LA FAMINE DE
Les sauterelles firent plus de ravages encore en 1868 que clans Ravages des les années précédentes. " La grande ", mais triste " nouvelle à en ises. vous envoyer, écrit l'Evêque au P. Aubert le 21 juillet, c'est que nous sommes menacés de la plus affreuse misère : la famine est à nos portes. On n'a jamais rien vu de semblable. Les sauterelles ont complètement détruit toutes les récoltes, et cela dans toute l'étendue du pays. Il n'y a pas un oignon dans nos jardins, pas un épi dans nos champs. La terre est comme le jour où nous l'avons hersée (1). "
Les habitants de la Rivière-Rouge avaient une autre ressource, insuccès des au moins aussi importante que la culture ; c'était la chasse. Or chasses., la chasse fut, cette même année, complètement infructueuse. Les chasseurs revinrent de la prairie " n'apportant absolument rien (2). " " Il n'y a pas une once de provisions à vendre dans le pays, écrit Mgr Taché au mois de juillet. La misère est déjà affreuse et s'annonce formidable pour l'hiver prochain. Nous n'avons pas de quoi engraisser un pourceau et nous n'aurons rien à semer l'année prochaine (3). "
Mgr Grandin arriva d'Europe à la Rivière-Rouge au milieu Retour de
, . . Mgr Grandin ,
de cette désolation. Il a souvent raconté depuis la pénible impression qu'il éprouva en voyant les arbres dépouillés de leurs feuilles et tout rongés par les insectes, les champs dénudés ne présentant, au lieu de moissons, que quelques débris de chaumes. Mgr Grandin, en effet, nous l'avons dit, était demeuré en
(1) Saint- Bonif ace, 21 juillet 1868. — Archives de la Maison générale des Oblats.
(2) Lettre an P. Aubert, 21 juillet 1868.
(3) Bnd.
France après les fêtes du centenaire et la tenue du chapitre, afin de chercher des ressources en hommes et en argent pour ses missions. Dieu avait béni ses efforts : il arriva à la Rivière- Rouge au commencement de juillet avec seize missionnaires, Pères ou Frères: les Pères Légeard, Dupin, Doucet et Fourmont, avec les Frères JSTémoz, Gérante, C. Guillet, Leriche, Bocl, Grézeau, etc., avec une quantité considérable d'effets de toutes sortes; car, on le sait, la monnaie était encore inconnue dans la région des missions sauvages et tous les échanges s'v faisaient en nature, comme aux premiers jours du genre humain.
Mgr Taché avait envoyé jusque à Saint-Paul des charrettes, des chevaux et des bœufs avec des métis pour amener son Coadjuteur et ses compagnons avec leurs effets. Il déploya la plus grande activité pour organiser la caravane qui les emmènerait vers les missions du Nord. Les Pères et les Frères venus de France avec Mgr Grandin étaient bien étonnés de voir l'Evêque de Saint-Boniface s'occuper avec tant de zèle de charrettes et de bêtes de somme, 'descendre à tous les détails, tout prévoir et tout régler. Il confia à Mgr de Satala tous les effets destinés aux missions du MacKenzie et venus soit avec lui, soit par d'autres voies, nota avec soin ce qui était pour les missions de Mgr Faraud et pour celles de son Coadjuteur; aujourd'hui encore ces Frères parlent avec admiration de la prévoyance et de l'activité du grand Evêque.
Le samedi 26 juillet, la caravane partit de la Rivière- Rouge, avec une longue file de grosses charrettes attelées de bœufs et de chevaux. Mgr Taché accompagna son cher Coadjuteur et les missionnaires jusqu'à Saint-François-Xavier. Le lendemain, dimanche, il voulut que Mgr de Satala officiât pontificalement dans cette église. Le lundi, il marcha longtemps encore avec celui qu'il aimait tant jusqu'au campement de midi et lui fit enfin des adieux pleins de larmes de part et d'autre, qui •émurent tous ceux qui en furent témoins.
Le 12 août, Mgr Grandin arriva en face du fort Carlton. Il ne fallut pas moins de huit jours pour transporter toute la troupe et tous les bagages de l'autre côté de la Siskatchiwan.
Un accident fit perdre à l'Evêque de Satala tout ce qu'il avait de plus précieux, un calice et un ciboire que lui avait donnés Pie IX, plusieurs autres vases sacrés, des ornements pontificaux et sacerdotaux d'un grand prix, etc. Après le passage de la Siskatchiwan, les missionnaires se séparèrent. Mgr Grandin se rendit d'abord à l'Ile-à-la- Crosse, éprouvée l'année précédente par l'incendie et passa un mois avec trois Pères, sept Frères et une quinzaine d'enfants dans une baraque construite après les destructions du feu. Le 25 octobre, il arrivait à Saint- Albert, place Arrivée do toute récente encore, où il y a une petite église de 42 pieds sur à st-Aibert. 20 et une maison des missionnaires de 20 sur 20, où il va résider désormais, d'abord comme Coadjuteur du fondateur et de l'époux de cette nouvelle Eglise, puis comme Evêque titulaire, comme l'époux qui lui empruntera son titre et lui donnera la fécondité des parfaites épouses de Jésus-Christ. Mgr Taché lui écrit cinq jours après son arrivée à Saint-Albert : " Bon Seigneur, déjà depuis neuf ans vous avez reçu la consécration épiscopale : que de choses passées depuis ! Une seule peut-être est demeurée ce qu'elle était alors, l'affection si vive et si sincère qui nous unit (1). "
Dès lors, Mgr Grandin ne relevait plus de Mgr Taché dans le vicariat reii-
. 1 ° gieux de
gouvernement intérieur des Oblats de ses missions. A la deman- st-Aibert. de de Mgr Taché, ainsi que nous l'avons dit, les missions du Nord-Ouest avaient été érigées en vicariat indépendant de celui de la Eivière-Eouge.
