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Vie de S. Eustache, et de ses compagnons, martyrs [microforme]

Sous l'empire de Trajan, alors que dominaii encore le culte des démons, il y avait un maître de.la milice, nommé Placide, d’une naissance illustre, revêtu d’hon-

neurs. et qui possédait d'immenses richesses en or, en argent, en esclaves et en biens de tout genre; mais il était plongé dans les erreurs de l’idolâtrie. Cependant il s’

donnait aux bonnes œuvres et il s'appliquait à la pratique de toutes les vertus: il aimait à donner des vêtements ou des ali. :

ments à ceux qui étaient dans lindigence ; il venait au secours de ceux qui étaient :

dans l’oppression; 1i se faisait l'avocat des accusés, et par ses RUE il consolait :

ceux qui avaient été condamnés injustement. Il s'était rendu célèbre par ses hauts faits. Son nom seul inspirait de la terreur aux barbares, et il avait la renomimée d’un vaillant capitaine, qui savait user avec modération de la prospéritée. ]1 aimait pas.

sionnément la chasse, et son plus grand délassement était d'attaquer et de poursuivre les animaux sauvages.

11 avait une épouse engagée comme lui dans les ténèbres de l’idolâtrie, mais dont la vie concordait parfaitement avec la sienne, Elle lui donna deux fils, auxquels ils procurèrent, comme à l’envi, une excellente éducation. Mais Dieu, qui dans sa bonté appelle toujours et partout ceux qui sont dignes de lui, ne rejeta point les bonnes œuvres de cet homme vertueux; il ne voulut pas qu’une âme si bienfaisante perdit sa récompense, en demeurant ensevelie dans les ténèbres du polythéisme; mais, selon ce qui est écrit, que «dans toute nation cejui qui pratique la justice lui est agréable,» il fit éprouver à Placide les effets de sa paternelle miséricorde, et il résolut de le

8au\

> Jui ont siens ils lenonté it di- @œuulut t sa dans elon n ceble,»

à pade le

sauver de la manière que nous allons dire.

Sa conversion miraculeuse.

Etant sorti un jour, avec des gens de guerre, dans un grand appareil, selon sa coutume, pour chasser dans les montagnes, Placide aperçut un troupeau de cerfs qui paissaient. Aussitôt il assigna son posie à chacun de ses compagnons, et l’on se mit à courir les cerfs. Au fort de la chasse,nn de ces animaux, le plus grand et le plus beau de tous, se détache de la bande et se précipite dans un fourré de la forêt voisine. Placide, l'ayant remarqué, s'élance à sa poursuite avec quelques-uns de ses gens.

Mais bientôt ceux-ci tombèrent de lassitude et ne purent l'accompagner plus loin.

Pour lui par une disposition particulière de la divine provicence, il n'éprouva aucune fatigue, ni le cheval qu’il montait; et sans être arrêté ni par les abruptes aspérités du terrain, ni par les halliers ou les branches des arbres de la forêt, il courut longtemps à la poursuite du cerf, qui s’arrêta enfin sur la cime d’un rocher.

Tandis que Placide s’arrêtair à le considérer, à admirer sa haute taille, et qu'il cherchait en vain quelque moyen de s'en rendre maître, Dieu lui-fitapercevoir, an milieu des cornes du cerf, la figure de la sainte croix plus resplendissante que la lumière du soleil, et sur laquelle était l'image de notre Sauveur J ésus-Christ. Il donna en même temps au cerf une voix humaine, qui appela Placide et luidit: «O Pla- «cide, pourquoi me poursuis-tu? c’est pour «toi que je suis venu apparaître sur cel aenimal. Je suis le Christ que tu honores «sans le savoir: les aumônes que lu fais «aux indigents sont montées jusqu’à Mois»

Jésus-Christ L’instruit,.

Le capitaine, entendant ces paroles, fut saisi d’une grande crainte et tomba de cheval Au bout d’une heure il revint à lui et se releva, puis, cherchait à se rendre compte de cette apparition, il dit en luimême : ‘‘ Quel est cetle voix que je viens d'entendre ? Toi qui me parles, fais-toi conuaitre à moi, afin que je croie en toi?”

onsiqu'il s'ernl

r, au de la la lu- ’imaonna imai- ) Plapour cet anores \ fais moi.

