‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 57 sur 122 · Journal de Paris du 2 décembre · texte numérisé non relu

Journal de Paris du 2 décembre

Variétés. Il est singulier de voir cinq cents personnes réunies, et dont chacune s'impose la gêne de ne pas rire, et de murmurer à ce qui réellement lui fait plaisir, uniquement pour paraître de bon ton aux yeux des quatre cent quatre-vingt-dixneuf Jau très. Il résulte de cet état de la société en France, qu'il vaut beaucoup mieux voir jouer la Cenerentola à Reggio, pauvre petite ville de douze mille habitants, qu'à Paris. Quand le rire deviendra-t-il une chose permise ?

Dans le genre bouffe, la sévérité prude du public glace les moyens des meilleurs chanteurs. L'année dernière, M^^® Mombelli se permettait, à Rome, non seulement une foule de plaisanteries dans son jeu, mais encore une foule d"" ornements dans son chant, que je ne lui conseillerais pas de risquer à Paris. Cette grande cantatrice a chanté ce soir d'une manière encore plus admirable que de coutume, et il me semble qu'en Franco il est plus difficile d'exceller dans le bouffe que dans le tragique. C'est que toutes les affectations viennent au secours du tragique, et trouvent leur intérêt à le louer.

Je n'hésite pas à dire que, dans le chant bouffe brillant, singulier, frappant d'originalité et de hardiesse, personne ne chante mieux que M^^® Mombelli. Il y a quelque temps qu'elle a joué le second acte de la Gazza ladra de manière à faire mal : ]VIiie Mombelli jouait trop bien, et ce drame est. trop noir. Quel malheur que Rossini, dans le temps

NOTES D UN DILETTANTE

de la jeunesse de son génie, n'ait pas eu à mettre en musique des pièces telles que Léocadie ! Quel malheur que l'Italie n'ait pas un poète comme M. Scribe, qui met une situation dans chaque scène !

Nous venons d'échapper, à Louvois, à un grand danger. Une certaine personne a tenté de faire remettre la Pietra del paragone, en supprimant, comme il y a quatre ans, le finale Sigillara, plusieurs petits morceaux, et le fameux air Eco pietosa, qui, pour peu qu'il soit bien chanté, doit faire fureur en France.

Glarice, qui aime le comte en secret, et qii ne sait si elle a réussi à lui inspirer de l'intérêt, chante se croyant seule * ; le comte qui l'aime, et qui ne veut pas en convenir, se trouve dans un bosquet voisin, ne peut résister à la tentation de faire l'écho ; et, quand Clarice chante : Quel dirmi non t'amo, le comte répond : Amo (j'aime). Telle est la scène charmante qu'on a voulu nous enlever. Le personnage du comte, qui feint d'être ruiné de fond en comble pour éprouver le cœur de sa maîtresse, n'était plus confié à l'excellent Zuchelli, qui a eu un succès fou dans ce rôle à Milan et à Munich. Enfin, les deux rôles de femmes coquettes, qui disputent le cœur du comte à Clarice, devaient être remplies par M^^^^ Bufîardin et Amigo. Cette dernière chante avec beaucoup de grâce dans la Donna del Lago ; mais, si le Théâtre Italien était

confié à M. Barbaja ou à tout autre entrepreneur intelligent, ce serait M^^^ Cinti qui remplirait le plus important de ces deux rôles. Peut-être que M^^® Cinti se prévaudra de son titre de prima donna pour refuser ce rôle. Voilà ce qu'on gagne à distribuer au hasard des titres honorifiques, et qu'on croit sans conséquence !

Tout le bel arrangement que je viens de détailler avait pour but de perdre à jamais de réputation le seul chef-d'œuvre de Rossini qui soit inconnu en France. La sagesse de l'administration supérieure a déjoué cette petite conspiration. Mais les chefs de Louvois ont, dit-on, pris de l'humeur, et l'on ne prépare aucune nouveauté.

Puisque ces messieurs se conduisent mal, je me permettrai de leur adresser une petite question. Comment se fait-il que tant d'opéras qui ont fait fureur à Naples, à Vienne, à Milan, vous emblent si froids à Louvois ? C'est que M. Barbaja, qui est entrepreneur de ces théâtres, ne place dans chacun d'eux que trois acteurs excellents, mais ils sont toujours en scène ensemble, mais chaque soir ils cherchent à s'éclipser. Si M. Barbaja était directeur à Paris, nous aurions, dans presque tous les opéras^ un quintetto chanté par M"^^^ Pasta, Mombelli, Schiassetti, et par Zuchelli et Bordogni.

C'est en faisant le métier d'entrepreneur, et eu le faisant bien, en n'admettant jamais aucune excuse d'amour-propre de la part d'un chanteur.

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<jue M. Barbaja, qui a commencé sa carrière par être garçon au café du théâtre à Milan, est parvenu à avoir plusieurs millions. Il est en ce moment entrepreneur des théâtres de Naples, Milan et Vienne.

Dernièrement, à l'arrivée de Rossini à Bologne, M. Barbaja a pris une mesure dont je parlerai dans le prochain feuilleton. Je terminerai celui-ci, déjà trop long, en protestant contre les imprimeurs qui m'ont fait dire que VArminio, chef-d'œuvre de Pavesi, était de Rossini*.

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