Le démembrement du vicariat de Mgr Taché préparait celui du diocèse de Saint-Boniface.
Mgr Grandin avait passé sa vie dans les missions du Nord- Projet de divi-
l- ± ser la pro-
Ouest, avec les sauvages et les métis ; il était, chacun le sait, d'un SïïSqu^de caractère excessivement sensible et un peu timide. Depuis l'é- Quebectablissement de la Confédération canadienne et devant les transformations qui se préparaient à la Eivière-Rouge, la succession de Mgr Taché l'effrayait : " Mgr Taché, disait-il, aura peut-être beaucoup de peine à défendre son peuple contre les envahisseurs
(1) Lettre du 30 nov. 1868. — Archives de l'évêché de Saint- Albert.
habiles et puissants qui vont arriver: que pourrais-je, si je venais à lui succéder ? " Il demanda au cardinal Barnabe-, Préfet de la Propagande, s'il n'avait pas quelque moyen d'éviter la succession de Mgr Taché dans le cas où celui-ci viendrait à mourir. " Le seul moyen que vous ayez, lui répondit le cardinal, c'est de cesser d'être son Coadjuteur." L'éventualité de cette succession le frappait d'épouvante. Nous allons le voir travailler à devenir Evêque de Saint-Albert, par crainte de se trouver un jour malgré lui Evêque de Saint-Boniface (1).
En attendant, la divine Providence préparait tout doucement les voies à l'érection du siège de Saint-Albert et à la transformation du Coadjuteur de Saint-Boniface en Evêque titulaire.
Le Canada tout entier n'avait formé jusqu'alors qu'une province ecclésiastique. Il devenait nécessaire, depuis l'établissement de la Confédération, après les progrès déjà accomplis de la religion, en prévision de progrès plus considérables encore, d'ériger plusieurs métropoles.
Un concile avait été convoqué à Québec pour le 7 mai 1868 ; il était appelé à délibérer sur l'opportunité de remplacer l'unique province ecclésiastique de Québec par plusieurs provinces nouvelles.
Le Canada se partageait naturellement en deux divisions : la province civile de Québec, où dominait la race française et la province civile d'Ontario, où dominait la race anglaise. Il devenait tout naturel de constituer une province ecclésiastique de Québec pour les pays de langue française et une province ecclésiastique d'Ontario pour les régions de langue anglaise.
Mais que deviendra Saint-Boniface avec l'immense territoire presque désert qui s'y rattache?
Mgr Taché, par modestie, n'aurait jamais voulu prendre l'initiative pour demander que Saint-Boniface devînt une métro-
(1) C'est Mgr Grandin lui-même qui, dans des conversations intimes, nous a raconté que telles étaient les raisons qui lui avaient fait désirer et demander l'érection du diocèse de Saint-Albert, ainsi que nous le raconterons plus loin.
pôle. Mais il redoutait de voir son diocèse uni à la province de langue anglaise, dont elle était plus rapprochée. Il exprime ces craintes dans un grand nombre de lettres. "Je ne pense pas pouvoir me rendre au concile provincial pour le mois de mai, écritil à l'Evêque d'Ottawa le 29 décembre 1867. La question de la division de la province m'intéresse pourtant vivement. Je ne sais pas où vous allez nous caser; mais je vous avoue que je regretterais beaucoup d'être uni au Haut-Canada, qui ne pourra rien pour nous et auquel nous ne nous rattachons par aucun point, si ce n'est pas les hauteurs qui nous séparent (1). " Mgr Taché pria son Ooadjuteur de faire une seconde fois le voyage de Eome avant de quitter l'Europe et de demander à la Propagande que Saint-Boniface ne fît point partie de la province de Toronto. Mgr Grandin fit en effet le voyage ; mais on lui répondit que le Saint-Siège attendrait les propositions du concile de Québec avant d'étudier lui-même la question.
Mgr de Saint-Boniface, autant par délicatesse qu'à raison de Décision du^ ses occupations, prit le parti de ne point se rendre lui-même au de Québec, concile de Québec; mais comme son Coadjuteur devait revenir de France vers l'époque assignée pour la tenue du concile, il le pria de faire en sorte de s'y trouver, s'il le pouvait absolument; puis, n'étant pas certain que Mgr Grandin pourrait arriver assez tôt, tenant cependant beaucoup à être représenté au sein de la vénérable assemblée, il y députa M. Eitchot, curé de Saint-Norbert.
Et en effet, le jour de l'ouverture du concile, Mgr G-randin n'était point arrivé encore et M. Eitchot fut admis à tenir la place de Mgr l'Evêque de Saint-Boniface; mais le Coadjuteur arriva le lendemain et siéga dès lors à la place de son Evêque (2).
(1) Archives de l'archevêché d'Ottawa.
