‹ Vie de s. François d'AssiseChapitre 200 sur 257 · V. A. SS., p. 608 ss., et 838 ss · texte numérisé non relu

V. A. SS., p. 608 ss., et 838 ss

4. V. Balle, Multi diuinœ du 13 août 1218. Horoy, t. III, col. 12 ; Potthast 5891 .

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r'' le momeot venu de réaliser le projet qu*il n'avait pu exécuter en 1212. Chose étrange , Hugolin qui,

' ^' deux ans auparavant, Tavait empêché d'aller en France, lui laissa liberté entière pour accomplir cette nouvelle expédition^. Quelques auteurs ont pensé que François, ayant trouvé en lui un vrai protecteur, se sentait rassuré pour l'avenir de l'Ordre; il a dû en effet penser cela, mais l'histoire des troubles qui éclatèrent de suite après son départ, le stupéfiant récit du bon accueil fait par la cour de Rome à quelques brouillons qui profitèrent de son absence pour mettre son œuvre en péril, sufiiraient k montrer combien l'Église était embarrassée de lui, et avecf quelle ardeur elle souhaitait la transformation de son œuvre. ^On trouvera plus loin le récit détaillé de ces faits.

Il parait qu'un Romagnol, frère Christophe, fut nommé à ce même chapitre, provincial de Gascogne; il y yécut en Franciscain de la première heure, travaillant de ses mains, habitant une étroite cellule de branchages et de terre glaise K

Égide partit pour Tunis avec plusieurs frères, mais une grande déception les y attendait : les chrétiens de ce pays, dans la crainte d'être compromis par leur zèle

1. La contradiction est si frappante, que les Bollandistes en ont fait le principal argument pour défendre Terreur de leur manuscrit (1 Gel. 75), et prétendre envers et contre tous que François aTaii poursuivi son voyage. A. SS. 607.

2. 11 mourut à Gahors le 31 oct. 1272. Sa légende se trouve dans 1« Man. JEliccardi 279, f» 69 a. Jncipit vita f. Cristophori guam compilavit fr. Bemardus de Bessa custodiœ Caturcensis : Quasi vas auri solidunu Cf. Marc de Lisbonne, t. II, p. 106-113, t. III, p. 212 et Glassberger, An. fr., t. II, p. 14.

missionnaire^ les jetèrent sur un bateaa et les contraignirent à repasser la mer^.

Si la date de 1219, pour ces deux missions, ne repose guère que sur des conjectures, il n'en est pas de même pour le départ des frères qui se dirigèrent vers TEspagne et le Maroc. Cinq d entre eux subirent le martyre, le 16 janvier 1220. On a retrouvé récemment le récit de leurs dernières prédications et de leur fin tragique, par un témoin oculaire ^. Ce document est d'autant plus précieux qu'il confirme les lignes générales du récit bien plus long fait par Marc de Lisbonne. Il serait hors de propos de le résumer ici, puisqu'il ne concerne que fort indirectement la vie de saint François; mais il faut noter que ces acta ont, outre leur valeur historique, une portée psychologique, il faudrait presque dire pathologique, vraiment remarquable : jamais la folie du martyre u'a été mieux caractérisée que dans ces longues pages où l'on voit les frères forcer les Mahométans à les poursuivre et à leur faire gagner la palme céleste. La longanimité que montra d'abord le Miramotin, ainsi que ses coreligionnaires, donne une idée d'autant plus haute de la civilisation et des qualités de ces Infidèles, que des sentiments fort difiérents seraient naturels chez les vaincus des plaines de Tolosa.

Il est impossible d'appeler prédications, les collections de grossières apostrophes que les missionnaires adres-

1. A. SS. Âprilis t. III, p. 224; Conform. 118 b 1; 54 a; Marc de Lisbonne, t. II, p. 1. — Frère Luc avait été envoyé à Gonttantinople en 1219 au plus tard. V. Constitutus du 9 déc. 1220 : Sbaralea, Bull, fr., t. I, p. 6; Potthast 6431.

2. C'est à M. Mâller {Anfànge, p. 207) que revient rhonneor de cette publication fùte d'après un manuscrit de la Cottoniana.

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saient à ceux qu'ils voulaient convertir : à ce paroxysme» la soif du martyre devient la folie du suicide. Est-ce à dire que les frères Bernard, Pierre, Adjutus, Accurse et Othon n'aient pas droit à Tadmiration et au culte dont on les a entourés? Qui oserait le dire ? Le dévouement n est-il pas toujours aveugle ? Pour qu'un sillon soit fécond, il y faut du sang, il y faut des larmes, de ces larmes que saint Augustin appelle le sang de Tâme. Ah! c'est une grande duperie que de s'immoler, car le sang d'un seul homme ne saurait sauver ni le monde, ni même une nation ; mais c'est une duperie plus grande encore que de ne pas s'immoler, car alors on laisse perdre les autres, et on se perd soi-même le premier.

Recevez donc mon salut. Martyrs du Maroc, vous ne regrettez pas, j'en suis sûr, votre folie, et si jamais quelque raisonnable pédant, fourvoyé dans les bosquets du paradis, est venu vous démontrer doctement qu'il aurait mieux valu rester dans votre pays, y faire souche d'une honnête famille de laboureurs vertueux, je me figure que Miramolin, devenu là-haut voire meilleur ami, aura pris soin de le confondre.

Vous fûtes fous, mais d'une folie que j'envie, car vous sentiez que l'essentiel, ici-bas, n'est pas de servir tel ou tel idéal, mais de servir de toute son âme celui qu'on a choisi.

Lorsque, quelques mois après, le récit de cette fin glorieuse arriva à Assise, François surprit chez ses compagnons un mouvement d'orgueil et leur en fit de vifs reproches; lui, qui aurait tant envié le sort des martyrs, se sentait humilié de n'avoir pas été jugé par Dieu digne de le partager. Comme le récit était entremêlé de quelques phrases d'éloge à l'adresse du

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fondateur de TOrdre^ ii défendit d*en continuer la lecture*.

Au lendemain du chapitre, il avait lui-même entrepris une mission du genre de celle qu'il avait confiée aux frères du Maroc, mais il avait procédé d'une manière toute différente: on ne retrouve pas chez lui ce zèle aveugle qui court à la mort avec une sorte de frénésie, et fait oublier tout le reste; peut-être sentait-il déjà que Teffort continu vers le mieux, l'immolation de tous les instants à la vérité est le martyre des forts.

Cette expédition qui dura plus d'un an n'est mentionnée qu'en quelques lignes par les biographes ^. Par bonheur, nous avons sur elle une foule d'autres récits ; mais ce silence suffirait à prouver la sincérité des auteurs franciscains primitifs : s'ils avaient voulu faire œuvre d'amplification, quel thème plus merveilleux et plus facile auraient-ils pu trouver? François quitta la Portioncule à la mi-juin et se dirigea vers Ancône, d'où les Croisés devaient partir pour l'Egypte, le jour de la Saint- Jean (2/i juin). Beaucoup de frères s'étaient joints à lui, ce qui n'était pas sans inconvénient pour un voyage par mer, où Ton était obligé de s'en remettre à la charité des patrons de bateaux, ou à celle des compagnons de voyage.

On comprend l'embarras de François arrivé à Ancône, et obligé d'y abandonner une partie de ceux qui souhaitaient si fort d'aller avec lui. Les Conformités racontent à ce propos un trait pour lequel on pourrait désirer une autorité plus ancienne, mais qui est bien

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