:s, fut e che- Jui et

‘endre

n lui-

viens ais-toi toi?”

Et le Seigneur lui dit: « Ecoute, Placide, «je suis Jésus Christ qui ai créé le ciel el «la terre de rien, qui ai séparé et façonné «la matière confuse ; c'est moi qui ai créé «la lumière et l'ai séparée des ténèbres ; «c'est moi qui ai fait le soleil pour illumi- «ner la terre durant le jour,et la lune avec «les étôiles pour l'éclairer pendant lanuit; «c'est moi qui ai réglé lés saisons, les jours «et les années; c'est moi qui ai formé «l'honime du limon de la terre ; c’est moi «qui, pour sauver le genre humain, ai pa- «ru en chair sur la terre, qui ai été cruci- «fié et enseveli, et qui suis ressuscité le «troisième jour.» A ces paroles, Placide tomba à terre derechef, ens’écriant : “Je crois, Seigneur, que c’est vous qui avez fait toutes ces choses, qui raménez Ceux qui s'égarent, relevez ceux qui sont tombés et rendez la vie aux morts.” Le Seigneur lui dit: «Si tu crois, rends-toi à la ville, va «trouver le prêtre des chrétiens, et deman- «de:lui le baptéme de la grâce » Placide répondit Seigneur, si vousm'ordonniez de faire part de ce que je viens d'appren-

dre à ma femme et à mes enfants, afin qu'eux aussi ils croient en vous ? ” Le Seigneur lui dit: « Va le leur annoncer; re- « cevez tous le baptème, purifiez-vous des «souillures de l’idolâtrie ; puis reviens ici, « je t'apparaîtrai de nouveau, et je te dé- «couvrirai ce qui doit t’arriver, et te ma.

«“nifesterai les mystères du salut.»

Placide descendit de la montagne lorsqu’ilétait déjà nuit, et raconta à sa femme tout ce qui lui était arrivé ; etquandillui eut fait connaître la vision qu’il avait eue et les paroles qu'il avait entendues, elle s'écria: ‘ Mon Seigneur, tu as vu le Seigneur crucifié que les chrétiens adorent ? Oui, certes, il est le seul vrai Dieu, celui qui par de tels prodiges appelle à lui ceux qui croient.” Puis élevant la voix, elle dit : ‘ Seigneur Jésus Christ, ayez pitié de moi et de mes deux enfants.” Elle dit ensuite à son mari: ‘ La nuit dernière, je l'ai vu moi aussi, ebil me dit: « Demain, «toi, ton mari ettes enfants, vous vien- « drez à moi, et vous connaitrez que je « suis Jésus-Christ. » [l a sans doute voulu

l'apparaître dans ce cerf sous une forme si miraculeuse, afin que, admirant sa puissance, tu aies foi en lui. Viens donc cette nuit même, allons ensemble, et tâchons d'obtenir le saint baptèime des chrétiens ; car c'est par ce bain que ceux qui croient en Jésus-Christ lui appartiennent véritablement.” Placide lui répondit: ‘ C'est aussi ce que m'a dit celui qui m'est apparu.” Donc, vers le millieu de la nuit, ils prirent secrètement avec eux leurs deux enfants et quelques serviteurs, et allèrent trouver le grand prètre des chrétiens.

Il est catéchisé et haptisé.

En arrivant à son logis, ayant laissé au dehors leurs serviteurs, ils entrèrentseuls et lui racontèrent lout ce qui s’etait passé et les paroles qu’ils avaient entendues. Et ajoutant aussitôt qu’ils croyaient au Seigneur Jésus-Christ, ils le supplièrent de leur conférer le sacrement de baptême. Le prêtre, pénètré de la joie la plus vive, et glorifiant le Seigneur Dieu, qui veut que tous les hommes soient sauvés el parvien-