12) Le concile avait d'abord été convoqué pour la fin de mai. Or, Mgr Grandin, selon les arrangements qu'il avait pris, devait quitter le Bas-Canada vers le milieu de mai pour retourner dans ses missions. Mgr Taché, désirant que son Coadjuteur pût aesieter au concile, écrivit à l'archevêque de Québec " pour le prier de hâter la convocation du concile, afin que Mgr Grandin pût y assister." L'archevêque fixa alors
La question de la division, de la province ecclésiastique de Québec fut aussitôt examinée. Les évêques furent unanimes à proposer et à demander au Saint-Siège l'érection de trois provinces nouvelles à la place de Tunique province ancienne, la province de Québec, la province de Toronto, la province de Saint-Boniface., la première, dirent les Pères, pour les pays de langue française, la seconde pour ceux de langue anglaise, la troisième pour les contrées de langue sauvage. Seul, Mgr G-randin s'opposa à l'érection de la province de Saint-Boniface. " Je ne craignis pas, raconte-t-il, d'avouer mes raisons aux Kévérendissime Pères du Concile : c'est "qu'il me semblait que nous ne pouvions pas nous suffire à nous-mêmes : tant que nous ferions partie de la province de Québec, les évêques seraient dans la nécessité de nous venir en aide ; faisant une province à part, nous serions abandonnés à notre impuissance. Les Eévérendissimes évêques, continue Mgr Grandin, protestèrent contre ma supposition peu charitable, et je dois avouer que depuis ces clignes évêques n'ont pas manqué d'aider de toutes manières leurs collègues de "l'Ouest et leurs missions (1)."
Mgr Taché et Mgr Grandin avaient pensé à l'érection d'un vicariat apostolique ; mais les Pères du concile furent tous d'avis
la réunion du concile au 7 mai, en s'excusant auprès de ses suffragants de changer la date d'abord assignée " par considération pour Mgr Taché." Mais M^rr de Satala, ayant eu connaissance de la convocation du concile pour la fin de mai, sans savoir que la date avait été changée, annonce à Mgr Taché qu'il va prolonger son séjour en France, juste assez pour arriver à Québec à la fin de mai, à la Tate présumée de la réunion des évêques. " Vous comprendrez facilement mon embarras, écrit aussitôt Mgr de Saint-Boniface au Rtne P. Fabre, en voyant que je suis cause du changement d'époque, et que ce changement va priver Mgr Grandin d'assister au concile, auquel pourtant j'aimerais beaucoup à le voir présent." L'Evêque de Saint-Boniface priait le Supérieur général des Oblats de prévenir son Coadjuteur de la date nouvelle du concile (Lettre datée de Saint-Boniface, 9 mars 1868), et, par crainte que peut-être il ne pût arriver à temps, il envoya M. Ritchot pour le remplacer dans la sainte assemblée en l'absence de Mgr de Satala. Mgr Grandin fut averti assez tôt pour arriver, comme nous venons de le dire, dès le second jour.
(1) Mgr Grandin, Quelques notes sur Mgr Taché, 0. M 1.
de demander l'érection d'un diocèse régulier: car il convenait que la nouvelle province de Saint-Boniface comptât au moinsun siège épiscopal en outre du siège métropolitain. " Ne connaissant pas Saint- Albert et les pays environnants, ajoute Mgr Grandin, je priai les Kévérendissimes Pères de me fairedonner comme à Mgr Provencher autrefois, un titre indéfini,, par exemple celui d'évêque du Nord-Ouest, quitte à fixer plus tard le point central comme lieu de ma résidence et titre du diocèse. Tous les évêques furent opposés à ce plan, surtout Mgr Bourget : " Il vous sera aussi facile, me disait-il, de faire clian- " ger le titre de Saint-Albert que tout autre, si vous croyez avoir "des raisons pour cela (1)."
En conséquence, les Pères rédigèrent une requête pour demander au Saint-Siège rétablissement des trois provinces, notamment de la province de Saint-Boniface et en même temps l'érection d'un siège à Saint-Albert, avec un diocèse démembré de celui de Saint-Boniface. Nous verrons l'effet de cette requête dans trois ans, à la suite de nouvelles insistances de Mgr Grandin pour éviter la succession de Mgr Taché.
Le concile, sur la proposition de Mgr Lafièche, rédigea unelettre aux Conseils de la Propagation de la Foi, en France, pourles remercier des secours qu'ils accordaient chaque année aux: missions du Canada, et une autre lettre au Supérieur des Oblats* afin de lui témoigner sa reconnaissance pour l'envoi de tant de saints missionnaires, héros de l'Evangile et de la civilisation dans le nouveau monde.
A l'époque où nous sommes de cette histoire, il n'existe point La question v encore de chemin de fer dans la colonie d'Assiniboïa, dans la mission du -, terre de Eupert et dans le Nord-Ouest : tous les transports s'y au vicariat
x ± j d'Athabaska
font par les canots, les barges et les charrettes. Ces charrettes H MacKenzie.,
r 7 ° 1. Difficulté .
n'ont point de fer: elles sont toutes en bois, fabriquées avec la a.'approvi-
r y y i sionner les
hache: lorsqu'une pièce se brise le long des chemins, la hache s'attaque au premier arbre venu et répare le dégât.
D'autre part, à l'exception de Saint-Boniface, la monnaie est inconnue dans tout le pays. Le commerce se fait, comme à l'o-
missions du
Nord.
(1) Mgr Grandin, Quelques noies sur Mgr Taché, 0. M. I.
rigine de la société, par des échanges en nature : le sauvage apporte ses pelleteries aux forts de la Compagnie de la Baie d'Hudson et emporte le thé, les étoffes, les fusils et la poudre.
