LIVRE PREMIER
l'intérieur d'un hôpital : et Notre-Seigneur, qui voulait tirer une œuvre si noble de ce recoin obscur, sema sur ses pas tant de difficultés, qu'il le contraignit d'en sortir, afin qu'elle pût s'étendre et se propager dans tous les hôpitaux du monde chrétien. Camille avait résolu de n'y faire entrer que des laïques, et Dieu, qui connaissait les inconvénients qui en résulteraient pour lesalut des âmes confiées aux mains d'hommes si simples, disposa tout de telle sorte que la congrégation se remplit bientôt de prêtres, et qu'il fut lui-même le premier qui fut ordonné. Il voulait établir une congrégation libre, et non liée par des vœux, et Dieu, qui voulait l'établir solidement et la rendre éternelle, disposa les choses de manière que les souverains pontifes non seulement enfirentune congrégation approuvée, mais l'honorèrent du titre d'ordre religieux avec vœux solennels. La pensée de Camille n'allaitpasd'abordjusqu'à secourir les fidèles en temps de peste, ni les malades renfermés dans les prisons; mais Dieu avait décrété que nulle classe d'infirmes ne serait privée de la chanté de ces religieux, et il les disposa à embrasser ce nouveau genre de dévouement, et à se placer hardiment et sans crainte au milieu des victimes de la mort. Il ne pensait point à secourir ceux qui mouraient dans les maisons particulières, et Dieu, voyant le grand nombre d'âmes que le démon entraînait dans l'abîme par ses attaques multipliées dans ce moment terrible,lui inspira, ou plutôt le força d'accepter ce ministère, le plus important de tous pour le mondecatholique. Admirons ici la sagesse de la di-
vine Providence qui, après avoir établi dans l'Église tant d'ordres pour faciliter le salut des âmes pendant la \ie et dans la santé, a voulu, dans ces derniers temps où le vieux monde semble pencher vers son déclin et la charité se refroidir dans tous les cœurs, faire naître un ordre religieux qui eût pour but principal d'aider les mourants dans les cruelles angoisses de l'agonie! Et voici à quelle occasion cette glorieuse tâche fut réservée à la congrégation.
Parmi les pieux devoirs que remplissaient Camille et ses compagnons dans l'hôpital du Saint- Esprit avec un zèle au-dessus de tout éloge, un des plus importants était d'aider à faire une mort chrétienne ceux qui se trouvaient en très grand danger, de les consoler et de les fortifier, en veillant, sans cesse auprès d'eux, comme le conseillent nos Livres saints : Consolare illum in exitu mortis suœ (Eccl., xxxn, 18). Ce rare dévouement excita l'admiration de la ville entière de Rome. Beaucoup de personnes de toutes qualités, tant de la no blesse que du peuple, des prélats même, et en particulier les étrangers qui mouraient dans les hôtels, commencèrent à les appeler auprès d'eux quand la maladie offrait des caractères alarmants. Ils regardèrent comme une grande imprudence de laisser dépendre, dans ce moment suprême, le salut de leurs âmes, des soins d'un parent, d'une femme ou d'un serviteur, sachant par expérience que le plus grand nombre est plus empressé à recueillir l'héritage qu'à s'occuper du salut du pauvre malade. Camille ne put résister à tant de