A Htiissance de la vérilé. les ea- 4 C

Behist: et-après Tour avoir exposé les | € Vetops de fa for illes haptisa au nom ] de la irossainte rinité., Étil douua à Pla- | I cide le nom d'Eustache, à sa femme celui :

de Théopista ; quant aux enfants, il nom- 1 .ma l’ainé Agapit et l'autre Théopiste. Il C leur administra ensuite le saint sacrement de notre Seigneur Jésus-Christ, et les con-

gédia, en disant : ‘Que le Seigneur Jésus-

Christ, Fils de Dieu, soit avec vous, et « qu’il vous donne son royaume éternel : \ car je vois que la main du Seigneur est J « avec vous. Et lorsque vous jouirez du pa- | « radis de délices, souvenez-vous de mon â- « me; moi Jean, je vous en conjure. ” « Le matin étant venu, Eustache prit avec ( lui quelques cavaliers et se rendit à la « montagne, .et en approchant du lieu où il « avait eu la vision, il congédia les soldats | « qui l’accompagnaient, comme les invitant É « à chercher du gibier. S’approchaut alors 1 « seul du rocher, il vit encore la:même for- ; 4

me humaine qui lui était déjà apparue : et se prosternant la face contre terre, il s'é.

les easé les HU OH Là Plae celui | uomste. Il rement es con- Jésuisus, et ernel ; ur est du pamon â- 2]

itavec | à la 1 Où il soldats vitant alors 1e forué;et il s’é-

cria: ‘Je vous adore, Seigneur, car vous èles Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, et Je crois au Père, et au Fils, et au Saint- Esprit ; et maintenant je suis venu, sup.

pliant votre divinité sans tache de me faire counaitre Ce que vous m'avez annon-

cé.

Jésus-Christ lui prédit qu’il sera un aucre Job.

Le Seigneur lui dit: «Tu es heureux, «Eustache, d’avoir reçu le bain de ma grâ- «ce, et d'avoir été revêtu d’immortalité:

«Tu viens de vaincre le démon, de fouler «aux pieds celui pui avait trompé ; tu as « dépouillé l'homme corruptible, pour re- «vêtir lincorruptible, qui demeure dans «les siècles des siècles. Mais voici Le temps «où vont se manifester les œuvres de ta «foi : car l'envie du démon te déclarera :

«une guerre acharnée, parce que tu l'as «abandonné ; déjà il dispose toutes ses «batteries pour te perdre. Tu auras donc 4 beaucoup à souffri’ avant de recevoir la «couronne de la victoire. Tu possèdes de «grandes richesses temporelles, et jusqu’à

(présent tu as joui des plus hautes digni- « és de ce monde. Il faut maintenant que

“tu sois humilié pour toutes ces vanités, | p «et que tu t'enrichisses des biens spiri- le «tuels. Que ton courage ne te fasse donc je «pas défaut, et ne pense plus à cette gloi- n «re dont tu jouissais: mais, de imême nl «“ qu'en combattant les hommes, tu désirais 1 si «les honneurs de la victoire, et tu cher- q «chais avec empressement à plaire à un : P:

“empereur mortel ; ainsi, songe désor- \ n «mais à combattre vaillamment contre le «

« dérnon, et à me garder la foi que tu m'as | «

«donnée, à moi l’empereur immortel. Car j E «il m'est nécessaire qu'en ces temps-ci tu 4 r'E « sois un autre Job par les épreuves que ù fe «tu auras à subir, et que ta patience te | di «rende victorieux du démon. Veille done pi «à ce qu'aucune pensée de blasphème ne Jé «monte dans ton cœur ; car, lorsque tu pl

«auras été humilié, je reviendrai à toi, et «je te rendrai ta gloire première.» Le Sei- : guenr ayant ainsi parlé, monta aux cieux, en disant à Eustache : « Veux-tu scuffrir

ré « des à présent les épreuves qui l'atten-

dignint que anités, Spiri- > donc e gloiinème ésirais cher- > à un désoritre le 1 m'as 1. Car -Ci tu s que ice te done ne ne ue tu toi, et e Seieux, uffrir attet1-

“dent, ou aimes-tu mieux les réserver «pour tes derniers jours ? » Eustache ré.

pondit: ‘ S'il n’est pas possible d'éviter les tribulations que vous nous destinez ; je vous supplie, Seigneur Jésus, d’ ordonner qu'elles nous adviennent présentement : seulement, donnez-nons la force de supporter ce que vous m'annoncez, de peur que l’ennemi, trouvant en nous quelque parole d'iniquité, ne nous fasse déchoir de notre foi.” Et le Seigneur lui dit : « Com- « bats courageusement, Eustache ; ma grâ- « ce est avee vous, qui gardera vos âmes. »

Eustache, étant descendu de la montagne, retourna dans sa maison, et racontaà sa femme tout ce que le Seigneur lui avait dit. Ils se jetèrent aussitôt à genoux, et prierent le Seigneur, disant : 4“ Seigneur Jésus-Christ, que votre volonté s'accomplisse. ”

Ii perd ses biens.