Les missionnaires sont clans la nécessité de subir ces conditions économiques : il leur faut faire venir de loin non seulement le vin pour dire la messe et même le pain d' autel, mais le thé, les vêtements, les différents objets dont ils rémunèrent leurs guides, leurs ouvriers et tous ceux qu'ils emploient à leur service ; il faut, dans chaque mission, un petit magasin destiné à -servir de bourse.
Eeprésentez-vous les difficultés où étaient les missionnaires quand ils devaient faire venir tous ces objets de Montréal par les canots, ou de Londres à travers la Baie d'Hudson. Telle avait été leur situation durant l'épiseopat de Mgr Provencher et pendant les premières années de celui de Mgr Taché.
IEn 1868, le chemin de fer arrive jusqu'à Saint-Paul et même en deçà. Mais Mgr Taché doit, souvent plusieurs fois par année, envoyer 10, 15, 25 charrettes à Saint-Paul ou à Saint-Cloud pour amener des stations des Etats-Unis les effets destinés à toutes ses missions et à celles d'Athabaska-MacKenzie. Une fois que ces effets sont arrivés à Saint-Boniface, il faut organiser des convois ou, dans le style du pays,, des brigades pour les conduire à Garlton ou à quelque autre poste central du Nord- Ouest. Là ils sont répartis entre les missions de la Saskatchewan. D'autres brigades ou les barges de la rivière Churchill emmènent clans le MacKenzie ceux qui sont destinés aux missions de cet immense vicariat.
Une citation va nous peindre la nature et la difficulté de ces transports. L'Evêque de Saint-Boniface écrit à son Coadjuteur le 30 novembre 1868 : " Vous avez ici un bagage énorme, pas moins de 15.000 livres, et point de thé, point de munitions, point de fil a rets, rien des articles ordinaires des traites. " Car Mgr Grandin, qui venait de passer plus d'une année en Europe, avait laissé au supérieur de chaque mission le soin de faire les commandes ordinaires selon ses besoins. " Que faire pour ce
qui manque? Faut-il le faire venir ou l'acheter ici? Que faire de ce qu'il y a ?.. . Je ne vous conseille pas du tout d'envoyer des charrettes ou du monde jusqu'à la Rivière-Rouge, car vou& avez assez de transport dans l'intérieur de votre vicariat pour y utiliser toutes vos ressources et vos moyens d'action. . . Une première brigade serait à Carlton pour le 15 juillet: quinze juillet, remarquez la date; et par cette brigade, je vous enver* rais ce que vous m'indiqueriez de ce qui est ici, soit environ 20 charrettes. Vous auriez assez de mal, je pense, à distribuer ce bagage dans vos différentes missions. Une seconde brigade suivra avec les effets de Mgr Faraud et arrivera à Carlton entre le 20 et le 25 septembre. Ces effets devront de suite se rendre au lac la Biche par des moyens que vous aurez la peine de procurer, soit par les gens libres du lac la Biche, soit par les voitures de cette mission. Il faudrait, je suppose, 8 ou 9 voitures (1). "
Ces longs transports imposaient aux missions de grandes dépenses. " Les comptes que je vous envoie, écrib Mgr Taché dans la même lettre, vous montreront que votre voyage de Saint- Cloud à Carlton, enrichi du transport des bagages qui sont ici, s'est élevé à l'énorme somme de £565, c'est-à-dire, à environ 14.000 francs. Vous en serez étonné vous-même (2)." " Les prix de transport d'Angleterre ou de France ici, écrit-il à son Coadjuteur dans une autre lettre, sont d'environ 34 shellings par 100 livres, c'est-à-dire qu'ils varient de 32 shellings à 34. D'ici à Carlton, la dépense est de 20 shellings par 100 livres. Au delà, vous pouvez mieux juger que moi (3). "
L'éloignement de la Rivière-Rouge et la nécessité d'y créer des ressources locales avaient, il y a cinquante ans, déterminé lord Selkirk à fonder sa colonie d'Assiniboïa ; des raisons semblables ont décidé Mgr Taché, il y a environ dix ans, à faire l'é-
Archives de l'évêcbé de Saint-
MacKenzie.
tablissement du lac la Biche pour approvisionner les missions du Nord.
^" f afttlon A l'époque où nous sommes, dans sa sollicitude pour les mis- ^^iraiahe sions d'Athabaska-MacKenzie, plus éloignées que toutes les lac la Biche autres des marchés de l'ancien et du nouveau monde, il a pensé SJÎttàbaska à faire du lac la Biche le Saint-Boniface de ces missions. C'està-dire, tous les effets destinés aux missions de ce vicariat seront conduits au lac la Biche et seront de là emmenés dans le bassin d'Athabaska-MacKenzie, comme c'est à Saint-Boniface qu'arrivent généralement les effets des missions du Nord-Ouest ^et que c'est de là qu'ils sont conduits plus loin. Afin que ce ser- : vice soit mieux fait, afin aussi de dégrever les missionnaires du sud d'un travail qui ne doit profiter qu'à ceux du nord, il a eu le dessein d'unir au district d'Athabaska la mission du lac la Biche et celle du Petit Lac des Esclaves, qui en est rapprochée. " Définitivement, écrit-il à son Coadjuteur, il faut que Mgr Faraud se prépare aux transports par le lac la Biche. La Compagnie a une telle peine à se tirer d'affaire ici qu'en vérité on ne peut pas lui savoir mauvais gré de nous dire de prendre nos précautions et de ne point compter sur elle. . . N'héritez pas, cher Seigneur, à céder cette mission de Notre-Dame des Victoires; car, puisque les transports doivent se faire par là, toutes les ressources de cette mission suffiraient à peine pour ces transports. Par là ou par cette cession, vous vous débarrasserez de tout le tracas des pièces et provisions de Mgr Faraud. Ce cher Seigneur aura son homme et son matériel pour venir chercher ses pièces à Carlton, où je les ferai conduire, en sorte que vous n'aurez pas du tout à vous en occuper. . . Il y a douze ans que je m'occupe de cette question, et la résolution que je vous propose me semble offrir plus de garanties que toutes les autres dont on a parlé (1). "
L'union proposée par Mgr Taché était "un arrangement de famille, " fait avec le consentement du Supérieur général, " une
(1) Saint-Boniface, 30 novembre 1863.
