Mgr Laflèclie, qui nous les a rapportées lui-même.
(2) Nous n’apprenons à personne qu’au moyen-âge le Pape était souvent appelé “l'apôtre,” comme maintenant encore on appelle son siège le Siège apostolique.
à-dire du Souverain Pontife, il devait se faire aider par les corps religieux, immédiatement dépendants du Chef de l’Eglise.
Aussi bien, ces nouveaux auxiliaires tiendront plus longtemps sur le champ de bataille. Un religieux, lié par ses vœux, établi dans le renoncement par une volonté que les épreuves du noviciat ont longuement mûrie et que fortifient sans cesse les grâces de sa vocation, est mieux à l’abri des défaillances de la nature parmi des difficultés et des privations sans cesse renaissantes.
Enfin, une congrégation, ce n’est pas un individu, c’est une légion. Or, pour conquérir d’immenses territoires, il faut une armée, avec son nombre et sa discipline. Les individus n’ont point des vues uniformes et, en disparaissant, emportent avec eux dans d’autres pays ou dans la tombe leurs projets et trop souvent les premiers essais des entreprises les mieux concertées. “ Des prêtres séculiers, écrivait Mgr Provencher, iront lentement; il n’y a pas d’ensemble dans leurs vues, outre qu’ils ne mettent la main à la charrue que pour un temps qu’ils trouvent toujours trop long (1). ” Une congrégation, elle, ne varie pas, comme elle ne meurt pas, toujours la même, toujours à la même tâche.
Ces pensées s’étaient présentées depuis longtemps à l’esprit de Mgr Provencher; mais elles prirent, lorsqu’il fut devenu vicaire apostolique, une vivacité et une insistance irrésistible. Il continua de demander des prêtres séculiers pour ses missions. “ Travaillez tous à l’évêché (de Québec), écrivait-il l’année même de l’érection du vicariat apostolique, à me procurer des prêtres pour l’année prochaine : avant qn'ils soient capables de parler, bien des sauvages iront en enfer, outre ceux que les méthodistes détourneront de venir à nous. ” Mais il était bien convaincu que les missions sauvages ne prendraient un grand développement qu’avec des missionnaires appartenant à l’état religieux (2).
( I ) Lettre à M. O.-F. Cazeau, secrétaire de l’évêque de Québec, 30 juin 1844, Les lettres de Mgr Provencher ont été copiées dans un grand registre qui se trouve à l’archevêché de Saint-Boniface. C’est ce registre que nous citerons.
(2) Mgr Provencher appartenait au clergé séculier, si vénérable au Canada
ARCHEVÊQUE DE SAINT-BONIFACE
Entre toutes les congrégations soumises immédiatement au Chef de l'Eglise, se distinguait alors, par la ferveur de son esprit et l’éclat de ses services, un institut récent, fondé peu après la tourmente révolutionnaire par Mgr de Mazenod, évêque de Marseille, et établi dans le Canada depuis trois ans, les Oblats de Marie Immaculée.
Mgr Provencher, après s'être longtemps recommandé à la protection de la Vierge Immaculée et des saints, s’était adressé au vénérable fondateur lui-même, en allant à Home, pour lui demander quelques-uns de ses fils spirituels. Mgr de Mazenod, dont le cœur était grand comme le monde, consentit à jeter une fondation jusqu’à la Rivière-Rouge, contrée alors presque entièrement inconnue en France. Il donna ses instructions au R. P. Guignes, provincial des Oblats au Canada, plus tard premier évêque d’Ottawa. Celui-ci désigna le P. Aubert pour les missions de la Rivière-Rouge.
Le F. Taché, nous l’avons dit, faisait alors son noviciat. Il vepait d'obtenir la guérison de sa mère en s’offrant au Sauveur du monde pour l’évangélisation des tribus sauvages de l’Ouest. Dès qu’il connut la demande de Mgr Provencher, il alla s’offrir, malgré sa jeunesse pour ces missions lointaines et sollicita avec instance la permission de leur consacrer toute sa vie. La manifestation de l’ardent désir qui m’animait, écrivait -il plus tard à sa mère, fut regardé comme l’effet de la volonté de Dieu; mes offres furent acceptées. Le R. P. Guigues, provincial des Oblats du Canada, me désigna pour compagnon du R. P. Aubert, à qui on remit le soin de fonder la mission (1).” Il avait 21 ans révolus, manquait de quelques mois pour être ordonné diacre et reçu à la profession religieuse; il avait l’air plus jeune encore qu’il ne l’était.
par ses lumières et ses vertus ; mais il avait pour l’état religieux et les personnes consacrées par les vœux de religon cette profonde estime qu’on trouve au Canada si généralement dans le clergé. Ayant entendu dire que quelquesuns avaient critiqué l’appel des Oblats de France, il écrivit à M. Cazeau : “ Si ces prêtres ne veulent pas d’étrangers, qu’ils entrent eux-mêmes dans le corps régulier.” — Lettre du 20 juin 1855. — Copies à l’archevêché de Saint- Boniface.
(1) Saint- Boni] ace, 25 août 1845.
Acceptation
des Oblata.
Observation.
iüa route des canots.
Ce fut un grand jour dans l’histoire de toute l'Eglise que celui où ce jeune homme, d’autres diraient, cet enfant fut accordé, avec le P. Aubert, au vénérable évêque de la Rivière-Rouge.
Jésus-Christ a été envoyé en ce monde pour souffrir et pour choisir, ses apôtres: pour souffrir principalement: “ C’est pour cela, dit-il, que je suis venu à cette heure (1);” mais aussi pour choisir ses apôtres et les envoyer à toutes les nations de la terre; car lui-même ne devait évangéliser qu’un petit coin du monde ; “ la parole ” au contraire des apôtres “ devait retentir par tout l’univers et le son de leur voix pénétrer jusqu’aux extrémités de la terre (2). ” Mgr Provencher, lui aussi, a été envoyé aux Pays cVen haut pour y souffrir et y introduire des apôtres: pour souffrir d’abord, car les Eglises particulières, comme l’Eglise universelle, “ sont plantées dans le sang ” ou les larmes ; mais aussi pour y amener des apôtres, qui parcourront ces immenses régions dont il n’a évangélisé qu’une petite partie. Ces apôtres, nous en avons vu les précurseurs clans ces dix admirables prêtres de Québec que nous avons nommés plus haut et qui trouveront encore dans le clergé séculier de clignes et nombreux émules ; mais nous les vénérons surtout, durant la seconde moitié du XIXe siècle, dans les Oblats de Marie Immaculée, et. à cette heure, nous les saluons dans le Père Aubert, leur premier supérieur à la Rivière-Rouge, et dans le Frère Taché, qui héritera bientôt de la houlette de Mgr Provencher et deviendra dans “ cette terre de la vision ” le père d’un grand peuple.