Quelques jours s'étant écoulés, La peste 'aVagea la maison et enleva tous les serviteurs et les servantes. Eustache, voyant

par ce fléau que l'épreuve qui lui avait été prédite commençait, la reçut avec reconnaissance, priant en même temps sa femme de ne pas perdré courage en ces peines. Peu de temps après, ses chevaux et tout son bétail furent envahis par des exhalaisons meurtrières, qui les firent tous périr. Il reçut cette nouvelle épreuve avec actions de grâces. Mais il quitta sans bruit cette maison, et, accompagné de sa femme et de ses enfants, ils se retirerent dans un lieu peu éloigné, n'emportant que les habits dont ils étaient couverts. Quelques hommes cupides s’apercevant qu'ils étaient partis, entrèrent la nuit dans leur maison, et mirent au pillage tout ce qu’ils y trouvèrent, or, argent'et vêtements : ils u’y laissèrent absolument rien. Et c’est ainsi que, par la malice des démons, toutes leur richesses, tous leurs biens furent anéantis.

En ces jouis-là, le peup'e célébrait avec l’empereur une grande fète pour une victoire remportée sur les Perses ; et -Placide devait s'y lrouver au premier rang ;

avait vec re- 1ps Sa en ces evaux ir des firent preuve à sans , de sa rerent ntque Quel- , qu’ils 18 leur qu'ils its : ils 1t c'est s, toufurent

itavec ne vicC- -Placi-

rang ;

car il était chef dela millice et lun des conseillers du prince. On le chercha donc; mais on ne put le trouver. Tout le monde fut dans la stupeur, quand on apprit que, comme en un clin d'œil, tout ce qu’il possédait avait été pillé et dévasté, de telle sorte qu’il n’en restait plus rien. L’empereur et tous les courtisans en furent accablés de tristesse ; et tout Le monde ne pouvait assez s'étonner d’un si grand désastre, La femme d’Eustache lui dit alors : ‘“Qu'attendons-nous ici? Viens, prenons nos deux enfants, car c’est tout ce qui nous reste, et abandonnons ce pays: nous sommes devenus l’opprobre de tous ceux qui nous connaissent. ” Et à la tombée de la nuit, ils prirent le chemin de l'Egypte avec leurs enfants.

Il perd sa femme et ses deux enfants.

Ayant marché ainsi pendant deux jours, comme ils approchaient de la mer, ils aperçurent un navire attaché an rivage, et ils résolurent de s'y embarquer. Or, le maitre du vaisseau était un homme bar-

bare et grossier. Après qu’on eut mifà la voile, cet homme Voyant la grande beauté de la femme d'Eustache, Conçut pour elle des désirs criminels. Lorsqu'on fut débarqué, il leur demanda le prix du passage; el comme ils n’avaient rien à lui donner, il retint l'épouse d'Eustache, comme gage de la somme qui lui était due.

Îl avait formé ce mauvais dessein dès qu'il l'avait aperçue, au moment de l’'embar.

quement. Eustache s’opposa de toutes ses forces à cette violence, mais en vain ; le patron du vaisseau ordonna même à ses Nautonniers de le jeter à la mer.

Il se vit donc séparé violemment de son épouse, et s’en alla avec ses deux enfants, gémissant et disant : “ Malheur à moi et à Vous, pauvres enfants! votre mère est li.

vrée ‘à un mari étranger.” Et continuant sa routédans les soupirs et les larmes, il arriva près d’un fleuve, Comine les eaux étaient débordées, il n’osa le passer avec ses deux enfants à la fois : mais, laissant l’un sur le rivage, il prit l’autre sur ses épaules et le transporta sur la rive opposée ;

mis à la le beauut pour 1 fut dédu pasn à lui e, vomit due, ès qu’il embar.

tes ses in; le ») à ses

de son ifants, oiet à est linuant es, il eaux avec issant ses éosée ;

puis il rentra dans l'eau pour aller chercher son autre fils. Quand il fut au mi.

lieu du fleuve, regardant vers l'autre bord, il aperçut un lionqui saisit l'enfant et lem. porta dans la forêt. Désespérant alors de le recouvrer, mais sans perdre palience, il retournait vers l’autre rive, avec l'espoir de trouver quelque consolation avec enfant qui lui restait, lorsque, sous ses yeux, un loup le ravit, sans qu’il pût le poursuivre.