entente entre deux fils de la famille relativement à nn établissement de la famille " concerté entre deux évêques oblats, Mgr Grandin et Mgr Faraud, laissant subsister les limites anciennes du vicariat apostolique d'Athabaska-MacKenzie (1).
Mais quand Mgr Grandin fut établi à Saint- Albert, il trouva 3. vues aure-
" " / " - rentes de
les membres de son conseil vicarial très opposés à une cession Mgr
x 1 Graudin.
complète du lac la Biche. Leur avis eut d'autant plus de poids sur son esprit qu'ils connaissaient très bien le district d'Edmonton, où ils avaient passé de longues années, pendant que lui séjournait à l'Ile-à-la-Crosse. L'établissement du lac la Biche était " le seul poste de son vicariat qui eût des ressources locales, des champs de blé, des animaux domestiques, un moulin, le seul endroit où les missionnaires pussent manger du pain. "
Mgr Grandin montra de la répugnance à céder à un autre évêque le lac la Biche. Il pouvait refuser cette cession, il le de^ vait même, puisque, tout en demeurant Coadjuteur de l'Evêque de Saint-Boniface, il était chargé en propre de ses missions et qu'il croyait que ce sacrifice fût nuisible à leurs intérêts. Mais d'autre part, il entendait conserver la partie principale du plan de Mgr Taché et s'offrait à faire du lac la Biche un véritable Saint-Boniface pour les missions d'Athabaska-MacKenzie, le centre d'approvisionnement pour ces missions; mais le lac la Biche demeurerait sous sa juridiction, comme Saint-Boniface l'était . sous celle de Mgr Taché : ce serait lui qui recevrait tous les effets des missions d'Athabaska-MacKenzie et les ferait transporter à leur destination, comme Mgr Taché le faisait à Saint-Boniface pour les pièces de toutes les missions du Nord-Ouest.
Xous n'entrerons pas dans le détail des négociations et des arrangements qui intervinrent et se prolongèrent pendant plusieurs < années : ces faits appartiennent proprement à l'histoire de Mgr Grandin et à celle de Mgr Faraud. C'est peut-être l'unique circonstance où l'humble Coadjuteur n'ait pas accepté toutes les vues de son Evêque. Nul ne saurait l'en blâmer.
(1) Lettres de Mgr Taché à Mgr Grandin, 11 juin 1869, 16 août 1869, 15 octobre 1870. — Archives de l'évêché de Saint-Albert.
Mgr Taché pressa quelque temps son Coadjuteur de faire l'abandon qu'il avait proposé (1) ; puis il laissa les deux prélats intéressés se concerter à leur goût pour user des ressources du lac la Biche.
Ces arrangements amenèrent des complications, rencontrèrent des difficultés, provoquèrent des plaintes, et nous verrons en 1877 le Supérieur général des Oblats charger Mgr Taché de faire un arrangement définitif.
APrïté 5ula °ha" Revenons à la Rivière-Rouge. A mesure que l'automne et î^Franc? de l?hiyer avançaient, la famine faisait sentir ses étreintes.
" Vous avez appris la misère qui règne parmi nous, écrit Mgr Taché à son ami des Trois-Rivières dès le 17 septembre. Les sauterelles ont tout détruit ; les chasseurs ont peiné en vain à la prairie. Le pémikan est à 30 sous sterling la livre, le lard à 24, la farine à 40, etc. : c'est à n'y pas croire, et il faut manger (2). "
Ce qui affligeait et inquiétait peut-être le plus l'Evêque, c'était le péril où la misère universelle mettait les établissements d'éducation publique.
Ces établissements étaient alors "très florissants." Au mois de décembre de l'année précédente, Mgr Taché écrivait à, Mgr Lanèche que le collège comptait " 34 internes, parmi lesquels le fils du Gouverneur, qui logeait à l'évêché"; le pensionnat des Sœurs, " 4 demi-pensionnaires et 38 pensionnaires, dont 2 étaient les filles du Gouverneur ; " que de plus les Sœurs nourrissaient 36 orphelines. " C'est assez vous dire, disait-il alors, qu'il faut employer le vert et le sec pour nourrir tout ce monde; car si tous n'ont pas une brillante intelligence, tous paraissent avoir un vigoureux appétit (3). " Or, dans un pays de famine, qui est isolé du reste du monde, comment trouver des provisions pour tant de personnes ? " Je me trouve presque forcé,
(1) Voir surtout une lettre du 16 août 1869. — Archives de l'évêché de Saint-Albert.
