LIVRE SECOND
tude criminelle de ses habitants de ne pas observer les l'êtes et les dimanches, il se mit à frapper la terre du pied, en s'écriant d'une voix terrible : « 0 morls, ô morts, qui êtes ensevelis dans ces tombes, puisque ce peuple ne veut pas croire à mes discours, levez-vous, venez tous rendre témoignage et leur dire, si ce que j'avance est vrai, c'est-à-iire qu'il y a un paradis et un enfer; le paradis pour les bons, l'enfer pour les pécheurs, et pour ceux qui transgressentlescommandements de Dieu et de l'Église. » Quand il parlait des mystères sublimes de la religion, il y avait plaisir à entendre avec quelle facilité et quelle netteté il les développait à son auditoire; il semblait que l'Esprit-Saint lui suggérât le sens et les paroles, et on vit quelquefois, quand il tnitait cette matière, son visage s'enflammer etdevenirloutradieux, au grandétonnement des auditeurs qui, charmés parla beauté et l'énergie de son langage, étaient comme suspendus à ses lèvres. Si quelqu'un, troublé par des doutes sur la foi, lui faisait part de ses tentations, il lui citait des exemples si frappants lui parlait avec tant de force, que les doutes cessaient à l'instant, et que la tranquillité d'esprit la plus parfaiteleur succédait. Tous les Sacrements étaunt vénérables à ses yeux, mais il nourrissait une dévotion particulière pour l'auguste Sacrement de nos autels. Quand il se rendait dans un hôpital, même quand il était Général de l'Ordre, il accompagnait le saint Viatique, comme un clerc ou un simple Frère, portant d'une main le bénitier et de l'autre agitant la clochette ; d'autres fois, quand on
distribuait le Pain des anges aux infirmes, s'il était à genoux, il se traînait au pied de leur lits, leur parlant à haute voix, pour les exciter à l'amour et au repentir : « Oh ! mes frères, leur disaitil quelquefois, détachez votre cœur de la boue de cette terre, et pensez que vous allez recevoir au plus tôt le souverain Seigneur de la terre et du ciel, qui a créé tout ce qui existe; Celui qui nous a donné l'être, qui s'est incarné, est mort pour nous; Celui qui nous a réservé le paradis, si nous sommes justes, et l'enfer si nous sommes méchants. » Au moment de l'élévation, pendant le saint sacrifice de la messe, toujours à genoux, et se tournant vers les infirmes : « Voici, leur disaitil avec de brûlants transports d'amour, voici, mes frères, votre trésor; courage! allez au-devant du Seigneur du ciel qui daigne venir à vous dans ces lieux immondes, pour faire la paix avec vos âmes ; demandez-lui pardon de vos offenses. C'est lui que vous avez si souvent outragé; soyez convaincus que, si vous le lui demandez avec un repentir sincère et une ferme résolution de ne plus l'offenser, il vous pardonnera. Qu'il ne reste pas le moindre doute dans votre esprit; oui, quoique vous voyiez du pain, que vous touchiez du pain, que vous sentiez le goût du pain, il n'y a plus de pain matériel, et sous ces sacrées espèces, il y a réellement le corps, le sang, l'âme et la divinité de Jésus- Christ, Fils de Dieu, né de la Vierge Marie, Celui qui doit nous juger. Adorez-le donc de tout votre cœur; pleurez amèrement, priez-le qu'il vous pardonne et vous sauve; puisque c'est pour cela