LIVRE PREMIER
tal de Saint-Jacques. Les administrateurs, qui connaissaient sa vertu et son zèle, se décidèrent sans peine à lui confier cet emploi.
Camille s'acquitta de sa charge avec tant de sollicitude, de vigilance et de piété chrétienne que, dans peu de temps, cotte maison ressembla à un monastère, non seulement par les soins et les attentions délicates dont les malades furent entourés, mais aussi par la vie exemplaire des employés de l'hôpital. 11 inspira à ceux-ci la crainte de Dieu, leur persuada de fréquenter les sacrements, les exhortant à les recevoir une fois par mois, et s'efforça de communiquer à tous les infirmes quelques étincelles de cette charité ardente qui consumait son âme.
C'est à cette époque qu'il introduisit la pieuse coutume de laver les pieds aux pauvres, avant qu'on les plaçât dans leurs lits. Il voulut que l'on fit une lecture spirituelle, pendant que l'on donnait a manger aux malades. Telle était son ardeur, sa persévérance dans ces louables exercices, que les derniers jour de carnaval qui se célèbrent à Rome par des mascarades et autres divertissements, il ne franchissait jamais les portes de l'hôpital, pour aller voir courir les personnes déguisées, comme faisaient les autres employés de la maisc n. 11 redoublait même, dans ces occasions, de soins et de vigilance auprès des infirmes, — ses délices et son unique délassement. Il poussait si loin l'amour qu'il leur portait, qu'il lavait de ses propres mains leurs vêtements pleins de saleté et de pourriture, malgré l'extrême répu-
gnance qu'il éprouvait. Son administration était douce, sa bonté extraordinaire ; il ne commandait pas par des paroles sévères, mais par l'exemple, et en mettant le premier la main à l'œuvre.
Quand il prenait ses repas, il avait ordinairement une tête de mort sur la table, afin que sa vue lui inspirât du mépris pour la sensualité dans le manger et pour les plaisirs de la vie.
Jl continuait alors à se confesser à saint Philippe de Néri qui, le voyant de retour de chez les Pères Capucins, lui dit : « 0 bon Camille, ne vous avais -je pas dit de ne pas rentrer en religion, que votre plaie se rouvrirait, et que vous ne pourriez persévérer? » Mais comme le saint vieillard reconnut qu'il n'avait eu d'autre motif que le désir d'une plus grande perfection, il continua à le recevoir au nombre de ses enfants spirituels.
Malgré des marques si nombreuses de la volonté divine, il sentit se réveiller encore dans son âme le désir de rentrer dans le même Ordre, pour faire pénitence et accomplir son vœu. Étant donc occupé de l'administration del'hôpital Saint-Jacques, il tenta pour la troisième fois de se faire Capucin. Il renouvela ses instances auprès du même Père Jean-Marie de Thusa qui, sachant qu'il l'avait revêtu deux fois de l'habit, ne voulut pas l'admettre une troisième, mais, pour le tranquilliser sur ses scrupules, lui donna, écrit de sa propre main, le certificat suivant: « Moi, Jean-Marie Thusa, procureur en Cour romaine des Pères Capucins, certifie par le présent que Camille de Lellis de Bocchianico n'est pas apte à entrer dans notre Insti-