(2) En visite à Saint-Joseph de Pembina, le 17 sept. 1868. — Archives de l'évêché des Trois-Rivières.
(3) Lettre du 31 décembre 1867. Ibid.
écrit le prélat au P. Aubert, de fermer nos établissements. Notre collège allait si bien, ce serait désolant de le voir tomber. J'en puis dire autant du pensionnat des Sœurs. Déjà nous * avons congédié les enfants, parce que nous n'avons pas de quoi nourrir même ceux qui paient. Que faire avec ceux qu'on ne garde que par charité (1) ? 99
Dans la famine présente, comme dans toutes les calamités de la Eivière-Eouge, le grand prélat fut la providence visible de son peuple. Il se mit à solliciter de toutes parts des secours. Il tendit la main à la généreuse Province de Québec, à la non moins généreuse France. " 0 mon bon Père, écrit-il au premier Oblat venu à la Eivière-Eouge avec lui, si vous pouviez quelque chose auprès du Conseil de la Propagation de la Foi, comme je vous conjurerais de l'intéresser à notre pauvre Saint- Boniface (2) ! "
Le Conseil de la Propagation de la Foi alloua à Mgr de Saint- ^^JJ des Bonif ace une plus forte somme. Le Gouverneur et le Conseil d'Assiniboïa votèrent £250 pour les catholiques de la Eivière- Eouge.
Mgr l'archevêque de Québec fit faire dans toutes les églises de son diocèse, des quêtes qui rapportèrent deux mille piastres. Mgr de Montréal, d'autres évêques envoyèrent des secours. Des souscriptions ouvertes à Ottawa rapportèrent 1200 piastres. Mgr Taché éprouva une grande joie en recevant ces aumônes et une profonde reconnaissance pour leurs auteurs.
" Votre cœur, écrit-il à l'Archevêque de Québec, appréciera Reconnaissance facilement ce qu'éprouve le nôtre, en voyant venir des secours Mgr Taché, sans lesquels nos pauvres seraient morts de faim (3). " " Ces secours, écrit-il à sa mère, excitent notre plus vive reconnaissance. . . Sans eux, c'en était fait du pays et notre population n'aurait pas eu d'autre ressource que de se disperser. Eemerciez
(1) Saint-Boniface, 21 juillet 1868. -
(2) Ibid.
(3) Lettre du 16 janv. 1869. — Archives de l'archevêché de Québec, "j
VIE DE MGR TACHÉ, 0. M. ï.a
Distribution des secours.
avec nous le bon Dieu de cette faveur et priez pour tous nos bienfaiteurs (1). "
Afin que les secours fussent distribués à tous les nécessiteux et selon leurs besoins, un comité général fut établi pour répartir les aumônes entre les différents centres; des comités particuliers furent chargés de constater, dans chaque endroit, les besoins de chacun et dV pourvoir dans la mesure du possible.
Ces comités firent un recensement général de la population, des catholiques et des protestants, de ceux qui avaient des mo}'ens d'existence et de ceux qui étaient dans la nécessité.
On trouva 4171 catholiques dont 1417 avaient besoin d'être secourus à savoir:
Etaient
Habi-
dans le
tants
besoin
Saint- Bonif ace avait
900 dont environ 250, pl
Saint-François-Xavier . .
Baie Saint- Paul
Saint-Charles
Sainte- Anne ou Pointe de
Chênes
Saint- Vital
Saint-Norbert ...
Sainte-Agathe
Les protestants étaient alors un peu moins nombreux que les catholiques. Le recensement constata parmi eux 1050 nécessiteux appartenant à 216 familles.
Les secours distribués ne furent pas très élevés. Ainsi, pour citer quelques exemples. £84 sont distribuées durant l'hiver à
(1) Lettre du 26 mars 1869. — Collection de M. de la Broquerie-Taché.
(2) Ce recensement donnait le nombre de chevaux, bœufs, vaches et autres bêtes à cornes possédés par chaque famille, le nombre d'acres ensemencés les deux années précédentes.
219 chevaux,
2S2 bœufs,
255 vaches
249 autres bétes à cor
»es à St-Boniface.
à Sb-Norbert.
à Saint-Vital
à Sainte- Agathe.
à .St-Charles.
à iât-Franç. -Xavier.
à la Baie St-Paul.
au lac Manitoba.
Saint-Boniface, 20 à la Prairie du Cheval Blanc. Nous trouvons ? shellings, 5, 10, etc., distribués à de pauvres gens de Saint-Xorbert, de Saint-François-Xavier, etc. X. Vermette, de Saint-Xorbert, reçoit, pendant l'hiver, 2 sacs de farine, J. Martel, de Saint- Vital, 2, B. Lagimonière, 1, F. Morissette, de Saint- Paul, 5, T. Jetté, de Saint-Xorbert, 9.
