‹ Vie de S. Camille de LellisChapitre 7 sur 237 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

espérant que sa plaie serait bientôt parfaitement guérie.

Après avoir rempli, un peu plus d'un mois, cette charge, il fut renvoyé par l'administrateur de l'hôpital comme un homme fantasque, d'un caractère emporté, et cherchant dispute, sur le moindre prétexte, aux autres employés de la Maison. Ce qui contribua encore à son expulsion, ce fut sa passion pour les caries. Il abandonnait ordinairement le service des pauvres et s'en allait jouer, se mettant fort peu en peine que les malades eussent à souffrir de son absence. L'administrateur l'admonesta plusieurs fois, et, voyant qu'il ne s'amendait point, il le chassa de l'hôpital, un jour qu'il avait trouvé sous le chevet de son lit un jeu de cartes, après une querelle violente.

Camille, se voyant hors de l'hôpital, quoique non entièrement guéri de sa plaie, entraîné par son inclination nalurelle pour les armes, s'enrôla, l'an 1569, à Rome, où l'on faisait une levée de soldats pour la guerre que Sélim, sultan des Turcs, avait déclarée aux Vénitiens, dans l'espoir de faire la conquête de Chypre. Il resta l'espace de trois ans dans divers lieux soumis à la République de Venise, fît quelque temps partie des garnisons de Corfou, de Zara et de l'armée de mer. Il courut partout de très grands dangers; en particulier l'an 1571, à Corfou, où il était en garnison, il eut cruellement à soutïrir des rigueurs excessives de la faim et du froid. Il fut attaqué d'une fièvre violente accompagnée de dysenterie, qui le mit à deux doigts de sa perte. Camille a plusieurs fois

affirmé que, lorsqu'il eut purifié son âme parle sacrement de Pénitence, qu'il reçut avec une grande contrition et en répandant des larmes abondantes, Notre-Seigneur lui rendit les forces et la santé ; prodige d'autant plus étonnant qu'il désespérait de ses jours, qu'il n'avait pour habitation qu'une misérable chaumière, ouverte à tous les vents, si étroite qu'il pouvait àpeine s'y renfermer ; qu'il était abandonné de tout le monde et n'avait pas de médecin pour lui administrer des remèdes : merveille qu'il attribuait à la vertu du sacrement. A cause de cette maladie, il ne put assister à la célèbre bataille navale des armées chrétiennes coalisées, ni prendre part à la glorieuse victoire qu'ils remportèrent sur les Turcs, le 7 octobre, dans le golfe de Lépante, sous le commandement du vaillant général Juan d'Autriche.

L'année suivante, il faisait partie de la seconde armée de la Ligue, qui se dissipa sans en venir aux mains. Camille continua à servir sous le commandement de Soranzo, qui fit voile, avec trente galères, pour prendre la forteresse de Varbegno, en Dalmatie, qui avait été construite par les Turcs, pour bloquer la ville de Cattaro. L'armée ayant passé, de nuit, près de Gastel-Nuovo, place forte de l'ennemi, on déchargea contre elle un grand nombre de couleuvrines, et beaucoup de boulets passèrent près de la galère qu'il montait. En cette occasion, il se vit exposé à de grands périls. Enfin le fort se rendit, mais non sans effusion du sang chrétien, il s'aperçut quelquefois, pendant le siège, que beaucoup de soldats, en proie au dé-

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sespoir, ou poussés par la faim, arrachaient les foies des corps des Turcs qui étaient morts, et, — ce qui fait frissonner ! — les faisaient frire dans la poêle et les dévoraient, comme si c'était le mets le plus délicieux du monde. Camille conçut une invincible horreur pour une telle barbarie, et ne put se décider à se nourrir de pareils aliments. Il vivait d'herbes crues et de chairs de cheval, morceaux friands dans de semblables circonstances, comme l'ont éprouvé bien des soldats réduits à cette extrémité.

A Zara, le jeu, des paroles piquantes et des cartels faillirent lui faire perdre tout à la fois et le corps et l'âme. Il eutun duel avec un soldat nommé Vangelista di Rocca dipapa ; ilsenétaientdéjà venus aux mains, quand le sergent vint leur intimer l'ordre de cesser le combat et de se retirer.

Les différends des Vénitiens avec les Turcs étant arrangés, Camille passa à la solde de la couronne d'Espagne, et courut constamment les plus grands dangers. La galère qu'il montait, — une de celles de Naples, — fut sur le point d'être engloutie par une horrible tempête. Sans doute, la bonté divine veillait sur lui dans ces graves périls, parce qu'elle l'avait destiné à faire de grandes choses pour sa gloire et le salut des âmes.

L'an 1574, il prit du service à Naples, où l'on faisait une levée de soldats, pour la défense de Tunis ; il voulut être incorporé dans une compagnie, où il savait que se trouvaient de fameux joueurs, qu'il cherchait par terre et par mer. Cette fois, il devait rester sur les galères avec quatre compagnies d'in-

fanterie pour la défense de la Goulette, qui attendait d'heure en heure d'être attaquée parles Turcs. Mais, à cause de je ne sais quel accident, elles ne parurent pas devant la forteresse et retournèrent àPalerme. Dans cette occasion, éclata encore d'une manière sensible ]a bonté de Dieu pour ce soldat, alors si indifférent sur son salut, car quelques jours après, la Goulette et Tunis furent occupés parles Turcs.

En retournant de PalermeàNaples, pendant trois jours et trois nuits, ils coururent les plus grands dangers ; ils se regardèrent tous comme perdus, n'attendant plus que la mort. Dans cette circonstance critique, Camille renouvela le vœu qu'il avait fait d'entrer dans l'Ordre de Saint-François : c'était le 28 octobre de Tan 1574, fête des glorieux apôtres saint Simon et saint Jude.

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