Soc. 57; Cf. An. Perus. A. SS. p
i92 VJE DE S. FRANÇOIS
Une des recommaQdatioQS les plus fréquenles de François portait sur le respect dû au clergé ; il suppliait ses disciples d*avoir pour les prêtres une dérérence toute particulière, de ne jamais les rencontrer sans leur baiser la main.
Il sentait fort bien que les frères, ayant renoncé à tout, étaient exposés à être injustes ou sévères pour les riches et les puissants de la terre : aussi cherchait-il à les prémunir contre cette tendance, concluant soureot ses avis par cette belle parole : a 11 y a des hommes qui aujourd'hui nous paraissent être les membres du Diable, qui un jour seront les disciples du Christ. »
a Notre vie au milieu du monde, disait-il encore, devrait être telle, qu'en nous entendant, comme en nous voyant, chacun soit porté à louer le Père céleste. Vous annoncez la paix, ayez-la dans le cœur. Ne soyez pour personne une occasion de colère ou de scandale, mais que par votre douceur tous soient amenés à la paix, à la concorde et à la bienfaisance.»
C'était surtout quand il s'agissait de ranimer ses disciples, de les rassurer contre les tentations, et de les en délivrer que François remportait ses plus beaux triomphes. Si troublée que fût une âme, sa parole y ramenait la sérénité; et celte ardeur qu'il avait pour calmer les tristesses, il la retrouvait fougueuse et terrible pour réprimer les défaillances ; mais dans ces temps de première ferveur, il avait rarement l'occasion de montrer sa sévérité; plus souvent, il dut reprendre doucement des frères dont la piété exagérait les macérations et les pénitences.
Quand tout était terminé et que chacun avait eu sa part à ce banquet de l'amour, François les bénissait, et
euK se dispersaient de tous côtés comme des étrangers et des voyageurs. Ils n'avaient rien, mais déjà ils croyaient distinguer les signes de la grande et définitive palingénésie. Comme Texilé de Patmos, ils voyaient c: descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, parée comme une épouse qui s'est parée pour son époux. ... et le trône sur lequel est assis le D^iré des nations, le Messie des temps nouveaux, celui qui doit faire toutes choses nouvelles ^. 2>
Cependant tous les yeux étaient tournés vers la Syrie, où un chevalier français, Jean de Brienne, venait de se déclarer roi de Jérusalem (1210), et vers laquelle se jetaient les bandes de la croisade des enfants.
La conversion de François, si radicale qu'elle eût été, n'avait pu que donner à ses pensées et à sa volonté une direction différente, mais non pas changer le fond même de son caractère, (ic Dans un cœur grand tout est grand. r> On a beau changer en se convertissant, on reste le même. Ce qui change ce n'est pas le converti, c'est son milieu; il s'est tout à coup jeté dans un chemin nouveau, mais il y court avec les mômes ardeurs. François était resté chevalier, et c'est peut être ce qui lui a acquis à un si haut degré, le culte des plus belles âmes du moyen âge. Il y avait en lui ce besoin d'incoanu, cette soif d'aventures et de sacrifices qui rendent l'histoire de son siècle si grande et si attachante, malgré bien des côtés sombres.
Les génies religieux ont d'ordinaire le privilège de l'illusion. Ils ne voient jamais tout à fait combien le monde est grand. Lorsque leur foi a transporté une
1. Apoc. 21 ; 1 Gel. 46 ; 3 Soc. 57-59; An. Perus. A. SS. p. 000.
montagne, ils tressaillent d'allégresse, comme les yieux lutteurs hébreux, et il leur semble voir poindre Taurore du jour a où la gloire de rÉteroel apparaîtra, où le loup et Tagneau pattront ensemble.» Bienfaisante illusion, qui enivre comme un vin généreux, et jette les soldats du bien à l'assaut des forteresses les plus effi'ayantes, et leur laisse croire que celles-là prises, la guerre finira.
François avait trouvé tant de joies dans son union avec la Pauvreté, qu'il se tenait pour assuré qu'il suffisait d'être homme pour aspirer au même bonheur, et que les Sarrasins se convertiraient en foule à l'Évangile de Jésus^ annoncé dans toute sa simplicité. Il partit donc de la Portioncule pour cette croisade d'un nouveau genre. On ignore dans quel port il alla s'embarquer. C'était probablement dans l'automne de 1212; une tempête ayant jeté le bateau sur les côtes de TËscIavonie, il dut se résigner ou à rester plusieurs mois dans ces parages, ou à retourner en Italie; il se décida pour le retour^ mais eut beaucoup de peine à se faire admettre sur un bateau qui partait pour Âncône. Il n'en voulut cependant pas aux matelots ; les vivres ayant manqué, il partagea avec eux les provisions dont on l'avait comblé.
 peine à terre, il commença une tournée de prédication, où les âmes répondirent avec plus d'empressement encore que par le passé à ses appels^. On peut croire qu'il revint d'Esclavonie dans l'hiver de 1212 à 1213, et qu'il employa le printemps suivant à évangéliser l'Italie centrale. Peut-être est-ce durant ce carême, qu'il se retira dans une île du lac Trasimène et y fit un