Tous ces secours furent répartis avec beaucoup d'intelligence, peu à peu et à propos. " J'ai fait trois voyages durant l'hiver à la Rivière Blanche, écrit le P. Simonet, pour distribuer de la farine et d'autres secours que le comité de bienfaisance avait accordés (1). "
Aussi ils suffirent à sauver les malheureux de la mort et même de -trop grandes souffrances. " La mort, écrit Mgr Taché à sa mère, ne fera pas les victimes que la famine semblait lui promettre ; la charité sauve ces victimes . . . Les secours venus de l'étranger nous ont permis de soutenir des existences qui sans cela auraient certainement succombé (2). "
Il importait que les habitants pussent ensemencer leurs champs, pour que la famine pût trouver un terme clans une nouvelle récolte. Mgr Taché apporta la plus grande activité pour procurer à son peuple les semences suffisantes. " Le comité de secours, écrit-il le 26 mars à sa mère, a reçu ou acquis huit mille minots de grain ; c'est à peu près les deux tiers de ce qu'il faut. Là-dessus il n'y a que mille minots de rendus; le reste viendra en bateau à l'ouverture de la navigation (3). "
En effet, quand les lacs et les rivières furent dégelés, un bateau amena un chargement de blé. Il arriva par la rivière Eouge au moment même des semailles. L'Evêque, qui connaissait l'insouciance de ses métis, monta à cheval dès qu'il connut son entrée clans le pays, alla à sa rencontre et fit décharger, le
(1) Lettre du R. P. Simonet au Rme P. Fabre, Saint- Laurent, 20 septembre 1869. — Dans les Missions de la Congrégation des Oblats de M. I., t. IX, p. 266.
(2) Saint-Boni face, 26 mars 1869. — Collection de M. de la Broquerie- Taché, n° 143.
construction d'un
pensionnat distinct.
long de la rivière, au voisinage de chaque résidence, ici 2 sacs, là 3 ou 4, plus ou moins selon le nombre des personnes et l'étendue des champs à ensemencer.
Grâce à l'active sollicitude du prélat et au zèle de ses charitables aidés des comités, tous les habitants purent traverser l'époque si critique d'une dure famine sans connaître les affres de la faim et en ayant les ressources suffisantes pour faire leurs semailles accoutumées.
Agrandisse- Le collège et le pensionnat des Sœurs purent, grâce aux Maison vica- secours que l'Evêque fut en état de leur donner, traverser les
riale des - .
sœurs par la mois de l'épreuve et de la gêne et continuer leur œuvre de civilisation chrétienne. Toutes les paroisses reçurent quelques secours, plus ou moins selon le nombre des habitants et leur pauvreté. Une seule put se suffire à elle-même et nourrir elle-même ses nécessiteux ; ce fut la paroisse de Sainte- Anne.
Durant toute cette terrible année, Mgr Taché fut le père des pauvres. Aussi tous les cœurs sentirent croître encore leur reconnaissance envers le prélat. Le 3 mai, fête de saint Alexandre, tous les habitants s'empressèrent auprès de leur bienfaiteur et lui firent comme une ovation toute spontanée - mais pleine d'ardeur. "Vous faites bien, disait ce jour-là aux catholiques de la Colonie, le Gouverneur l'hon. McTavish, vous faites bien d'aller présenter vos hommages et témoigner votre reconnaissance à votre Bvêque : il a sauvé ce pays de la famine comme Joseph a sauvé l'Egypte ; il a nourri les habitants de ces solitudes comme Moïse a nourri Israël dans le désert (1). "
Pendant l'été, afin d'occuper de pauvres ouvriers sans travail, autant qu'en vue d'agrandir la maison vicariale des Sœurs, construite en 1847 et devenue tout à fait insuffisante pour son personnel multiplié, Monseigneur voulut leur bâtir en planches une maison de 60 pieds par 25, à deux étages. Il dirigea la construction et subvint à une grande partie de la dépense. Le bâtiment fut béni le 4 septembre. Plus tard, on y ajouta une aile de
((1 Récits du Hév. M. Giroux, curé de Sa;nte-Anne.
25 pieds sur 20. Il a servi de demeure aux pensionnaires jusqu'en 1882, époque où, comme nous le dirons, fut construite une autre maison, beaucoup plus grande, entre la maison vicariale et la cathédrale.
Une voie publique passait alors tout auprès du couvent des Changement de Sœurs Grises, du côté du nord, allant de la grande avenue qui Masson. longe la rivière Rouge à un pont construit sur la Seine. La proximité de ce passage gênait beaucoup les Sœurs. Mgr Taché les engagea à adresser une requête aux autorités de la Colonie pour leur demander de changer le chemin de place, et promit d'appuyer leur pétition. Mgr offrit au Gouverneur et à son Conseil le terrain pour un autre chemin avec 500 piastres pour la construction d'un nouveau pont sur la Seine. Les autorités publiques, attirées par ces offres généreuses et voulant plaire à leur auteur, transportèrent le chemin de l'autre côté de l'évêché, au grand contentement des bonnes Sœurs. La voie est demeurée où elle a été placée en 1868 : c'est aujourd'hui la rue Masson.
Une cité appelée aux plus grandes destinées dans l'Amérique ^^reSière du nord, était alors à ses premiers débuts : Winnipeg ne comp- ^îa^re-6* tait encore que quelques maisons dispersées dans le voisinage du ^winnipeg fort Garry et dans les environs de l'ancien fort Douglas, où les premiers missionnaires étaient descendus en 1818 et avaient offert d'abord l'adorable sacrifice.
Au printemps de 1869, Mgr Taché ouvrit la première école catholique à peu de distance du fort Garry et la confia à ses chères Sœurs Grises. Les Sœurs Saint-Thérèse et McDougall en furent les premières institutrices. Le 15 juin suivant, le prélat dit, dans le petit oratoire de l'école, la première messe qui a été célébrée à Winnipeg, en face de Saint-Boniface (1).
Les Sœurs Grises ont continué de tenir l'école à Winnipeg jusqu'en 1874, où elles furent remplacées par les Sœurs de J ésus-
proprement dit.