Et comme il était encore au milieu -du fleuve, il s’arrachait les cheveux, il se lamentait, il poussait des hurlements, et i] était tenté d’en finir avec la vie, en se noyani dans le fleuve; mais la divine pro-

vidence, qui lui réservait d’autres desti-

nées, lui rendit sa constance et sa ferme.

té, et après ce premier assaut de sa dou.

leur,.il sortit de l’eau.

Or, la même providence permit que le lion ne fit aucun mal à l'enfant; car des bergers le voyant emporter cette innocente créature, se mirent à sa Poursuite avec leurs chiens et le forcèrent de le lâcher, Le Seigneur vint aussi au secours de l’au-

tre nfant: car des laboureurs le voyant entre les dents du loup, poursuivirent aussi l'animal, qui lâcha sa proie et s’en.

fuit. Les bergers et les laboureurts, qui étaient du même village, admirant comment la divine providence avait secouru ces enfants, les prirent chez eux et leséleyèrent. | Eustache, qui ignorait ces choses, reprit sa route, gémissant, pleurant; tantôt il adressait à Dieu des plaintes amères ; tanôt il se soumettait à sa sainte volonté ; toujours il espérait en sa providence et la priait. Il arriva ainsi à un village nommé Badyssus, où il séjourna quelque temps, travaillant des mains pour se procurer de quoi vivre. Quelque temps après, il s’adressa aux habitants du village, qui lui confièrent la garde de leurs champs, et il vécut de la sorte quinze années comme mercenaire.

) voyant suivirent et s’enuts, qui int com-

secouru t les éle-

8, reprit antôt il amères ; volonté ; ice et la nommé > temps, curer de , il s’aqui lui ps, etil comme

Oe que deviennent sa femme et ses enfants,

Quant à ses enfants, ils furent élevés, ainsi que nous l'avons dit, dans un autre

village, mais sans qu'ils pussent se recon-

naître. Le patroïi du navire qu’ils avaient monté emmena dans son pays la femme d'Eustache ; mais la grâce du Seigneur la prolégea; en sorte que durant tout ce temps-là aucun étranger n’approcha d'elle.

Et c’est aussi ce qu'elle avait demandé à Dieu, le priant de la préserver de toute souillure. Le capitaine du navite étant ve.

nu à mourir, elle recouvra sa liberté, Peu de. jours après, le pays où.elle se trouvait fut envahi par des armées enuemies, qui de là.se répandirent sur Les terres des Romains. Au milieu de ce tumulte des gens de guerre, l'empereur, résistant de tout son pouvoir à l'invasion des troupes ennemies, se ressouvint de Placide, qui avait remporté plusieurs victoires sur ces mémes ennemis. Il parlait souvent de lui, et ne cessait de saflliger des malheurs qu'il avait éprouvés, Ayant rassemblé son ar-

mée, il passa en revue les soldats et leur demanda s'ils savaient ce qu'était devenu l'ancien maître de la milice, s’il était mort ou s'il vivait encore ; et, sur leur réponsé négative, il donna ordre de le rechercher.

I! envoya donc en chaque ville et dans toutes les terres de son empire pour découvrir le lieu de sa retraite, promettant à celui qui le trouverait et le Iui amènerait.

de grandes largesses et de grands honneurs.

