Vie de Polichinelle et ses nombreuses aventures
Comment un parent de l’auteur se trouva en relation avec la famille du seigneur Polichinelle, — Mystérieuse naissance du héros. — Détails incroyables.
Le grand-oncle de mon aïeul avait fait voir, dès son enfance, une furieuse passion de voyager ;
mais, par une suite de circonstances étrangères à cette histoire, il était arrivé à l’âge de soixante ans, sans avoir jamais poussé plus loin que
Montmartre. « Il est vé-* ritablement ridicule, S6 disait-il fréquemment, que l’homme du monde qui sou-
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haite le plus de voyager soit précisément celui qui ait vu le moins de pays. Car je n’appelle point voir du pays, aller de mon domicile de la rue Saint- Denis jusqu’aux moulins de Montmartre. Non!... Autant dire que je suis un âne. Car c’est un chemin que les ânes font tous les jours. » A force de s’exciter par ces réflexions amères, le grand-oncle de mon aïeul se poussa lui-même à bout, et.
un beau matin, il partit en poste pour Marseille : là il prit passage sur un navire qui le transporta à Naples ; de Naples, il prétendait bien passer dans le Levant, puis dans
rinde, puis dans les deux Amériques, qu’il comptait visiter en détail, et d’oii il ne désespérait pas de pouvoir regagner la rue Saint-Denis... en touchant au cap de Bonne-Espérance. Mais tous ces beaux projets furent subitement rompus par un accident qui lui arriva. Il n’était pas à Naples depuis trois jours, qu’il mourut tout d’un coup.
Cet événement était d’autant plus fâcheux qu’il interrompait à la fois les voyages du grand-oncle de mon aïeul, et le dessein qu’il avait eu d’en écrire la relation jour par jour. On retrouva en effet dans ses papiers, qui furent renvoyés en France avec son linge, un commencement de journal dont il est impossible de ne pas regretter la suite. Nous transcrivons ici ces lignes, qui ont un trait direct à notre histoire :