(1) Chronique des Sœurs Grises.
Arrivée de M. L.-R.
Giroux.
Fondation de la mission du Fort Alexandre, du Fort Francis et du Lac Seul,
Marie. Tels furent les humbles débuts de la grande paroisse de Sainte-Marie de Winnipeg.
Le Rév. M. Eitchot avait passé l'hiver au Canada, chargé par Mgr Taché de lui trouver des prêtres. Quoiqu'il eût employé tout son zèle à cette recherche, il ne put en recruter qu'un seul, le Rév. M. L.-R. Giroux, élève du collège et du séminaire de Montréal, ordonné prêtre le 24 mai de cette même année : un seul prêtre, mais celui qui se donnait à l'archidiocèse de Saint- Boniface, par son énergie et son esprit apostolique, valait une légion. M. Giroux partit de Montréal le 2 juin avec M. Eitchot, voyagea avec lui, par la voie ferrée jusqu'à Saint-Cloud et ensuite par les charrettes, et arriva à la Rivière-Rouge le 7 juillet. Mgr Taché le retint auprès de lui, comme il avait la coutume de le faire pour tous les arrivants, le nomma professeur de philosophie au Collège et lui confia en même temps la charge d'aller dire la messe à Saint-Vital une fois chaque semaine le jeudi et à la Pointe de Chênes ou Sainte-Anne une fois par mois un dimanche. L'aimée suivante, il le nomma en outre directeur du collège. Nous le verrons devenir en 1870 curé de Sainte- Anne, y établir sa résidence et faire de cette paroisse une des plus pieuses et des plus prospères de l'Ouest.
Le P. Simonet résidait à Saint-Laurent près du lac Manitoba depuis 1864. Il y fut rejoint en 1866 par le P. Camper et en 1867 par le F. Mulvihill. Il n'y avait alors à Saint-Laurent qu'une pauvre chapelle en logs avec une allonge formant un appartement unique où logeaient les trois Oblats, tout ensemble cuisine, réfectoire et dortoir (1). Les deux Pères, tous les deux ■d'une trempe héroïque, visitaient durant l'hiver, les différents postes échelonnés le long du lac à l'est et à l'ouest, Ebb and Flow, la Rivière à la Grue, la Rivière Poule d'eau et la Baie des Canards sur le lac Winnipegosis, et même le lac du Cygne et la Rivière Platte.
(1) Notice sur le diocèse de Saint-Boniface, année innales de la Propagation de la Foi, t. XL, p. 236.
1868. — Dans le
AKCHEVÊQUE DE SAINT-BONIEACE 587
Mgr Taché visita en 1868, le lac Manitoba, où il confirma une trentaine de personnes.
Cette même année, il visita aussi la Eivière Blanche et y donna la confirmation (1).
" Des postes moins considérables " furent " établis sur d'autres points de la colonie, notamment à la Eivière Winnipeg, où se trouve le fort Alexandre, au fort Francis, au lac Seul. " Ils furent pendant plusieurs années " visités par les prêtres de Saint-Boniface (2) " ou par le curé de Sainte-Anne. Nous verrons le P. Allard établir le premier sa résidence au fort Alexandre.
La même année, la communauté épiscopale s'augmenta des Arrivée des Pères Tissot et Maisonneuve. Ces Pères avaient jusqu'alors usé et leur vie et leur santé dans les rudes travaux des missions du arevechë. Nord. Mgr Taché, avec une charité que nous pouvons qualifier de magnanime, leur procura une douce et honorable retraite auprès de lui. Il employa le P. Tissot à la desserte de la paroisse et des Sœurs Grises; il en fit son conseiller et quelques années plus tard son vicaire général. Il nomma le P. Maisonneuve procureur des missions du vicariat de Saint-Albert et de celui d'Athabaska-MacKenzie. (S Son expérience et l'absence de toute autre occupation, écrit-il à Mgr Grandi n, vous assurent les plus utiles services. "
Une nouvelle carrière va s'ouvrir devant l'Evêque de Saint- Résumé du
t> 'p passé et vue
Bonitace. sur l'avenir.
" Dormir sous la voûte des cieux, enseveli sous la neige, jusqu'à 63 nuits dans un seul hiver, se porter d'une tribu ou d'une mission à une autre, souffrir de la faim et du froid perdu au milieu de ces immenses solitudes et exposé parfois à périr pendant les tempêtes de l'hiver, se trouver le plus souvent au contact de sauvages grossiers et superstitieux, fonder des établissements nouveaux, pourvoir aux besoins de ces missionnaires et de
(1) Lettre du P. Simonet au Rme P. Fabre. — Dans les Missions delà Congrégation des Oblats de M. L, t. IX, p. 206.
(2) Ibid.
ces chrétientés éparses sur un si vaste territoire; tel fut l'abrégé (1) " des années que nous venons de parcourir.
De nouvelles sollicitudes, de nouvelles peines commencent pour lui; ces sollicitudes, ces peines ne seront pas moindres que celles qui ont précédé : il déploiera la même charité dans celles-ci que dans celles-là. Il vient de terminer sa carrière de missionnaire Oblat parmi les épreuves de la famine, en nourrissant son peuple; il commence sa nouvelle carrière parmi les cris de guerre, en présentant à tous l'olivier de la paix. La croix et la charité seront ses compagnes assidues dans l'avenir, comme elles l'ont été dans le passé.
(1) L'hon. juge Prud'homme, Cinq ans après, p. 4.