Deux soldats qui avaient été autrefois sous les ordres de Placide, nommés Antiochus et Achacius, se mirerit à sa recherche. Après avoir parcouru tout le pays de

Ja domination romaine, ils arrivèrent auvillage où demeurait Eustache. En passant près du lieu où il faisait son emploi de gardien, 1l leur vint en pensée de l’interroger- Eustache, les considérant de loin, les re-° connut à leur démarche.et se rappelant sa vie antérieure, ilen fut troublé. Maïs il recourut aussitôt à la prière. # Seigneur notre Dieu,” s’ééria-il, ‘qui savez délivrer

de ‘toute tribulation ceux qui espèrent en

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lant sa sil reur nOélivrer ent en

de AR

si — se

| 21 re vous, de même que, contre tout espoir, j'ai vu ceux qui, autrefois étaient avec moi;fai:

les que je voie aussi votre servante, mon épouse ; car pour mes enfants, je sais que pour mes iniquités, ils ont été dévorés par les bêtes. Faites donc, Ô Seigneur Jésus- Christ, Dieu miséricordieux, qui êtes le seul vrai Dieu, faites que je voie au moins mes fils au jour de la résurrection.” Come me il parlait ainsi, il entendit une voix venant du cie] qui lui dit : « Préndsconfian- “ce, Eustache, voici-le temps où tu: vas «rentrer dans ton premier état ; tu vas revoir ton épouse et tes enfants, Après la “résurrection tu verras de bien plus gians « des choses, car tu entreras en jouissance « des biens éternels: ton uom sera glorifié:

« de génération en génération.» Ces paroles le frappèrent de terreur. .

Deux soldats envoyés par l’empereur reconnaissent F E ustache. ë £

Voyant ensuite les soldats qui venaient vers lui, il descendit du lieu où il était assis ét alla à leur:rencontre sur le bord''du :

chemin, En approchant d'eux, il les reçonnut miéux encore, mais eux ne le reconnurent pas. L'abordant, ils lui dirent ; “Saut, frère. * IL leur répondit : “La paix soit ayéc vous, frères.” Ils ajoutèrent aussitôt : Dis-nous si tu ne connais pas ici un étranger nommé. Placide, qui a une femme et deux enfants. Si tu nous le fais con.

naître, nous te donnerons de l’argent. ” Il leur dit: ‘“ Pour quel motif le cherchezvous ? ” [ls répondirent : “ C’est un ancien ami ; nous serions fort aises de Je voir a.

près tant d'années que nous sommes séparés.” Eustache leur dit: “Je ne connais

vint ici d'homme tel que vous me le dépeignez. Cependant venez dans le lieu que j'habite; car moi aussi je suis étranger en ce pays. Et il les conduisit dans sa maison, puis il alla acheter du vin, qu'il leur donna, car la chaleur les accäbiait. Et il dit au rraître du logis:Où il demeuraït :. ‘:Ges hommes me sont’pätftitement connus, et é’ést pe * moi qu’ils sont venus ici ; sersléur dun: ‘4 vis et des alirnents, afin qu'ils fesse: ; vunne eRbre ; je te: paierai

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r donil dit (Ces us, et sers- ; afin aierai

dans le temps avec mon salaire.” L'hôte leur fournit tout ce ‘dont ils avaient hesoin. |

Taudis qu'ils prenaient leur réfection, Eustache, se rappelant la vie qu'il menait autrefois, avait de la peiné à se contenir ; et lorsqu'il sentait les lârmes inonder son visage, il sortait, puis après s'être lavé lés yeux, il rentrait et servait ses convives Ceux-ci, le considérant de plus près, com.

mencèrent peu à peu et confusément à le reconnaître, et ils se disaient l'un à lautre: ‘ Comme il ressemble à l’homrne que nous cherchons!” L'an d'eux ‘ajouta :

“Oui, certes, il lui ressemble. Duréste, je sais que Placide porte à la têtela cicatri-

ce d’une‘blessure qu’il reçut à la guërre :

observons cet homme : s'il a à la tôté cet

indice, assurément c'est celui qué nous

ciérehons. ” Ayant donc rugardé sa tôte, ils aperçurent aussitôt la eicatrice. Et se

‘levant:de table, ils se jétèrent à son cdu:en “pleurant,-et lui demaüdant s’il wétait'pas

leur ancien maître de la milice. Eustache, pleurant a sou tour, leur répoudit s: Noa,

çe n’est pas moi. ” Mais ils lui montrèrent la cicatrice dé sa têle, el déclarèrent quil ‘était lui-rnème Placide , ancieh maître de Ja milice. Is lui demandèrent en mème «temps des nouvelles de:son épouse et de ses enfants, et lui rappelèrent plusieurs évènements d'autrefois. À là fin, il. leur avoua qui il était, ajoutant que sà femme et ses fils étaiént mor ts. ;:

| Pendant qu'ils s ’entretenaient de la S0Tte; totis les habitants du village äccour urent comme à un spéciacle: ‘Les soldats, faisaüt faire silence, leur. parlèrent' dé’ la vertu d’'Eustache et des honnéurs dont il jouissait autrefois. Ce. qu'’ertéendant ces hommes, ils vérsèrent des larmes, et's’écriaient : ‘ Un si grand homme! lui qui ‘NOUS a servis comme un mercenaire |? F Les soldats alors lui firent part’ des ordres de l'empereur ; et après l'avoir revêtu d'habits somptueux, ils l’emmenèrent. Tous les habitants voulaient lé suivre ; mais, après les avoir enbrassés, il les rongédia.

Durant le voyage, il expliqua aux soldats

‘comment le Christ jui. était apparu, et és os ‘

trérent nt qu'il itre de .mème et de usielis's il. leur femme

la sor- COUrUoldats, ‘de la ont jl nt ces et s’éui qui ire | ” ordres 1 d'ha- Tous mais, gédia.

oldats ru, et #“

ei.

al

Comment au baptême on lui avait donné le nom d’Eustache, puis :il leur raconta tout ce qui lui était arrivé.

Il est chargé du commandement des troupes impériales. ds

Après quinze jours de marche, ils arrivérent auprès de l'empereur, et lui exposèrent comment ils avaient:trouvé: Placi.

de. Le monarque, à cette nouvelle, sortit au-devant de lui, l'embrassa en. versant des

larmes et Ini demanda pour quels:motifs

il avait quitté son service. Eustache raconta en détail à l'empereur et aux grands de sa cour tonte l’histoire de sa vie depuis qu'il avait quitté ‘le ‘éommandement. des troupes ; il leur dit comment sa femme avait été retenue sur un navire, Comment

ses fils étaient devenus la proie des bètes

féroces et quel profond'chagrin ilen avait ressenti. Le retour d'Eustäche causa une grande joie à toute l'armée. L'empereur le consola et lui rendit sa dignité de maïiire de la milice. Eustache ayant examiné les rôles de l'armée, reconnut qu’elle n'é-

tait pas assez nombreuse pour faire face aux incursions de l'ennemi. Il ordonna de ‘faire de nouvelles levéés de soldats, et il envoya dans les villes et villages de l'empire romain des tribuns pour les inscrire.

Or, il arriva que le bourg où avaient été élevés les fils d'Eustache dut fournir deux soldats. Les habitants les livrèrent aux tribuns comme étrangers au pays. Ces jeunes gens étaient d’une taille avantageuse et d’une grande beauté. Les nouveaux enrôlés ayant donc été rassemblés et présentés au maître de la milice, il les examina-tous et assigna à chacun son rang dans l’armée. Cependant ces deux jeunes gens fixèrent son attention, à cause de leur haute stature et de leur beauté qui les distinguait de tous les autres ; il leur donna donc les premiers grades auprès de sa personne. Etcomme il remarqua en eux beaucoup de noblesse et de probité, il les aima d’une affection toute particulière, et ‘les admit à sa table.

ire face onna de ts, etil > l'empicrire.

uient été air deux ent aux ys. Ces avantaes TlOUsemblés ce, il les on rang x jeunes > de leur les dis.

r donna

à sa perux beau- | les aiière, et

reposer son armée, d'autant qu’il trouva

Il retrouve sa femme et ses enfants.

Après avoir disposé son armée selon lés règles de l’art militaire, il partit pour la guerre, et en peu de temps délivra les provinces que les Barlikres avaient occupées.

T1 traversa ensuite le fleuve d'Hydaspe avec son armée; et s’avançant par la voie directe dans l'intérieur de leur pays, il remporta sur les ennemis une grande victoire, ravagea leurs terres, et forma le dessein d’anéantir ces peuples. Sur ces entrefaites, par une disposition singulière de la Providence, il arriva au lieu même où demeuraiït son épouse, laquelle, comme nous l'avons dit, avait été préservée par la protection de Dieu de la tyrannie du capitaine du-navire. Après la mort de celui-ci, elle s'était retirée seule dans une

maisonnetts située sur un petit jardin ap-

partenaut à un habitant du village, et dont elle prenait soin. Le maître de la milice étant donc arrivé en ce lieu, y dressa son camp et y demeura trois jours pour faire

là toutes es Commodités de Ja vie. Or leg soldats, en disposant les tentes, placèrent “celle de‘teur-chef près-du petit jardin confié.àla garde. de:cette fenime ; les detx Jeuies gens lügèrent dans Fa demenre de lëur mère, Sur lé mi, s'étant assis, ils se nirent-à parler de leur enfance, car ils a “Vaient encoré un souvenir confus de ce qui léur étnt arrivé. Leur mère, qui se tenait assise devant:enx, suivait très-at- ‘tentiveinent lenr entretien: LCR ‘ L'ainé disait au plus jeune: Pour Je ‘moment, je ré me rappelle pas aûtre chose de mon enfance, si Non que mon père était Maitre de fa milice et que ma mère “était d’une grande . beauté ; ils avaïent deux fils, moï et un autre plus jeune, aux . Cheveux blonds et doué aussi d’une beau.

té rare. Une nuit, ils nous prirent tous les deux et s'enibarquèrent sur un navire :

mais j'ignore où ils voulaient aller. Lors.

que nous fûmes débarqués, notre: mère était plus avec nous, et je ne sais com.

ment elle resta er mer. Notre pére: nâns ‘prit tous les deux et marchait en pleurant.

un

. Or les acèrent lin cons deux ure de , ils se r'ils ade ce qui se rès-at-

our le chose ère émère ‘atent , AUX beau us les vire ; Lorsmère commûrs l'ant.

Arrivé, sur le bord d'un fleuve, 1l:le passa avec mon jeune frère. et me Haissa sur-le rivage. Comme il revenait: pour-me prendre. à RON lour,; un loup -survint: et: einporta mon frère, et:avant :que-.mon: père .pût s'approcher de. moi, un Lion, sortant tout. à coup-d'un fourré; me prit.entre ses | dents el n'enirainadansla foré t Héuïeu- «sement des bergersaccoururentàmon se-

récit depuis cette époque, se sentait émue, agitée jusqu’au fond de l’âme et ces sentiments redoublaient en les voyant collés l'un contre l’autre et se donnant de fraternels baisers, mêlés de douces larmes. Ce.

pendant elle voulut considérer la chose plus mûrement en elle-même et s'assurer s'ils étaient bien ses fils; mais sans cesse lui revenait en pensée ce qu’ils avaient dit, que leur père était maître de la milice ét que leur mère avait été laissée sur la mer.

Le lendemain elle va trouver le chef de l'armée et lui dit: “ Pardon, seigneur, si j'ose me présenter devant vous: je suis née sur les terres de l’empire romain, et j'ai été amenée iei captive; oh! si vous vouliez me ramener dans ma patrie!” Et en disant cela, comme elle considérait cet homme, elle aperçut la cicatrice que portait son mari, elle le reconnut aussitôt, mais elle craignait de l’interroger. Néanmoiselle ne putse contenir plus longtemps et se jetant à ses pieds, elle lui dit: ‘Je vous prie, seigneur, ne vous irritéz pas

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contre votre servante, mais daignez m'écouter avec bienveillance, et soyez assez bon pour me dire ce que vous étiez autrefois, car il me semble que vous êtes ls maître de la milice nommé Placide, qui reçut au baptême le nom d’Eustache, et que le Seigneur daigna appeler lui-même à lui au moyen d’un cerf, afin qu'il crût en lui. [1 éprouva ensuite plusieurs tribulations ; et uu jour, prenant avec Iui sa femme, c'est-à dire moi-même, et ses deux fils Agapit et Théopiste, il prit la route de l'Egypte. Mais, comme nous étions en mer, ilme perdit, parceque le patron du navire, qui était un barbare, me retint malgré moi; et c'est lui qui m'a amenée en ce pays. Le Christ m’est témoin que ni cet homme ni aucun autre n’a approché de moi: car le Seigneur a sauvé mon honneur jusqu'à ce jour. Voilà les motifs qui me portent à croire que vous êtes mon mari: dites-moi si je me suis trompée? Eustache, l’entendant ainsi parler, et considérant sa grande beauté, la reconnut ; et fondant en larmes, il lui dit avec la joie la

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